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Cybercriminalité en Afrique: L'intelligence artificielle accélère la mutation des réseaux criminels

Numérique
L'IA est devenue un outil central pour les cybercriminels L'IA est devenue un outil central pour les cybercriminels

Publié en juin 2026 par Interpol, le « Rapport d’évaluation de la cybermenace africaine 2026 » révèle l’ampleur croissante de l’utilisation de l’intelligence artificielle par les cybercriminels sur le continent. Selon l’enquête menée auprès des services de police de 36 pays africains, 55 % des affaires de cybercriminalité recensées en 2025 impliquaient l’Ia, tandis que les forces de sécurité peinent encore à disposer des compétences nécessaires pour y faire face.

Par   Isidore GOZO, le 11 août 2026 à 06h36 Durée 2 min.
#Intelligence artificielle #cybercriminalité

L’intelligence artificielle n’est plus seulement utilisée comme un outil complémentaire par les cybercriminels opérant en Afrique. Elle tend à devenir un élément central de leurs activités. C’est l’un des principaux constats du «Rapport d’évaluation de la cybermenace africaine 2026 », publié en juin par Interpol, à partir d’une enquête menée auprès des services de police de 36 pays africains. Selon les données recueillies par l’organisation internationale de police criminelle, 55 % des affaires de cybercriminalité recensées en 2025 impliquaient l’intelligence artificielle. Dans 47 % des cas, son utilisation était occasionnelle, tandis qu’elle intervenait de manière fréquente dans 8 % des affaires. Pour Interpol, cette évolution traduit une véritable transition. L’IA, auparavant essentiellement utilisée comme un outil d’assistance, devient progressivement un élément structurant des opérations criminelles numériques. Les outils d’IA générative, désormais largement accessibles, permettent notamment à des cybercriminels peu expérimentés d’automatiser plusieurs étapes d’une attaque. De la recherche d’informations sur une cible à la conception de messages d’hameçonnage personnalisés, en passant par l’extorsion et certaines techniques destinées à échapper aux dispositifs de détection, les possibilités se multiplient.

Parmi les manifestations les plus visibles de cette évolution figure la progression des deepfakes, ces contenus audio, vidéo ou visuels fabriqués ou manipulés grâce à l’intelligence artificielle. Entre le deuxième et le quatrième trimestre 2024, les incidents impliquant des contenus hypertruqués ont été multipliés par sept en Afrique. En Ouganda, une vidéo falsifiée mettant en scène une personnalité publique a notamment été utilisée pour promouvoir une fausse opportunité d’investissement. L’opération aurait occasionné plus de 2 millions de dollars de pertes avant l’intervention des autorités. D’autres réseaux criminels ont également recours à des vidéos truquées de dirigeants, de personnalités publiques ou d’influenceurs pour promouvoir de fausses plateformes d’investissement et de trading, telles que « CryptoBridge Exchange», « Optcoin » ou « AfriQuantumX». Le rapport fait également état de l’apparition de logiciels malveillants intégrant des capacités d’IA. Certaines souches de rançongiciels seraient ainsi capables d’adapter leur code ou de générer des messages de rançon personnalisés en fonction de leurs victimes. Même si ces pratiques restent encore limitées ou expérimentales, Interpol considère qu’elles illustrent une évolution technologique appelée à prendre de l’ampleur.

La sextorsion dopée par l’IA

La sextorsion constitue un autre domaine dans lequel l’intelligence artificielle facilite les activités criminelles. Les outils de génération d’images permettent désormais de produire des contenus explicites réalistes à partir de photographies ordinaires, notamment celles publiées sur les réseaux sociaux. Au Ghana, les pertes financières enregistrées chez les jeunes victimes âgées de 18 à 24 ans ont été multipliées par cinq. Cette progression serait largement liée à l’utilisation de technologies de trucage permettant de fabriquer des images compromettantes à partir de photographies accessibles en ligne. L’IA est également utilisée pour contourner certaines procédures de vérification d’identité. Les identités synthétiques, qui associent des informations authentiques à des données fabriquées, ont progressé en 2025. Elles peuvent notamment servir à ouvrir des comptes bancaires, obtenir des crédits mobiles ou enregistrer des cartes Sim sous de fausses identités. Des cas ont notamment été relevés au Cameroun, au Mali et en Tanzanie.

Des pertes qui s’envolent

Face à cette transformation rapide de la menace, les capacités de réponse des services de police demeurent limitées. Selon l’enquête d’Interpol, seulement 33 % des agences interrogées utilisent l’intelligence artificielle pour détecter les menaces et 31 % y ont recours dans le domaine de la criminalistique numérique. La majorité des services continuent donc de s’appuyer sur des procédures largement manuelles. Le déficit de compétences constitue également un obstacle majeur. Seuls 8 % des analystes du renseignement disposent, selon le rapport, d’une expertise avancée en intelligence artificielle, tandis que 92 % des agences interrogées identifient le manque de compétences techniques comme leur principal frein à l’adoption de ces technologies. Au-delà des équipements, c’est donc la formation des personnels qui apparaît comme l’un des principaux défis. De nombreux enquêteurs ne disposent pas encore des connaissances nécessaires pour identifier rapidement une vidéo manipulée, un appel vocal cloné ou un message de phishing produit et personnalisé par une IA.

La progression de l’utilisation de l’intelligence artificielle intervient dans un contexte plus large d’explosion de la cybercriminalité sur le continent. Selon le rapport d’Interpol, les pertes financières liées à la cybercriminalité sont passées de 192 millions de dollars en 2024 à 484 millions de dollars en 2025, tandis que le nombre de victimes identifiées est passé de 35 000 à 87 000. À l’échelle du continent, les dommages économiques directs liés au cybercrime sont estimés à au moins 5 milliards de dollars pour la seule année 2025. Face à cette évolution, Interpol recommande aux pays africains de renforcer en priorité la formation des enquêteurs, notamment dans la détection et l’analyse des contenus générés ou manipulés par l’intelligence artificielle. L’organisation insiste également sur la nécessité d’intensifier la coopération entre les pays, alors que les réseaux criminels exploitent les frontières numériques pour agir rapidement et à grande échelle. En Afrique, le défi n’est donc plus seulement de rattraper le retard technologique. Il s’agit désormais de développer des compétences capables de suivre une criminalité qui évolue au rythme de l’intelligence artificielle.