La Nation Bénin...
Au Bénin, le Fâ occupe une
place primordiale dans la vie de l’être humain et il convient de le consulter
avant de prendre les grandes décisions. Cependant, consulter le Fâ est une
chose et accomplir les sacrifices prescrits en est une autre, encore plus essentielle.
Une consultation du Fâ sans l’exécution des sacrifices recommandés peut
entraîner de fâcheuses conséquences pour la personne concernée.
Les sacrifices appelés vo ou
vossissa revêtent une importance capitale à la suite d’une consultation du Fâ.
Leur non-accomplissement est généralement perçu comme une conduite à haut
risque, voire comme une faute spirituelle ou une négligence grave. L’expression
fon « Kan man sà or Awovi wè » traduit avec justesse la portée du danger
encouru lorsque les sacrifices prescrits après consultation ne sont pas
accomplis. Littéralement, elle signifie que ne pas faire les sacrifices
recommandés après la consultation revient à s’exposer au danger, au malheur,
voire au diable.
« Lorsque tu consultes le Fâ,
c’est un messager qui vient de notifier un certain nombre de choses. C’est
toi-même qui l’as invité, et il vient avec du bon comme du mauvais. Ainsi, si
le sacrifice est accompli, on bénéficie des bonnes choses annoncées et le
mauvais sort est conjuré. Mais s’il ne l’est pas, on encaisse tous les mauvais
sorts révélés par le signe du Fâ, fâdou, sans bénéficier des aspects favorables
annoncés », confirme Boconon Baba Aligbonon, prêtre du Fâ. D’après lui, les
messages défavorables portés par le signe du Fâ demeurent actifs tant que les
sacrifices n’ont pas été accomplis. C’est pourquoi la consultation ne doit pas
être banalisée. Elle ne se fait pas à tout moment, mais uniquement lorsqu’une
situation donnée l’exige. Ainsi, une fois le signe de Fâ, fâdou, consulté et
reparti avec les prescriptions destinées à une personne, celles-ci doivent
impérativement être respectées, faute de quoi l’intéressé s’expose à de sérieux
risques.
Le prêtre du Fâ précise encore
: « Les Boco daho disent que si l’on te consulte le Fâ et que tu accomplis les
sacrifices, on dira qu’il maîtrise le Fâ. Mais si tu n’accomplis pas les
rituels, on dira aussi qu’il maîtrise le Fâ. » Par cette formule, il souligne
que les sacrifices accomplis permettent à l’intéressé d’obtenir ce qu’il
recherche. En revanche, si les rites ne sont pas exécutés, les mauvaises
prédictions annoncées par le fâdou, et rapportées par le Boconon, finiront par
se réaliser, sans possibilité d’échappatoire. C’est alors qu’on entendra dire :
« J’avais déjà appris cela. Le Boconon l’avait annoncé. »
Accomplir les sacrifices
apporte le bonheur, tandis que les négliger conduit au malheur
Le non-accomplissement des sacrifices provoque la colère des divinités, notamment celle de Lègba, vodun lié à la notion de passage, de transmission et d’exécution. Toute consultation du Fâ s’effectue sous son égide. Ne pas honorer les prescriptions issues du Fâ après en avoir sollicité la sagesse revient à manquer à une parole donnée aux entités invisibles. En outre, le non-respect des sacrifices aggrave souvent la situation initiale. C’est pourquoi l’on dit que si l’on n’est pas disposé à accomplir les sacrifices, il vaut mieux s’abstenir de consulter le Fâ.
Par ailleurs, la répétition des consultations sans l’application des rituels prescrits peut entraîner une perte d’efficacité des consultations futures.
Le Fâ se nourrit du respect et
de la déférence. Un individu qui multiplie les consultations sans jamais
exécuter les prescriptions spirituelles finit par bloquer son propre canal
spirituel. Les révélations ultérieures risquent alors de devenir floues ou inefficaces,
car son indiscipline aura faussé sa boussole spirituelle.
Le prêtre du Fâ rappelle également qu’il ne s’agit pas d’un système avec lequel on peut s’amuser. On ne consulte pas le Fâ sur un coup de tête. « Au commencement d’une nouvelle année, il faut procéder à la consultation dite houéfâ afin d’accomplir les rites sacrificiels requis. Il n’existe pas de période fixe pour consulter le Fâ, c’est lorsqu’on est surpris ou déstabilisé par une situation qu’il convient de le faire », ajoute Boconon Baba Aligbonon.
Il précise que, lorsqu’on est
chef de famille, il est possible de consulter le Fâ tous les trois mois pour la
famille et d’accomplir les rites sacrificiels nécessaires. « Dans une année,
s’il n’y a pas de situation majeure, consulter le Fâ deux à trois fois et
accomplir les sacrifices prescrits est largement suffisant », conclut le
Boconon.
Fâ et rites sacrificiels