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En Rdc: Ebola progresse plus vite que la riposte

International
Un agent de santé est désinfecté dans un centre de traitement d'Ebola dans  l'est de la République démocratique du Congo Un agent de santé est désinfecté dans un centre de traitement d'Ebola dans l'est de la République démocratique du Congo

L’épidémie d’Ebola qui sévit actuellement en République démocratique du Congo pourrait, au rythme actuel, prendre une ampleur supérieure à la flambée qui avait ravagé l’Afrique de l’Ouest entre 2014 et 2016, faisant au moins 11 000 morts. L’alerte lancée par l’Organisation mondiale de la santé (Oms) prend ainsi une nouvelle dimension. Déclarée officiellement le 15 mai, l’épidémie de 2026 a déjà causé plus de 2 000 décès sur au moins 4 300 cas recensés. À Genève (Suisse), le directeur général de l’Oms, Tedros Adhanom Ghebreyesus, a averti que la progression actuelle du virus pourrait « dépasser » celle observée lors de la précédente grande crise. L’organisation espère inverser la tendance au cours des trois prochains mois, tout en précisant que cet objectif consiste à reprendre le contrôle de la transmission, et non à éradiquer immédiatement le virus. 

Par   Catherine Fiankan-Bokonga, Correspondante accréditée auprès de l’Office des Nations Unies à Genève (Suisse), le 14 août 2026 à 12h48 Durée 3 min.
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Le constat est aussi simple qu’alarmant : le virus a plusieurs longueurs d’avance sur ceux qui tentent de le contenir. L’Organisation mondiale de la santé (Oms) a confirmé le 10 août que l’épidémie d’Ebola qui sévit dans l’est de la République démocratique du Congo (Rdc) avait commencé dès février, près de trois mois avant sa déclaration officielle, le 15 mai 2026. L’analyse du séquençage génétique a permis de remonter à ses premières manifestations. Certains des premiers cas ont alors été attribués à tort au paludisme ou à la fièvre typhoïde.

«Nous sommes donc à la poursuite du virus, mais celui-ci a une longueur d’avance sur nous», a reconnu le Dr Mohamed Yakub Janabi, directeur régional de l’Oms pour l’Afrique.

Depuis, l’épidémie n’a cessé de s’étendre. Les derniers chiffres disponibles font état de 4 449 cas confirmés et de 2 061 décès, répartis dans cinq provinces et 53 zones de santé. Il s’agit déjà de la deuxième plus importante épidémie d’Ebola jamais enregistrée. Surtout, elle progresse plus rapidement que toutes les précédentes. À son rythme actuel, elle pourrait dépasser l’épidémie historique qui avait frappé l’Afrique de l’Ouest entre 2014 et 2016.

Une épidémie détectée trop tard

Cette course contre-la-montre est d’autant plus difficile que l’épidémie présente une particularité majeure: elle est provoquée par le virus Ebola de type Bundibugyo, une forme rare contre laquelle il n’existe actuellement ni vaccin homologué ni traitement spécifique approuvé. Les premiers tests réalisés avaient par ailleurs ciblé la forme plus courante du virus, contribuant aux retards dans l’identification de l’épidémie.

Mais le problème dépasse largement la seule question du diagnostic. Dans l’est de la Rdc, l’accès aux soins est entravé depuis des années par les conflits armés, l’insécurité, l’état des routes et les déplacements massifs de population. Des agents de santé impayés ont fait grève, des groupes rebelles menacent certaines zones et les équipes de riposte doivent travailler dans des régions reculées, parfois sans équipements de protection suffisants.

À cette fragilité structurelle s’ajoutent la méfiance et la désinformation. Dans certaines communautés traumatisées par des années de crises sanitaire et sécuritaire, certains continuent de nier l’existence même du virus. Des femmes enceintes et d’autres malades évitent les centres de santé par peur d’y contracter Ebola, au risque de retarder encore davantage leur prise en charge.

Le résultat est particulièrement préoccupant : entre 60 % et 70 % des nouvelles infections sont détectées chez des personnes qui n’étaient pas identifiées comme des contacts suivis. Autrement dit, les chaînes de transmission échappent largement au dispositif traditionnel de surveillance.

« Tout le monde devient un contact potentiel »

Le chef de l’Oms a déclaré que « la province de l’Ituri concentre près de 90 % des cas et 80 % des décès. À Bunia, Rwampara, Nizi et Lita, la transmission reste active et de nombreux décès surviennent encore au sein des communautés, parfois chez des personnes jamais identifiées comme contacts. Un signal inquiétant qui révèle l’existence de chaînes de transmission invisibles».

