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Guerres dans le monde: Une femme sur cinq vit à proximité d’un conflit

International

En 2025, près d’une femme sur cinq dans le monde vivait à moins de 50 kilomètres d’un conflit meurtrier. Ce chiffre, révélé par une nouvelle analyse du Peace Research Institute Oslo (Prio), mesure l’ampleur d’une réalité souvent moins visible que les bilans militaires : celle de millions de femmes dont la vie quotidienne est durablement bouleversée par la guerre.

 

Par   Catherine Fiankan-Bokonga, Correspondante accréditée auprès de l’Office des Nations Unies à Genève (Suisse), le 19 août 2026 à 17h59 Durée 2 min.
#Peace Research Institute Oslo

Selon les données de l’Uppsala Conflict Data Program (Ucdp), le nombre de conflits impliquant des Etats a atteint son niveau le plus élevé depuis 1946. Quelque 255 000 personnes auraient péri dans l’ensemble des conflits, faisant de 2025 la cinquième année la plus meurtrière depuis la fin de la guerre froide.

Derrière ces chiffres se dessine une géographie plus contrastée des conflits. Hommes et femmes ne les subissent pas de la même manière. Aux affrontements et aux déplacements forcés s’ajoutent, pour de nombreuses femmes, les violences sexuelles ainsi qu’un accès dégradé aux soins, à l’éducation et aux moyens de subsistance. Les conséquences de la guerre dépassent ainsi largement le champ de bataille et s’inscrivent durablement dans la vie quotidienne.

L’Afrique subsaharienne, région la plus exposée

Depuis 1990, l’Afrique subsaharienne s’est imposée comme le principal foyer d’exposition des femmes aux conflits. Le nombre de femmes vivant à proximité de zones de violence y a été multiplié par plus de cinq depuis 2010, sous l’effet notamment de la progression des conflits impliquant des Etats. La région concentre également une part importante des affrontements entre groupes armés. En 2025, 34 conflits de cette nature y ont été recensés, soit davantage que dans toute autre région du monde.

À cette progression s’ajoute l’enracinement des violences dans la durée. Des millions de femmes vivent désormais dans des territoires où les conflits s’éternisent, parfois pendant plusieurs décennies. En Afrique subsaharienne, 8,8 % des femmes étaient ainsi exposées, en 2025, à des conflits présents dans leur environnement depuis plus de 10 ans.

Des crises dans l’ombre de Gaza et de l’Ukraine

Cette progression de la violence intervient alors même que l’engagement international en faveur du maintien de la paix s’est considérablement réduit. Quinze opérations de maintien de la paix des Nations unies avaient été créées entre 2000 et 2013. Depuis 2013, une seule nouvelle mission a été établie.

Dans le même temps, l’aide publique au développement s’est fortement contractée. En 2025, l’aide bilatérale destinée aux pays les moins avancés a diminué de 25,8 %, tandis que celle consacrée à l’Afrique subsaharienne reculait de 26,3 %. Parallèlement, les transferts d’armes vers certaines régions touchées par les conflits ont augmenté.

Pour le Prio, la convergence de ces tendances-multiplication des conflits, recul du maintien de la paix et diminution de l’aide-risque d’aggraver encore l’instabilité. Les femmes en paient souvent un prix disproportionné.

L’attention internationale demeure inégalement répartie. Les guerres en Ukraine et à Gaza, ainsi que les tensions entre l’Iran et les Etats-Unis, occupent une place centrale dans l’agenda diplomatique et médiatique. D’autres crises, particulièrement en Afrique, restent largement en dehors des projecteurs.

Le contraste est d’autant plus frappant que certaines régions connaissent également une évolution sensible. Les conflits se multiplient en Asie du Sud, tandis que l’Amérique latine et les Caraïbes enregistrent une diminution. Au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, le niveau global recule légèrement, mais les conflits ont augmenté au cours des cinq dernières années. En Europe et en Asie centrale, les niveaux demeurent relativement stables.

L’insécurité, miroir de la condition des femmes

L’étude du Prio met enfin en évidence une corrélation étroite entre exposition aux conflits et conditions de vie des femmes. Les pays les plus fortement touchés par les violences obtiennent également des résultats nettement plus faibles dans le Women, Peace and Security Index, qui mesure notamment la situation des femmes en matière d’inclusion, de justice et de sécurité.

La guerre ne se mesure pas seulement au nombre de morts et aux destructions. Elle fragilise les systèmes de santé, prive des millions d’enfants d’éducation, compromet les moyens de subsistance et accroît les risques d’exploitation et d’abus. Pour les femmes, ces conséquences s’inscrivent souvent dans la durée, bien au-delà de la fin des combats.

Selon Siri Aas Rustad, directrice de recherche au Prio et auteure du rapport, les chiffres ne constituent pas seulement une mesure de la violence : ils traduisent « des millions de vies façonnées par l’insécurité », avec des soins interrompus, une éducation compromise et des perspectives économiques réduites.

Trouver des solutions

Face à cette situation, le Prio appelle à réinvestir dans la prévention des conflits, le maintien de la paix et la coopération multilatérale. « Sans une action plus forte, le nombre de femmes vivant dans l’ombre de la guerre continuera probablement d’augmenter », avertit Siri Aas Rustad.

À mesure que les conflits se multiplient et s’enracinent, la question n’est donc plus seulement de savoir où les guerres font des victimes. Elle est aussi de mesurer combien de femmes vivent désormais avec leurs conséquences, parfois à plusieurs générations de distance.