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Chine-Afrique: Les médias au cœur d’un nouvel horizon de coopération

International

Le septième Forum de coopération médiatique Chine-Afrique, tenu du 19 au 21 août dernier à Beijing, a réuni près de 400 participants venus de la Chine et de 45 pays africains, dont un nombre record de 33 ministres. Pendant trois jours, responsables politiques, dirigeants de médias, professionnels de l’audiovisuel et experts ont échangé sur les transformations du secteur. 

Par   De retour de Beijing, Josué F. MEHOUENOU, le 31 août 2026 à 11h02 Durée 3 min.
#Coopération #Chine-Afrique

À Beijing, les images et les voix ont occupé le devant de la scène. Mais derrière les écrans, les caméras et les studios, c’est une autre question qui s’est imposée. Comment les médias chinois et africains peuvent-ils mieux raconter leurs sociétés respectives et construire ensemble les récits d’un monde en pleine mutation ? Réunis autour du thème « Partager de nouvelles opportunités de développement et créer un nouvel avenir audiovisuel», les participants au 7e Forum de coopération médiatique Chine-Afrique ont tenté d’apporter des réponses à cette interrogation. Pendant trois jours, la capitale chinoise a accueilli des délégations venues d’une quarantaine de pays africains. Le forum, organisé conjointement par l’administration nationale de la radio et de la télévision de Chine, le gouvernement municipal de Beijing et l’Union africaine de radiodiffusion, a été marqué par des échanges sur les contenus, les nouvelles technologies, la formation, la circulation des œuvres et, surtout, l’intelligence artificielle.

L’IA, nouveau terrain de coopération

Dans les studios comme dans les rédactions, l’intelligence artificielle est désormais devenue incontournable. De la conception d’un sujet à sa traduction, de la production à la diffusion, elle transforme progressivement toute la chaîne audiovisuelle. La Chine entend faire de cette révolution technologique un nouveau champ de coopération avec l’Afrique. Mais les participants au forum ont également insisté sur la nécessité d’accompagner l’innovation de garde-fous.  La vice-ministre chinoise du Département de la communication et ministre de l’Administration nationale de la radio et de la télévision, Cao Shumin, a ainsi appelé à concilier innovation et responsabilité. Face aux fausses informations, aux manipulations d’images, aux deepfakes ou encore aux questions liées aux droits d’auteur, elle a rappelé que la technologie ne saurait se substituer à l’humain. « La technologie doit être au service de l’humain », a-t-elle insisté. Cette préoccupation rejoint celles de nombreux professionnels africains, confrontés à la montée des contenus générés ou modifiés par l’intelligence artificielle et à la nécessité de préserver la crédibilité de l’information.

Pour le directeur général de l’Union africaine de radiodiffusion, Grégoire Ndjaka, l’un des grands défis de la coopération médiatique Chine-Afrique réside désormais dans la circulation des récits. La coopération a déjà permis à de nombreux contenus chinois d’être diffusés en Afrique. Mais l’ambition est désormais de favoriser davantage la présence des productions africaines auprès des publics chinois. L’enjeu est donc celui de la réciprocité. Car disposer de studios modernes, de moyens techniques performants et de nouvelles plateformes ne suffit pas. Encore faut-il pouvoir raconter son propre continent, avec ses réalités, ses nuances, ses réussites et ses défis.

Raconter sa propre histoire

Le responsable de l’Union africaine de radiodiffusion a ainsi plaidé pour que l’Afrique puisse davantage « raconter sa propre histoire », afin que le public chinois puisse découvrir le continent à travers les regards et les voix de ses propres professionnels. Une exigence qui donne tout son sens à la coopération médiatique. Il ne s’agit plus seulement de faire circuler des programmes, mais de favoriser une meilleure connaissance réciproque des peuples. Depuis le précédent forum, tenu en 2024, plusieurs avancées ont été enregistrées. La partie chinoise indique que plus de 80 œuvres audiovisuelles chinoises ont été diffusées dans plusieurs pays africains. Dans le même temps, plus de 80 productions issues de 29 pays africains ont été diffusées sur des chaînes et plateformes chinoises tandis que près de 50 coproductions sino-africaines ont également vu le jour.

La formation constitue un autre axe important. Jusqu’en août 2026, 21 programmes de formation auraient impliqué 479 professionnels africains issus de 31 pays, notamment autour de la production audiovisuelle, de l’ultra-haute définition et de la création assistée par l’intelligence artificielle. Pour Grégoire Ndjaka, ces efforts doivent toutefois aller au-delà des infrastructures. « Ce qui compte le plus, c’est l’investissement dans les ressources humaines», a-t-il souligné. Une manière de rappeler que la modernisation des médias africains ne se résume pas à l’acquisition d’équipements. Elle passe aussi par la formation des journalistes, des producteurs, des techniciens et des créateurs appelés à utiliser ces outils.

