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Avec 529 déclarations d’opérations suspectes enregistrées en 2025, la Centif relève l’évolution des schémas de blanchiment de capitaux. Les produits d’épargne et de capitalisation peuvent être utilisés pour intégrer des fonds d’origine incertaine dans le système financier, tandis que les terminaux de paiement électronique sont détournés pour simuler des opérations commerciales et créditer rapidement les comptes d’entreprises.
Le dernier rapport d’activités de la Cellule nationale de traitement des informations financières (Centif) met en évidence l’évolution des techniques de blanchiment de capitaux au Bénin. L’institution a enregistré 529 déclarations d’opérations suspectes (Dos) en 2025, contre 510 en 2024 et 443 en 2023. Les personnes physiques représentent 85,8 % des cas catégorisés, mais les personnes morales concentrent près de 83 % de la valeur totale des opérations déclarées suspectes.
La Centif a, par ailleurs, exercé son droit d’opposition sur cinq opérations suspectes, pour un montant total de 1,16 milliard F Cfa. Ces mesures conservatoires ont été prises dans le cadre d’analyses faisant apparaître des indices sérieux de blanchiment de capitaux, afin de prévenir la dissipation des fonds concernés et de permettre la poursuite des investigations.
Parmi les typologies examinées dans le rapport figurent notamment l’utilisation de produits d’assurance et l’exploitation abusive des terminaux de paiement électronique (Tpe). Si la première traduit la persistance de schémas de blanchiment dans le secteur des assurances, la seconde illustre une vulnérabilité liée à l’utilisation de nouveaux instruments de paiement.
Des vulnérabilités persistantes dans l’assurance
Les produits d’épargne et de capitalisation peuvent être détournés à des fins de blanchiment en permettant d’introduire des fonds d’origine incertaine dans le système financier formel. Le rapport de la Centif documente notamment des schémas reposant sur le placement de fonds en espèces dans des produits d’assurance, la structuration des dépôts pour contourner les contrôles et le recours à des prête-noms. Les fonds sont ainsi progressivement intégrés dans le circuit financier formel.
La Centif relève deux cas illustratifs. Dans le premier, un contrat d’assurance épargne à prime unique a été souscrit pour 800 millions F Cfa, avec un règlement effectué par deux virements. Dans le second, quatre contrats de bons de capitalisation, d’un montant total d’un milliard F Cfa, ont été alimentés par plusieurs versements en espèces effectués par différentes personnes. L’institution souligne, dans ce dernier cas, l’absence de justification économique claire de l’origine des fonds et le recours à des tiers.
Les compagnies d’assurance ont transmis 15 Dos à la Centif en 2025, soit 2,8 % des 529 déclarations enregistrées au cours de l’année. Leur contribution demeure toutefois très inférieure à celle des banques, à l’origine de 449 déclarations, soit 84,9 % du total.
Les Tpe, nouveau canal de blanchiment
Destinés à faciliter les transactions commerciales, les terminaux de paiement électronique peuvent être détournés pour intégrer des fonds d’origine illicite dans le circuit financier sous couvert d’opérations apparemment légitimes. Les schémas observés reposent sur la simulation de transactions fictives, souvent réalisées au moyen de cartes bancaires étrangères, associée à la production de justificatifs commerciaux falsifiés. Les fonds ainsi crédités sont ensuite rapidement retirés en espèces ou dispersés, rendant leur traçabilité difficile. Dans certains cas, la Centif établit un lien avec des activités de cybercriminalité, notamment des fraudes aux moyens de paiement.
Dans un cas documenté, des gérants d’entreprises avaient obtenu l’installation de Tpe dans le cadre de leurs activités commerciales. Un volume particulièrement élevé de transactions atypiques réalisées sur ces terminaux a ensuite été porté à la connaissance de la Centif. L’utilisation récurrente de cartes bancaires étrangères, l’absence de justificatifs probants correspondant aux transactions et l’impossibilité pour les intéressés d’identifier les porteurs des cartes ont constitué plusieurs éléments de soupçon.
Cette typologie intervient dans un contexte où l’escroquerie et la cybercriminalité via transferts instantanés constituent la première catégorie d’infractions sous-jacentes recensées dans les Dos en 2025, avec 186 déclarations, soit 35,2 % du total. La fraude fiscale arrive en deuxième position avec 123 déclarations, soit 23,3 %.
Le dispositif déclaratif comprend également les déclarations d’opérations en espèces (Doe), dont le nombre a atteint 511 589 en 2025. Les banques en ont transmis 503 840, soit environ 98,5 % du total, devant les systèmes financiers décentralisés avec 7 431 déclarations.
Un décalage entre innovation et supervision
Les observations de la Centif s’inscrivent dans un environnement régional marqué par la diversification des canaux financiers. Dans son rapport annuel 2025, le Groupe intergouvernemental d’action contre le blanchiment d’argent en Afrique de l’Ouest (Giaba) relève que l’utilisation des plateformes de paiement mobile, des solutions FinTech et des actifs virtuels avance souvent plus vite que les capacités de réglementation et de supervision des États membres. Cette évolution introduit de nouveaux canaux pour les activités de blanchiment de capitaux et de financement du terrorisme.
Pour le Bénin, cette évolution intervient alors que le pays est en suivi renforcé par le Giaba à la suite de son évaluation mutuelle de 2021. Les autorités béninoises participent régulièrement aux plénières du groupe régional afin de présenter leurs rapports de suivi et de rendre compte des progrès accomplis dans la mise en œuvre des recommandations issues de cette évaluation.
Les priorités identifiées par la Centif en vue de la prochaine évaluation mutuelle portent notamment sur la finalisation et l’adoption de l’Évaluation nationale des risques et de la Stratégie nationale de lutte contre le blanchiment de capitaux, le financement du terrorisme et le financement de la prolifération des armes de destruction massive (Lbc/Ft/Fp), l’amélioration de la qualité et de l’exploitation des Dos, le développement des outils technologiques et des interconnexions ainsi que le renforcement de la supervision des secteurs à risque. Prévue en 2028, cette échéance intervient ainsi dans un contexte où les circuits financiers se diversifient et où les techniques de blanchiment s’adaptent aux nouveaux instruments.
Les cas documentés dans l’assurance et sur les Tpe illustrent, à leur échelle, les défis posés à la détection et au contrôle des flux financiers d’origine illicite