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Révéler le génie en chaque enfant: Pourquoi l'identification précoce des talents doit devenir une priorité nationale

Tribune
Dr. Finagnon Fadonougbo Dr. Finagnon Fadonougbo

Les tribunes précédentes ont interrogé la finalité de notre système éducatif et sa philosophie profonde. Celle-ci veut être un peu plus concrète en s’intéressant à ce que nous perdons, chaque jour, en laissant des talents s'éteindre faute de les avoir vus à temps.

Par   Dr. Finagnon Fadonougbo, le 11 août 2026 à 06h46 Durée 3 min.
#Détection de talents

« Le rôle de l'éducation est de permettre aux gens de découvrir leurs talents et de les développer. » —  Ken Robinson Laissez-moi commencer par une image concrète. Imaginez un enfant de dix ans, quelque part dans un village de Lalo, de Cobly ou de Sinendé. Il ne brille pas en classe. Ses notes sont passables, ses enseignants le trouvent distrait, ses parents s'inquiètent. Mais dans la cour de récréation, c'est lui que les autres enfants écoutent quand il faut arbitrer un conflit. C'est lui qui organise les équipes, qui trouve les mots pour calmer une dispute, qui voit d'instinct ce dont chacun a besoin. Il a un talent rare, réel et précieux.

Notre école ne le verra jamais. Elle n'a pas de case pour ça.

Dans vingt ans, cet enfant sera peut-être un dirigeant remarquable, un médiateur, un entrepreneur qui sait s'entourer. Ou peut-être aura-t-il passé sa vie à se croire médiocre, parce que c'est ce que ses bulletins scolaires lui auront dit.

C'est ce gaspillage silencieux que je veux mettre en lumière dans cette quatrième tribune.

Le vrai trésor que nous ne savons pas compter

On entend souvent que le Bénin manque de ressources. C'est une vérité partielle. Ce que le Bénin possède en abondance — et qu'il ne sait pas encore pleinement exploiter — c'est la diversité des capacités humaines de sa jeunesse.

Le problème n'est pas que les talents sont rares. Le problème est que nous ne savons pas les voir.

Depuis des générations, nous avons appris à reconnaître l'intelligence sous une seule forme : la performance scolaire. Celui qui mémorise bien, restitue proprement, réussit les examens — c'est lui le "brillant". Les autres attendent dans l'ombre, souvent convaincus qu'ils ont moins de valeur.

Mais regardez la réalité autour de vous. Le mécanicien de votre quartier qui diagnostique une panne en dix minutes là où d'autres cherchent pendant des heures — c'est une forme d'intelligence. Le commerçant qui gère de tête des stocks complexes, anticipe les fluctuations du marché et entretient des dizaines de relations de confiance simultanément — c'est une forme d'intelligence. La femme qui élève seule plusieurs enfants, organise un foyer, arbitre des tensions familiales et trouve encore le moyen de cotiser à une tontine — c'est une forme d'intelligence.

L'école béninoise ne les a pas formés pour ça. Mais elle aurait pu les aider à aller bien plus loin encore, si elle avait pris la peine de les voir.

Une violence discrète

Il y a quelque chose d'injuste — le mot n'est pas trop fort — dans un système qui décide très tôt, sur la base de quelques matières, de la valeur d'un enfant.

Pas injuste au sens d'une intention malveillante. Injuste au sens d'un regard incomplet qui produit des dégâts réels.

Quand un enfant passe dix, quinze ans dans un système qui ne voit pas ce qu'il vaut vraiment, il finit par intérioriser ce jugement. Il construit son identité sur une image appauvrie de lui-même. Et cette image-là, certains ne s'en débarrassent jamais tout à fait.

Combien de jeunes Béninois ont abandonné une vocation, renoncé à un projet, hésité à se lancer — non pas par manque de capacités, mais par manque de confiance ? Une confiance que l'école aurait pu construire, et qu'elle a parfois contribué à démolir.

Le coût de cela est invisible dans les statistiques. Mais, il est présent dans les vies.

L'orientation : un mot, deux réalités

Dans notre système actuel, l'orientation intervient généralement tard — en fin de secondaire, parfois après le baccalauréat — et elle fonctionne surtout comme un tri : selon les notes obtenues, on est dirigé vers telle ou telle filière, souvent sans véritable exploration de ce que l'élève aime, de ce dans quoi il excelle naturellement, de ce qui lui donne de l'énergie.

Ce n'est pas de l'orientation. C'est de l'affectation.

Une vraie démarche d'orientation commencerait bien plus tôt. Non pas pour enfermer les enfants dans des cases dès le primaire — ce serait une autre erreur — mais pour les aider progressivement à se connaître. À nommer ce qu'ils font bien. À comprendre comment ils fonctionnent. À construire une image d'eux-mêmes qui soit réelle et non pas uniquement tributaire d'une note de français ou de mathématiques.

Cela suppose des outils différents, des enseignants formés autrement, une implication des familles. Cela suppose surtout une conviction: que chaque enfant qui entre dans une salle de classe porte quelque chose qui mérite d'être cherché.

Ce que le Bénin ne peut plus se permettre

Certains pensent encore que s'occuper de l'identification des talents est un luxe de pays riche. Je pense exactement le contraire.

Précisément parce que nous n'avons pas de ressources illimitées, nous ne pouvons pas nous permettre de gaspiller celles que nous avons. Et notre première ressource, c'est notre jeunesse — sa créativité, son énergie, sa capacité d'adaptation, son intelligence sous toutes ses formes.

Chaque talent non identifié, c'est une opportunité perdue. Pas seulement pour l'enfant concerné — pour nous tous. Pour les emplois qui n'ont pas été créés, les problèmes qui n'ont pas été résolus, les initiatives qui n'ont pas vu le jour parce que celui ou celle qui en avait la capacité n'a jamais su qu'il ou elle l'avait.

Le Bénin de demain ne sera pas construit par une poignée d'élites produites par quelques grandes écoles. Il sera construit par des centaines de milliers de citoyens qui auront eu la chance de découvrir ce qu'ils valent vraiment — et d'agir en conséquence.

La question n'est pas de savoir si nous pouvons ouvrir ce chantier. La question est de savoir si nous pouvons nous permettre de continuer sans lui.


Président Les Patriotes