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Drépanocytose et fraîcheur d’août : « Se protéger du froid, bien s’hydrater et consulter tôt peuvent éviter des complications »

Santé
Drépanocytose et fraîcheur d’août Drépanocytose et fraîcheur d’août

Le mois d’août est traditionnellement marqué au Bénin par une baisse des températures et une humidité plus importante. Si cette période est appréciée par beaucoup, elle constitue en revanche un moment particulièrement délicat pour les personnes vivant avec la drépanocytose. Le froid, la recrudescence du paludisme et une hydratation parfois insuffisante peuvent favoriser l’apparition de crises douloureuses et d’autres complications.


Par   Essènandé Florence KOUMENOUGBO, le 13 août 2026 à 16h06 Durée 3 min.
#Drépanocytose et fraîcheur d’août

Dans cet entretien, le Dr Romaric MASSI, hématologue au CHUDO, explique pourquoi cette période exige une vigilance accrue et rappelle les gestes essentiels permettant de protéger les personnes atteintes de cette maladie.

Qu’est-ce que la drépanocytose et pourquoi les personnes qui en souffrent sont-elles particulièrement sensibles au froid ?

La drépanocytose est une maladie génétique du sang qui touche les globules rouges. À l’intérieur de ces cellules se trouve l’hémoglobine, une protéine chargée de transporter l’oxygène vers les différents organes de l’organisme. Chez les personnes drépanocytaires, cette hémoglobine est anormale.

« L’hémoglobine normale est appelée AA. Les principales hémoglobines anormales sont S et C. Les sujets AA sont des sujets normaux. Les personnes AS ou AC sont porteuses du gène, mais ne présentent généralement pas de symptômes. En revanche, elles peuvent transmettre la maladie à leurs enfants. Les personnes SS, SC ou S bêta-thalassémiques sont celles qui souffrent réellement de la drépanocytose », explique le spécialiste.

Cette anomalie rend les globules rouges plus fragiles et perturbe leur circulation, ce qui favorise l’apparition de crises douloureuses, notamment lorsque certains facteurs déclenchants sont réunis, comme le froid.


Pourquoi le mois d’août représente-t-il une période à risque ?


Selon le Dr MASSI, plusieurs éléments se conjuguent durant cette période.

« Le froid constitue à lui seul un facteur capable de déclencher des crises douloureuses osseuses et articulaires. Mais le mois d’août correspond également à la saison des pluies, période propice à la prolifération des moustiques et donc à une augmentation des cas de paludisme. »

Or, le paludisme représente un double danger pour les personnes drépanocytaires.

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« Il peut déclencher des crises douloureuses et provoquer la destruction des globules rouges, aggravant ainsi l’anémie. Cette baisse importante du taux d’hémoglobine favorise à son tour de nouvelles crises. C’est donc une période où plusieurs facteurs de risque se cumulent. »

Comment le froid agit-il sur l’organisme d’une personne drépanocytaire ?

Le médecin explique que l’organisme réagit naturellement au froid en cherchant à conserver sa chaleur.

« Lorsqu’il fait froid, les vaisseaux sanguins se contractent. C’est ce qu’on appelle la vasoconstriction. Cette contraction ralentit la circulation des globules rouges. Lorsque ceux-ci circulent moins bien, l’oxygène n’arrive plus correctement dans certains tissus de l’organisme. Ces tissus réagissent alors par la douleur, ce qui déclenche les crises douloureuses caractéristiques de la maladie. »


Quels gestes adopter au quotidien pendant cette période ?


Pour limiter les risques, plusieurs mesures simples doivent être appliquées chaque jour.


La première consiste à se protéger efficacement contre le froid.


« Dès qu’il fait froid, les personnes atteintes de drépanocytose doivent porter des vêtements suffisamment chauds afin de maintenir leur température corporelle. »


Le spécialiste insiste également sur l’importance de maintenir une bonne hydratation.


« Ce n’est pas parce que les températures baissent qu’il faut boire moins d’eau. La déshydratation est également un facteur pouvant déclencher les crises douloureuses. »


Enfin, la prévention du paludisme reste indispensable.


« Il faut assainir l’environnement pour limiter la prolifération des moustiques, s’assurer que les portes et les fenêtres sont protégées par des grillages et dormir systématiquement sous une moustiquaire imprégnée. »


Quels comportements éviter pendant les périodes de fraîcheur ?


Le Dr MASSI met en garde contre certaines habitudes qui augmentent le risque de complications.

Il déconseille de s’exposer inutilement au froid sans protection, de négliger son hydratation ou de retarder une consultation médicale en cas d’apparition des premières douleurs.

« Beaucoup de patients attendent que la crise devienne intense avant de consulter. Pourtant, plus la prise en charge est précoce, plus il est facile d’identifier le facteur déclenchant et de limiter les complications. »


L’alimentation et l’hydratation jouent-elles un rôle dans la prévention ?

Même si l’alimentation doit rester équilibrée, le spécialiste insiste surtout sur l’hydratation.

« Une bonne hydratation permet de maintenir une meilleure circulation sanguine et contribue à réduire le risque de crises douloureuses. Elle doit être maintenue même lorsqu’il fait froid. »


Quels sont les signes qui doivent conduire à consulter rapidement ?


Plusieurs signes d’alerte ne doivent jamais être négligés.

« Lorsque les urines deviennent foncées, parfois jusqu’à prendre une couleur proche de celle du Coca-Cola, il faut consulter rapidement. La couleur des urines est un excellent indicateur de l’état d’hydratation. Lorsqu’elles sont claires, l’hydratation est satisfaisante. Lorsqu’elles deviennent foncées, cela traduit souvent un problème. »

Enfin, la prévention du paludisme reste indispensable.


« Dès les premiers signes de crise douloureuse, il ne faut pas attendre à la maison. Il faut consulter afin que le médecin puisse rechercher la cause et la traiter rapidement. »

Le médecin recommande également de consulter en cas de pâleur inhabituelle, signe possible d’une aggravation de l’anémie.


Enfin, toute fièvre atteignant 38 °C ou plus nécessite une consultation médicale sans délai.


Quel rôle les parents ont-ils à jouer ?

Les parents occupent une place essentielle dans la prévention.

Ils doivent veiller à ce que leurs enfants soient correctement habillés pendant les périodes de fraîcheur, suffisamment hydratés tout au long de la journée et protégés contre le paludisme grâce à l’utilisation systématique d’une moustiquaire imprégnée.

Ils doivent également être attentifs à l’apparition des signes d’alerte afin de consulter rapidement si nécessaire.

Les populations sont-elles suffisamment informées ?

Pour le Dr MASSI, des efforts importants sont réalisés à travers les séances d’éducation thérapeutique organisées avec les patients et leurs familles.

« Nous abordons régulièrement les précautions à prendre lors des changements de saison. Mais la répétition est pédagogique. Il est toujours utile de rappeler ces conseils afin que ceux qui les ont oubliés, ou ceux qui ne les connaissaient pas, disposent des mêmes informations. »

Le message du spécialiste

« Le mois d’août est une période particulière, mais elle peut être traversée en toute sécurité à condition de respecter quelques règles simples : se protéger contre le froid, bien s’hydrater, prévenir le paludisme et consulter rapidement dès l’apparition d’un signe d’alerte. Une prise en charge précoce reste la meilleure façon d’éviter les complications et de préserver sa santé. »