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Les pluies diluviennes qui se sont abattues sur Cotonou dans la matinée du 6 mai 2026, provoquant des inondations spectaculaires dans plusieurs quartiers de la capitale économique béninoise, relèvent d’un « événement exceptionnel » qui ne survient « qu’une fois tous les 20 ou 30 ans ». Didier Kakpa, directeur général de Météo Bénin, l’a fait savoir lors de l’émission « De Vous à Nous » du dimanche 10 mai dernier sur Peace Fm. Revenant sur les nombreuses interrogations liées à l’efficacité des ouvrages de drainage des eaux pluviales, le responsable de Météo Bénin a apprécié les constructions faites, estimant qu’elles ont permis d’éviter une situation plus grave.
« Ce que nous avions eu le 6 mai dernier, c’est un événement exceptionnel… ». Ces propos de Didier Kakpa, directeur général de Météo Bénin, invité sur Peace Fm, dimanche dernier, illustrent la nature de la situation. Les pluviométries enregistrées dans plusieurs quartiers de la ville de Cotonou dépassent largement les normales observées ces dernières années.
« C’est un événement qui vient peut-être une fois en 20, 30 ou 40 ans », explique-t-il.
Ce jour-là, en seulement trois heures de temps, des précipitations record ont été enregistrées. Le déluge a englouti des infrastructures routières, des véhicules et causé des dégâts dans plusieurs habitations. Les relevés effectués dans différents postes pluviométriques de la ville par les services météorologiques, donnent le tournis.
« Au niveau du Commissariat de Cotonou, les services météorologiques ont enregistré un total de 194,7 millimètres, soit le niveau le plus élevé durant cet épisode. À Cotonou-Ménontin, il est tombé 172 millimètres de pluie, tandis que le poste Météo de l’aéroport a enregistré 175 millimètres. À Cotonou Sainte Cécile, le cumul a atteint 128 millimètres et 77,6 millimètres à Sèmè Cocotiers », a dévoilé Didier Kakpa.
Un millimètre, explique-t-il, équivaut à un litre d’eau dans un mètre carré. Et lorsqu'on parle de 194,7 millimètres dans la zone du Commissariat de Cotonou, cela fait 194 litres d’eau dans un mètre carré. « C’est énorme ! », exclame-t-il. L’aspect le plus marquant, selon lui, réside dans la rapidité avec laquelle cette masse d’eau s’est déversée sur la ville. « La quantité que nous enregistrons en un mois, nous l’avons eue en seulement trois heures de temps. C’est vraiment difficile à gérer, peu importe le dispositif que vous mettez en place », assure le spécialiste.
Les débordements du 6 mai sont comparables aux grands épisodes des années 1962, 1975 et 2003. Didier Kakpa rappelle que les archives météorologiques nationales montrent que de telles pluies sont rares. Le précédent record comparable remonte à 2003, année durant laquelle 194,2 millimètres avaient été enregistrés à Cotonou. Avant cela, les services météorologiques avaient observé 193 millimètres en 1975 et 191,1 millimètres en 1962. « Depuis 2003, nous n’avons plus jamais enregistré une telle quantité », indique-t-il, montrant que ces données pluviométriques illustrent le caractère exceptionnel de l’épisode du 6 mai.
En plus des causes liées aux changements climatiques, le directeur général de Météo Bénin a également évoqué le contexte urbain actuel de Cotonou pour expliquer les stagnations d’eau observées. « Tout Cotonou est un chantier », a-t-il rappelé. Selon lui, de nombreux collecteurs et caniveaux sont encore en cours de réalisation ou temporairement obstrués afin de permettre l’avancement des travaux. « Les caniveaux ne sont pas encore finalisés. Il faut attendre forcément que ces travaux finissent avant qu’on puisse les apprécier», affirme Didier Kakpa.
Le Papc, un outil efficace ?
Face aux critiques visant les infrastructures de drainage mises en place dans le cadre du Programme d’assainissement pluvial de Cotonou (Papc), le directeur général de Météo Bénin estime que les ouvrages ont plutôt prouvé leur efficacité malgré la violence des précipitations.
« Le Papc est un outil très efficace », a soutenu Didier Kakpa. Selon lui, les ouvrages réalisés ont été conçus à partir des moyennes pluviométriques observées au fil des années et non pour des phénomènes extrêmes susceptibles de se produire une fois tous les trente ans. Il estime qu’un dimensionnement capable d’absorber sans difficulté un tel volume d’eau nécessiterait des investissements colossaux.
« Si nous allons tenir compte de cela, il va falloir faire un surdimensionnement des ouvrages, ce qui va nécessiter beaucoup d’investissements », a-t-il expliqué. Pour lui, il ne serait vraiment pas profitable économiquement de réaliser des « ouvrages qui seront peut-être utiles une fois en 30 ans ».
A en croire le météorologue, l’efficacité du dispositif se mesure surtout à la vitesse de retrait des eaux après les pluies. Il assure que des éléments factuels prouvent qu’une grande partie des voies inondées au plus fort de l’orage étaient de nouveau praticables peu après la pluie.
La saison pluvieuse s’installe progressivement sur le Sud du Bénin. Les mois de Mai et Juin seront sans doute arrosés. Le directeur général de Météo Bénin appelle les populations à la prudence. Même si un épisode aussi extrême que celui du 6 mai ne devrait pas se reproduire immédiatement, il avertit que d’autres fortes pluies restent probables dans les semaines à venir.
« Nous sommes en pleine saison pluvieuse. Nous devons nous attendre à des orages, même si ce ne sera pas forcément à la hauteur de celui du 6 mai », explique-t-il. Le responsable de Météo Bénin insiste également sur la nécessité pour les citoyens d’adopter des comportements favorables à l’écoulement des eaux afin de limiter les risques d’inondation.
Prévisions fiables à « 80 % »
Interrogé sur la fiabilité des prévisions météorologiques, Didier Kakpa rappelle qu’aucune prévision n’est exacte à 100 %, particulièrement dans un contexte de changement climatique. « Quand on parle de prévision, c’est une probabilité », a-t-il souligné. « Nous ne sommes pas Dieu », rappelle-t-il. Malgré cela, il estime que les performances actuelles de Météo Bénin sont satisfaisantes, car les « prévisions sont réalistes jusqu’à 80 % ».
Il cite notamment les pluies du 6 mai à Cotonou ainsi que celles observées le lendemain dans le nord du pays comme des phénomènes effectivement annoncés par les bulletins météorologiques. Didier Kakpa souligne toutefois que certaines incompréhensions naissent souvent du fait que les prévisions sont émises à l’échelle départementale et non quartier par quartier. « Quand on dit qu’il va pleuvoir dans le Littoral, il peut pleuvoir à Pk14 sans qu’il ne pleuve au Stade de l’Amitié », a-t-il illustré, appelant une nouvelle fois à la vigilance des populations.
Didier Kakpa