La Nation Bénin...
L’aide publique au développement devrait reculer de 6,9 % cette année, selon les projections publiées le 17 juillet par l’Ocde. Cette troisième baisse annuelle consécutive, une situation inédite depuis le début des années 1990, menace particulièrement l’Afrique subsaharienne, les Pma et des secteurs essentiels comme la santé et l’aide humanitaire.
Les dernières projections de l’Organisation de coopération et de développement économiques (Ocde) confirment un net repli de l’aide publique au développement (Apd). Après une chute historique de 23,3 % en 2025, les versements nets des pays membres du Comité d’aide au développement (Cad) devraient encore diminuer de 6,9 % en 2026, pour s’établir à 152 milliards de dollars Us, soit 0,23 % de leur revenu national brut (Rnb), leur plus faible niveau depuis 2014. Une telle série de trois baisses annuelles consécutives ne s’était plus produite depuis 1992-1995, au lendemain de la Guerre froide.
La réduction est généralisée. Seize membres du Cad prévoient de diminuer leur aide de 12 milliards de dollars Us, tandis que les augmentations annoncées par dix-sept autres membres ne totalisent que 0,7 milliard. À lui seul, le G7 représente 9,3 milliards de dollars de cette contraction. Selon l’Ocde, cette évolution traduit avant tout des choix budgétaires. Si les pays donateurs avaient simplement maintenu leur ratio Apd/Rnb de 2025, l’aide aurait progressé de 1,4 % en 2026 au lieu de reculer.
Les plus vulnérables
Les pays les moins avancés (Pma) restent les premiers touchés. L’Apd bilatérale destinée à l’Afrique subsaharienne devrait diminuer de 11,6 % en 2026, après un recul de 26,3 % en 2025. Les Pma enregistreraient une nouvelle baisse de 10,9 %, d’après les projections. Pour ces deux groupes, les financements reviendraient à leur plus faible niveau depuis le début des années 2000, au moment du lancement des Objectifs du millénaire pour le développement. Les apports multilatéraux ne devraient pas permettre de combler ce déficit, puisqu’ils devraient également diminuer de 6,6 %.
Cette contraction intervient alors que les besoins ne cessent de croître. La crise au Moyen-Orient accroît simultanément les besoins humanitaires et les contraintes budgétaires des donateurs. Si le conflit se prolonge au-delà du milieu de l’année, avec un baril supérieur à 100 dollars Us, jusqu’à 45 millions de personnes supplémentaires pourraient basculer dans une insécurité alimentaire comparable à un contexte de crise. Les pays fortement dépendants des importations d’énergie et d’engrais, comme le Soudan ou la Somalie, figurent parmi les plus exposés.
Sécurité sanitaire mondiale menacée
Le secteur de la santé enregistre le recul le plus marqué. Il devrait perdre entre 29 % et 46 % de ses financements entre 2024 et 2026, soit une diminution comprise entre 5 et 8 milliards de dollars Us. Les ressources consacrées à la santé tomberaient ainsi à un niveau inférieur de 63 % au pic observé en 2022 pendant la pandémie de Covid-19, revenant à des montants comparables à ceux de 2008. La République démocratique du Congo et l’Ouganda, confrontés à une épidémie d’Ebola, devraient voir leur aide sanitaire diminuer respectivement de 46,6 % et de 53,5 %.
Les programmes de population et de santé reproductive
(-54,1 %), de lutte contre le paludisme (-59,6 %), contre la tuberculose (-57,2 %) et contre les autres maladies infectieuses (-40,4 %), ainsi que les programmes de lutte contre le Vih/sida, figurent parmi les plus durement touchés, compromettant la capacité de nombreux pays à prévenir et maîtriser les crises sanitaires.
Au-delà des interventions immédiates, ces réductions fragilisent les investissements consacrés à la préparation, à la prévention et à la riposte aux pandémies (Ppr), alors que de nombreux pays à faible revenu demeurent structurellement tributaires de l’Apd pour financer ces capacités. Le recul annoncé compromet ainsi directement la résilience sanitaire mondiale.
L’aide humanitaire devrait diminuer de 40,3 %, tandis que le soutien à l’administration publique et à la société civile reculerait de 39,8 %, accentuant les difficultés des États les plus fragiles.
Répercussions régionales et sectorielles
Toutes les régions sont concernées. Entre 2024 et 2026, l’Europe enregistrerait la plus forte baisse de l’aide (-40,3 %), principalement en raison de la diminution des financements destinés à l’Ukraine. L’Afrique subsaharienne subirait la perte la plus importante en valeur, avec 11,8 milliards de dollars Us, tandis que certains petits États insulaires en développement verraient leurs financements diminuer de près de 60 %.
Dans un contexte marqué par la multiplication des crises géopolitiques, climatiques, alimentaires et sanitaires, les besoins augmentent alors que les ressources se contractent. L’Ocde appelle les bailleurs à concentrer leurs financements sur les pays les plus vulnérables, à planifier de manière responsable leurs retraits et à optimiser l’impact des ressources disponibles afin de préserver les acquis du développement.
Le recul annoncé de l’aide fragilise les systèmes de santé et menace l’aide humanitaire dans les pays les plus vulnérables