Des contenus pour rapprocher les peuples

Au-delà des discours et des tables rondes, le forum a également donné une place importante aux contenus. Les médias chinois et africains ont annoncé leur volonté de poursuivre la diffusion croisée de productions audiovisuelles de qualité. Des programmes africains comme « Cameroun coloré » ou « Burundi : Échos du tambour sacré » doivent ainsi trouver leur place auprès des audiences chinoises, tandis que des productions chinoises comme « Mon Altaï », « Nos rivières et nos montagnes » et «Une belle vie » doivent continuer à être proposées aux publics africains. Les coproductions occupent également une place importante dans cette stratégie, avec des œuvres comme «Bienvenue au village de Myle». Derrière ces échanges de programmes, l’objectif est de permettre aux populations de mieux connaître l’autre.

Le forum a également accordé une place particulière aux jeunes professionnels de l’audiovisuel. Une initiative de création conjointe réunissant de jeunes talents chinois et africains a notamment été organisée. Ambition, favoriser la rencontre des générations et construire progressivement un vivier de professionnels capables de travailler ensemble. Cette dimension apparaît d’autant plus importante que les jeunes constituent aujourd’hui l’essentiel des consommateurs de contenus numériques. Les formats évoluent. Les habitudes changent. Les réseaux sociaux bouleversent les modes de production et de consommation de l’information. Les micro-dramas, les vidéos courtes et les contenus produits avec l’intelligence artificielle occupent une place croissante. La coopération médiatique devra donc aussi savoir parler à cette génération et avec ses propres codes.

Quatre grands défis pour les médias de demain

Les discussions de Beijing ont fait émerger plusieurs priorités dont l’innovation technologique, la coopération industrielle, la circulation des contenus et la formation. Les participants ont notamment réfléchi à la manière de rapprocher l’Initiative «Ceinture et Route» de l’Agenda 2063 de l’Union africaine, de développer de nouveaux modèles de coopération médiatique entre pays du Sud global, de favoriser les échanges entre les civilisations chinoise et africaine et d’accélérer la transformation numérique des médias. La coopération, retient-on finalement de ce forum, ne doit plus être pensée uniquement en termes d’équipements ou de transfert de technologies. Elle doit désormais intégrer la création, les contenus, les compétences, l’innovation et la capacité des médias à raconter les transformations de leurs propres sociétés.

Au terme des travaux, la Déclaration conjointe du 7è Forum sino-africain de coopération médiatique a été adoptée. Les deux parties y réaffirment leur volonté de préserver l’amitié sino-africaine et de renforcer les échanges dans le domaine de la radio et de la télévision. Elles s’engagent notamment à intensifier leur coopération en matière d’information afin de présenter à la communauté internationale une image plus fidèle, complète et nuancée du développement de la Chine et de l’Afrique. La déclaration met également l’accent sur les contenus et les récits consacrés aux échanges entre les deux parties, ainsi que sur le renforcement des échanges entre jeunes professionnels. À Beijing, la Chine et l'Afrique ont affiché leur volonté de prendre un virage ensemble.

Le Bénin, une voix bien présente à Beijing

Le Bénin n’est pas resté en marge de ces discussions. La délégation béninoise a été conduite par Aurélie Adam Soulé Zoumarou, ministre de la Communication, en charge des Médias. Sa présence aux côtés des autres responsables africains a permis au Bénin de prendre part aux différents échanges consacrés à l’avenir du secteur audiovisuel et à la coopération entre médias chinois et africains. La ministre a également participé à plusieurs activités inscrites au programme du forum, aux côtés des délégations venues de différents pays du continent. Elle a aussi multiplié des échanges et contacts avec ses pairs et acteurs des médias des autres pays. Cette participation traduit l’intérêt du Bénin pour les mutations en cours dans l’univers des médias et pour les opportunités qu’offre la coopération internationale dans les domaines de la technologie, de la production de contenus et du renforcement des compétences. Dans un environnement où les médias sont appelés à évoluer rapidement sous l’effet du numérique et de l’intelligence artificielle, les échanges de Beijing constituent aussi une occasion pour les professionnels béninois de mieux appréhender les nouvelles pratiques et les possibilités de collaboration.

J.F.M.