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Dépression: « Si vous souffrez, parlez-en, il existe des solutions », conseille Dr Danis Israël Dannoumè

Santé

Longtemps assimilée à une simple tristesse ou à un problème spirituel, la dépression est aujourd'hui reconnue comme une véritable maladie qui touche des millions de personnes à travers le monde. Au Bénin, les préjugés persistent et retardent souvent la prise en charge des personnes concernées. Dans cet entretien, Dr Danis Israël Dannoumè, professionnel de la santé mentale, explique comment reconnaître la dépression, les facteurs qui peuvent la favoriser et les solutions qui existent pour accompagner les personnes qui en souffrent.

Par   Florence Essènandé KOUMENOUGBO (Coll.), le 22 juil. 2026 à 08h49 Durée 3 min.
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La Nation : De nombreuses personnes confondent encore la dépression avec un simple coup de blues. Comment définir cette maladie ?

Dr Danis Israël Dannoumè : La dépression est une maladie qui affecte profondément l'état psychique d'une personne. Elle se caractérise notamment par une humeur durablement triste, une perte d'intérêt pour les activités quotidiennes, des troubles du sommeil, une diminution de l'appétit et une profonde souffrance morale. Autrement dit, c'est comme si le cœur était tellement fatigué qu'il n'arrivait plus à espérer. Ce nst ni de la paresse, ni de la faiblesse, ni de la folie, ni un manque de foi. C'est une maladie qui peut être soignée.

Comment distinguer une tristesse passagère d'une véritable dépression ?

La tristesse fait partie de la vie. Après un événement difficile, elle finit généralement par s'atténuer. La dépression, en revanche, dure souvent plus de deux semaines et perturbe profondément le quotidien. La personne ne trouve plus l'énergie de travailler, de manger, de dormir normalement ou même de profiter des choses qu'elle aimait auparavant. Un commerçant qui, pendant plusieurs semaines, n'arrive plus à ouvrir sa boutique alors qu'il était auparavant très actif illustre bien cette différence.

Quels sont les premiers signes qui doivent pousser une personne ou son entourage à s'inquiéter ?

Plusieurs manifestations doivent attirer l'attention, notamment une tristesse persistante, des troubles du sommeil, une perte d'intérêt pour les activités habituelles, un sentiment permanent de culpabilité ou de dévalorisation, ainsi que des propos évoquant la mort ou l'envie de disparaître. Ce dernier signe est particulièrement préoccupant. Pourtant, beaucoup l'attribuent encore à des causes mystiques, alors qu'il nécessite une prise en charge rapide.

Qui est le plus exposé à cette maladie et quels sont les principaux facteurs de risque au Bénin ?

La dépression peut toucher tout le monde, mais certaines situations augmentent le risque. Le chômage, les difficultés financières, les dettes, les conflits conjugaux, les violences ou encore les deuils sont autant d'épreuves susceptibles de fragiliser une personne. On peut penser à un père qui ne parvient plus à assurer la scolarité de ses enfants, à un jeune diplômé qui se compare constamment à ses amis ou encore à une personne enfermée dans une relation de couple qu'elle vit très difficilement. Les réseaux sociaux peuvent également contribuer à accentuer une souffrance déjà présente. Les jeunes sont exposés quotidiennement à des images de réussite, de richesse ou de bonheur qui ne reflètent pas toujours la réalité. Les comparaisons permanentes, le cyberharcèlement ou encore les nuits passées devant les écrans peuvent fragiliser leur santé mentale.

Malgré ces réalités, pourquoi la dépression reste-t-elle encore mal comprise au Bénin ?

Parce que les idées reçues demeurent nombreuses. Il n'est pas rare d'entendre : « Va seulement prier », « C'est un mauvais sort » ou encore « Un homme ne pleure pas ». Ces croyances retardent souvent la consultation d'un professionnel. Beaucoup de personnes ne demandent de l'aide que lorsque leur état est déjà très dégradé. La foi peut être une source importante de réconfort, mais elle ne remplace pas les soins lorsqu'une maladie est installée. Les deux approches peuvent être complémentaires.

Lorsqu'une dépression est diagnostiquée, comment se déroule la prise en charge ?

La prise en charge repose sur plusieurs piliers. Le premier consiste à consulter un psychologue afin de bénéficier d'un accompagnement adapté. Selon les cas, un psychiatre peut également prescrire un traitement médicamenteux. Le soutien de la famille et des proches est tout aussi déterminant. Pour les personnes croyantes, la prière et la méditation peuvent accompagner ce parcours de soins.

Peut-on réellement s'en sortir et quel rôle les proches doivent-ils jouer face à une personne dépressive ?

Oui. La majorité des personnes qui bénéficient d'une prise en charge adaptée retrouvent progressivement une vie normale. Beaucoup disent même qu'elles apprennent ensuite à mieux écouter leurs émotions, à reconnaître leurs limites et à prendre davantage soin de leur santé mentale. S'agissant du rôle des proches, le plus important est d'être présent sans juger. Il faut éviter les phrases comme : « Fais un effort » ou « Secoue-toi ». À l'inverse, il est préférable de dire : « Je suis là pour toi » ou « Si tu veux, nous irons consulter un spécialiste ensemble. » Écouter, accompagner et encourager la personne à consulter sont les meilleures façons d'aider.

Quel message souhaitez-vous adresser aux personnes qui souffrent en silence ?

Vous n'êtes ni faible, ni fou. Si vous souffrez depuis plusieurs semaines, si vous avez perdu le goût de vivre ou si vous vous sentez dépassé par vos émotions, demandez de l'aide. Parler de sa souffrance est un acte de courage. Votre vie a de la valeur et il existe des solutions.