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Face à la pression foncière, aux occupations anarchiques et aux risques croissants d’inondation sur la bande côtière, le gouvernement a créé, au terme du Conseil des ministres du mercredi dernier, l’Autorité pour l’Aménagement des Bassins de la zone de Fidjrossè à Ouidah. Une structure appelée à mieux protéger et organiser l’un des espaces les plus stratégiques du littoral béninois.
Entre Fidjrossè et Ouidah, le paysage du littoral béninois change rapidement. Les investissements engagés ces dernières années le long de la Route des pêches ont profondément transformé cette partie de la côte, avec la réalisation d’infrastructures routières, d’ouvrages d’assainissement, d’aménagements paysagers et de projets touristiques destinés à renforcer l’attractivité du pays. Mais cette dynamique s’accompagne également de nouveaux défis. L’occupation de plus en plus importante des espaces côtiers, y compris dans des zones sensibles comme les marécages et les zones humides, exerce une pression croissante sur un environnement déjà fragile. Selon le Conseil des ministres du mercredi 7 octobre, cette situation réduit la capacité naturelle de rétention des bassins et contribue à accentuer les phénomènes d’inondation observés dans certaines localités. C’est dans ce contexte que le gouvernement a décidé de créer l’Autorité pour l’Aménagement des Bassins de la zone de Fidjrossè à Ouidah. Cette nouvelle structure devra assurer une gestion plus cohérente de cet espace considéré comme stratégique pour le développement touristique, économique et environnemental du pays.
Mission phare
La mission confiée à cette autorité va bien au-delà de la simple surveillance du littoral. Elle devra assurer la planification intégrée, la protection environnementale, la mise en valeur des espaces concernés, l’aménagement urbain et paysager ainsi que la gestion durable des zones humides et des bassins situés entre Fidjrossè et Ouidah. Dans une zone où se côtoient activités touristiques, projets immobiliers, espaces naturels et infrastructures publiques, l’enjeu est d’éviter une occupation désordonnée du territoire. La nouvelle autorité sera notamment chargée de veiller à la sauvegarde du cordon dunaire, des écosystèmes côtiers et des zones humides qui jouent un rôle essentiel dans l’équilibre environnemental du littoral. Elle participera également à la mise en œuvre des mesures de lutte contre l’érosion côtière, la submersion marine et la dégradation des berges, des phénomènes qui menacent plusieurs portions du littoral ouest-africain. Ses responsabilités s’étendront aussi au suivi de la qualité environnementale, à la réglementation des rejets et pollutions ainsi qu’à la préservation des espaces naturels qui constituent aujourd’hui l’un des principaux atouts de la Route des pêches.
La création de cette autorité traduit également la volonté du gouvernement de mieux encadrer le développement urbain et touristique de la zone. La structure sera appelée à élaborer et à faire exécuter un Plan d’aménagement et de gestion intégrée du littoral couvrant tout le périmètre Fidjrossè-Ouidah. Elle donnera son avis sur les projets de développement, de modernisation ou d’entretien des infrastructures touristiques, balnéaires, culturelles et récréatives. Elle devra aussi intervenir dans la délivrance des autorisations d’occupation temporaire des domaines publics maritime et lagunaire, tout en veillant au respect des règles d’urbanisme et des cahiers des charges applicables aux différents aménagements. Ses missions incluent également le contrôle de l’occupation des sols, la coordination des activités commerciales, artisanales, sportives et touristiques installées sur la bande côtière ainsi que la promotion de partenariats public-privé pour financer et exploiter les équipements. À travers cette nouvelle gouvernance, l’exécutif cherche à préserver un espace devenu l’une des vitrines du développement touristique national tout en limitant les risques environnementaux qui pourraient compromettre les investissements engagés. Entre protection des écosystèmes, maîtrise de l’urbanisation et valorisation économique du littoral, l’Autorité pour l’Aménagement des Bassins de la zone de Fidjrossè à Ouidah devra contribuer à concilier développement et préservation sur un corridor appelé à jouer un rôle majeur dans l’attractivité du Bénin au cours des prochaines années.
Suite logique
Avant la création de cette autorité, les communes de la zone littoral disposent depuis deux ans d’un document de planification qui sert de référence à tous les autres documents du genre pour l’aménagement de leurs territoires notamment sur le littoral. En effet, c’est le conseil des ministres du mercredi 24 juillet 2024 qui a donné son approbation pour le règlement d’urbanisme dans la zone littorale et balnéaire. Il s’agit des territoires situés le long de la Route des pêches entre Cotonou et Ouidah, de la bande côtière entre Sèmè-Podji et Cotonou, de même que celle située entre Ouidah et Grand-Popo.
C’est donc cet outil qui sert de repère depuis ce temps aux Schéma directeur d’aménagement du littoral, Plan d’aménagement opérationnel et résilient de la bande côtière du Bénin et aux documents de planification territoriale.
En fait, le projet touristique « Route des pêches » en cours de mise en œuvre comporte un aspect aménagement du territoire qui aura des impacts significatifs sur le développement des zones urbaines et rurales concernées ainsi que sur les espaces écologiquement sensibles existants dans ce périmètre. Or, l’aménagement de la zone littorale appelle l’implémentation de politiques spécifiques de protection et de mise en valeur qui requièrent une coordination des acteurs publics et privés y intervenant. Ces politiques devraient permettre le rétablissement et la préservation des équilibres biologiques et écologiques, des paysages et du patrimoine, des activités économiques (maraîchage, pêche, pisciculture), la lutte contre l’érosion côtière, et la pollution ainsi qu’une meilleure organisation de la fonction tourisme.
Dans ce cadre, la cellule nationale de protection et de gestion du littoral a été créée.
Prérogatives
Selon le décret 2023-345 du 05 juillet 2023 portant sa création, la Cellule nationale de protection et de gestion du littoral est un organisme doté de la personnalité morale et de l’autonomie financière. Elle est régie par les dispositions de la loi n° 2020-20 du 02 septembre 2020 portant création, organisation et fonctionnement des entreprises publiques en République du Bénin et de l’Acte uniforme de l’Ohada relatif au droit des sociétés commerciales et du groupement d’intérêt économique.
La Cellule Nationale de Protection et de Gestion du Littoral (Cnpgl) a pour mission d’assurer la coordination de toutes les actions relatives à la protection et à la gestion du littoral et de promouvoir la coopération sous-régionale pour la protection du littoral.
A ce titre, elle a pour attributions la mise en œuvre de la politique nationale d’aménagement du littoral en vue de promouvoir l’intégration des actions de conservation et de développement permettant d'assurer la gestion durable des ressources naturelles de la zone littorale, la coordination des actions publiques dans la zone littorale et la définition des objectifs et la précision des actions nécessaires pour l’aménagement, la protection et la mise en valeur du littoral, dans une perspective de gestion intégrée des zones côtières. Cette structure a aussi pour prérogatives la mise en œuvre d’une politique foncière ayant pour objet la sauvegarde du littoral, le respect des équilibres écologiques et la préservation des sites naturels ainsi que celle des biens culturels, le suivi de la mise en œuvre des actions initiées dans le cadre de la coopération sous-régionale pour la protection du littoral, la gestion des aides de l’Etat relatives au littoral, la participation aux travaux de prospection, d'observation et d'évaluation conduits sur le littoral aux niveaux national et sous-régional et la réalisation de toutes autres activités entrant dans le cadre de ses missions.