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Restauration des terres: Un levier économique majeur face à la crise climatique

Environnement
La restauration des terres présente de nombreux avantages socio-économiques La restauration des terres présente de nombreux avantages socio-économiques

La dégradation des terres touche déjà jusqu’à 40 % des surfaces émergées et menace directement la sécurité alimentaire, l’accès à l’eau et la stabilité économique mondiale. Selon les Nations Unies, investir dans la restauration des terres pourrait générer jusqu’à 140 000 milliards de dollars par an et constitue une solution clé pour lutter contre le changement climatique, préserver la biodiversité et améliorer les conditions de vie, notamment dans les pays les plus vulnérables.

Par   Ariel GBAGUIDI, le 29 avr. 2026 à 07h11 Durée 3 min.
#Crise climatique

Les terres de la planète, qu’elles soient des montagnes, plaines, plateaux ou collines, sont au cœur de la vie humaine. Elles fournissent l’oxygène, la nourriture et l’eau indispensables à la survie, tout en abritant la majorité de la biodiversité mondiale. Elles jouent également un rôle déterminant dans la régulation du climat.

Selon les Nations Unies, les écosystèmes terrestres ont absorbé environ 30 % des émissions de carbone d’origine humaine au cours de la dernière décennie, confirmant leur fonction essentielle de puits de carbone. Pourtant, cet équilibre est de plus en plus menacé. La déforestation, l’urbanisation, l’expansion agricole et les pratiques non durables exercent une pression croissante sur les terres. Cette surexploitation compromet leur capacité à produire de la nourriture, à préserver les ressources en eau et à réguler le climat. Les changements climatiques aggravent la situation, en intensifiant les sécheresses, la désertification et les événements météorologiques extrêmes.

Aujourd’hui, jusqu’à « 40 %» des terres émergées sont dégradées, dont « 30 % » des terres cultivées et « 10 % » des pâturages. Les Nations Unies indiquent en outre que les zones arides touchées par la sécheresse ont augmenté de plus de « 1 % » par an au cours des cinquante dernières années, affectant principalement l’Afrique et l’Asie. Si cette tendance se poursuit, une surface équivalente à celle de l’Amérique du Sud pourrait être dégradée d’ici 2050.

Les conséquences de ces phénomènes sont considérables. La dégradation des terres affecte directement la moitié de l’humanité et entraîne une perte estimée par les Nations Unies, à 40 000 milliards de dollars par an en services écosystémiques, soit près de la moitié du produit intérieur brut mondial de 2021, évalué à 93 000 milliards de dollars. Elle constitue également, poursuit l’institution onusienne, «la plus grande cause de perte de biodiversité terrestre », détruisant les habitats naturels et fragilisant les écosystèmes.

Sur le plan social, les impacts sont tout aussi préoccupants. La désertification et les sécheresses pourraient provoquer le déplacement d’environ 250 millions de personnes d’ici 2050, alimentant les tensions économiques et politiques dans de nombreuses régions du monde.

La dégradation des terres contribue également au changement climatique. En réduisant la capacité des sols à stocker le carbone et en libérant celui contenu dans les forêts défrichées ou brûlées, elle accentue les émissions de gaz à effet de serre. Un rapport des Nations Unies publié en 2018 estime que la déforestation représente à elle seule environ 10 % des émissions mondiales liées aux activités humaines. Entre 2000 et 2009, les émissions issues de la dégradation des terres ont atteint jusqu’à 4,4 milliards de tonnes de Co2 par an, un volume significatif comparé aux 36,3 milliards de tonnes émises en 2021 par le secteur de l’énergie.

Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec) alerte sur une aggravation des phénomènes extrêmes. L’augmentation des températures prolongera les sécheresses (jusqu’à 10 mois en moyenne avec un réchauffement de +3°C, selon la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques) tout en intensifiant les inondations, les tempêtes et les vagues de chaleur. Ces événements détruisent les cultures, dégradent les sols et fragilisent les infrastructures agricoles, avec des conséquences directes sur la sécurité alimentaire mondiale.

Changer la façon d’utiliser les terres

Face à ce constat, les Nations Unies insistent sur l’urgence de transformer la manière d’utiliser les terres. « Investir dans la restauration des terres à grande échelle est un outil puissant et rentable pour lutter contre la désertification, l’érosion des sols et la perte de production agricole », affirme Ibrahim Thiaw, secrétaire exécutif de la Convention des Nations Unies sur la lutte contre la désertification (Cnuld), en avril 2022. Il souligne que la terre, ressource limitée, ne peut plus être considérée comme acquise.

La restauration des terres apparaît comme une solution concrète et accessible. Elle repose sur des pratiques telles que l’agroforesterie, la régénération naturelle assistée, la gestion durable des pâturages ou encore la protection des zones riches en biodiversité. À cela s’ajoutent des techniques agricoles durables comme la rotation des cultures et l’amélioration des systèmes d’irrigation. Ces approches permettent de restaurer les sols, d’améliorer la qualité de l’eau et de renforcer la résilience des communautés face aux changements climatiques.

Avantages

Les bénéfices socio-économiques de ces actions de restauration sont majeurs. Selon les estimations des Nations Unies, la restauration des terres pourrait générer jusqu’à 140 000 milliards de dollars par an, soit 50 % de plus que le Pib mondial de 2021. En réorientant une partie des 700 milliards de dollars de subventions annuelles actuellement accordées aux énergies fossiles et à certaines pratiques agricoles, il serait possible de restaurer un milliard d’hectares de terres dégradées, dont 250 millions d’hectares de terres agricoles.

Au-delà de l’agriculture, les terres offrent également un potentiel important en matière d’énergie renouvelable. La bioénergie, produite à partir de matières organiques végétales et animales, représente aujourd’hui 55 % des énergies renouvelables et plus de 6 % de l’approvisionnement énergétique mondial. Ce secteur génère déjà plus de 2 millions d’emplois, principalement dans les zones rurales, et devrait continuer à croître.

Cependant, les Nations Unies mettent en garde contre une exploitation non maîtrisée de la biomasse, qui pourrait accentuer la déforestation et la perte de biodiversité. Une gestion durable reste donc indispensable pour concilier production énergétique et préservation des écosystèmes.

Restaurer les terres ne relève pas seulement d’un impératif environnemental, mais d’un choix stratégique pour l’économie mondiale et la stabilité sociale. Sans action, plusieurs gigatonnes de carbone supplémentaires pourraient être émises d’ici 2050 en raison de la dégradation des sols. À l’inverse, une gestion durable des terres ouvre la voie à une croissance économique inclusive, à la sécurité alimentaire et à la résilience climatique. C’est pourquoi changer la façon d’utiliser les terres est non seulement possible, mais essentiel pour garantir un avenir viable aux générations futures.