La plupart des contaminations surviennent lorsque les malades sont pris en charge ou lors de la manipulation des corps. Face à ces failles, l’Oms et l’Africa Cdc renforcent la recherche active des cas directement dans les communautés, au-delà du seul traçage des contacts.

L’objectif est de suivre au moins 95 % des contacts, contre environ 80 % actuellement, et de détecter les cas qui échappent au système de surveillance. L’Africa Cdc estime que l’épidémie pourrait nécessiter le suivi de 160 000 à 200 000 contacts, alors que seuls 17 000 sont actuellement recensés. « Cette liste de contacts n’est pas exacte. Elle ne donne pas la réalité de cette épidémie en Rdc », reconnaît Jean Kaseya, directeur général de l’organisation.

Pour combler ce déficit, jusqu’à 30 000 agents de santé communautaires doivent être mobilisés. Environ 2 000 sont déjà déployés et 4 000 autres doivent les rejoindre dans les prochaines semaines. Téléphones portables et connexions satellitaires doivent compléter le dispositif dans les zones mal couvertes.

Rapprocher les soins des malades

Les autorités sanitaires veulent tripler les capacités de prise en charge pour atteindre 3 000 lits en douze semaines, avec plusieurs milliers d’agents supplémentaires à former. Mais l’enjeu est aussi de rapprocher les soins des populations : à Bunia, les conditions de transport apparaissent comme un facteur aggravant des décès.

L’expérience d’Aru montre qu’une réponse au plus près des communautés peut porter ses fruits. Aucun nouveau cas n’y a été signalé depuis deux semaines, après le suivi de 159 contacts et le déploiement progressif de structures de soins locales. Autre signe encourageant : 886 patients ont déjà guéri, malgré l’absence de traitement spécifique ou de vaccin homologué contre le virus.

Vaccins et traitements : la course contre-la-montre

Pour la première fois, deux vaccins ciblant spécifiquement le virus Bundibugyo sont entrés en phase I (test sur un petit groupe de 20 à 100 volontaires en bonne santé) pour évaluer leur sécurité chez l’être humain. En parallèle, des études animales suggèrent qu’un vaccin contre le virus Ebola Zaïre pourrait offrir une protection croisée. L’Oms recommande donc de l’inclure rapidement dans un essai de phase III (test sur des milliers de volontaires), seul moyen de déterminer son efficacité contre Bundibugyo chez l’être humain.

Le directeur général de l’Oms, le Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus, appelle les partenaires à accélérer cet essai. La recherche progresse aussi sur les traitements. Soutenu par l’Oms, l’essai Partners (Test de deux molécules administrées séparément ou en association) vient de dépasser les 100 patients, démontrant qu’une recherche clinique peut être déployée rapidement, même en pleine épidémie.

L’Ouganda, preuve qu'une autre issue est possible

La mission conjointe de l’Oms et d’Africa Cdc s’est aussi rendue en Ouganda, où une épidémie distincte avait été déclarée terminée le 28 juillet. Le pays n’a enregistré que 20 cas confirmés et deux décès, tandis que l’ensemble des contacts identifiés a achevé sa période de suivi. Pour les deux organisations, l’expérience ougandaise démontre que l’endiguement reste possible lorsque la détection est précoce, le traçage des contacts rapide, la coordination efficace et la confiance des populations suffisamment forte. Mais la frontière reste poreuse et la circulation des personnes entre les deux pays entretient le risque de propagation régionale. La surveillance transfrontalière, les capacités de laboratoire et la préparation des pays voisins doivent donc être maintenues.

Une riposte suspendue au financement et à la sécurité

Le principal défi est désormais de mettre en œuvre les interventions sur le terrain à la vitesse nécessaire pour reprendre l’avantage sur le virus. Cette capacité dépend directement du financement.

Sur les 518 millions de dollars nécessaires au Plan continental de préparation et de réponse, seuls 264 millions, soit un peu plus de la moitié, ont jusqu’ici été décaissés.

L’autre condition de succès est l’accès aux zones affectées et la sécurité des équipes. L’est de la Rdc reste marqué par des conflits armés actifs, qui compliquent considérablement le déploiement des personnels et des équipements. Selon l’Oms, chefs communautaires, responsables religieux, femmes et jeunes doivent être associés à chaque étape: surveillance, orientation des malades, traitement, prévention et organisation des enterrements sûrs et dignes. « La maîtrise et, à terme, l’arrêt de cette épidémie viendront des communautés », a déclaré le Dr Chikwe Ihekweazu, directeur exécutif du Programme des urgences sanitaires de l'Oms.

Le paradoxe de cette nouvelle phase est donc évident. Une surveillance plus efficace pourrait faire grimper les chiffres dans les prochaines semaines, non pas nécessairement parce que l’épidémie accélère, mais parce qu’une partie de sa réalité jusque-là invisible sera enfin révélée.