La Nation Bénin...
C’est la reprise des classes. Des milliers d’enfants, de tous horizons, ont repris le chemin de l’école. Dans chaque classe se côtoient des profils et des tempéraments différents : des enfants calmes, d’autres plus turbulents, certains plus réservés, d’autres encore qui peuvent manifester de l’opposition ou avoir des difficultés à respecter les consignes.
Face à ces comportements parfois difficiles, les enseignants peuvent être confrontés à des situations allant du manque de respect aux écarts de langage, en passant par le refus d’obéir ou de se conformer aux règles de la classe.
Pourtant, au Bénin, le recours au châtiment corporel est interdit. La Loi n° 2015-08 portant Code de l’enfant, adoptée en janvier 2015, prohibe les châtiments corporels infligés aux enfants dans différents milieux, notamment familial et scolaire. Le cadre pénal béninois prévoit également des sanctions pour certaines violences commises à l’encontre des enfants.
Dès lors, une question se pose : comment faire entendre raison à un enfant sans recourir à la violence ?
L’autorité sans violence
Pour répondre à cette question, Docteure Adjignon Débora Gladys HOUNKPE, Professeure certifiée de Lettres modernes, psychopédagogue et experte diplômée en études de genre et études femmes, prône une éducation à la fois bienveillante, ferme et structurante.
Elle explique :
« L’éducation bienveillante ne signifie pas laisser l’enfant faire ce qu’il veut, supprimer les règles, négocier tout, ne jamais sanctionner ou accepter l’insolence. Elle associe au contraire autorité, fermeté, cadre et bienveillance. Pour l’avoir apprise et développée aux côtés de la Fondation suisse Graines de Paix depuis 2019, avec l’arrimage des ressources pédagogiques au programme national du MEMP, je puis vous assurer que c’est l’éducation la plus humaine et la plus exigeante. Elle fait travailler aussi bien l’enseignant que l’apprenant dans cette quête de la compréhension mutuelle et surtout du développement de l’intelligence émotionnelle. Elle participe à la prise de conscience de sa personne, de sa participation active à la construction de soi et du groupe. L’éducation bienveillante apporte à l’enfant la sécurité et à l’enseignant la sérénité. Elle crée un climat favorable aux apprentissages. »
Pour la psychopédagogue, l’autorité éducative ne disparaît donc pas avec l’abandon du châtiment corporel. Elle change de forme et s’appuie davantage sur la relation, la cohérence, la règle et la responsabilisation.
« Une boussole et une barrière »
Docteure HOUNKPE insiste également sur le rôle essentiel de l’adulte dans la construction de l’enfant :
« Un enfant a besoin d’un adulte qui soit à la fois une boussole et une barrière : une boussole pour lui montrer la direction, une barrière pour lui montrer les limites. L’adulte lui apprend également par l’exemple de son être intrinsèque. Un adulte qui répare ses erreurs transmet par son comportement cette grandeur d’âme aux enfants. Réparer ses erreurs sincèrement, c’est cultiver un sens de responsabilité aigu, qu’aucun châtiment corporel ne saurait inculquer. »
Cette conception invite ainsi l’enseignant à demeurer une figure d’autorité, sans faire de la violence un moyen d’obtenir l’obéissance. La fermeté peut s’exprimer à travers des règles claires, des conséquences cohérentes, la responsabilisation de l’élève et la réparation lorsqu’un tort a été commis.
La fermeté n’est pas la violence
Pour Docteure Adjignon Débora Gladys HOUNKPE, le véritable enjeu n’est donc pas de choisir entre l’autorité et la bienveillance, mais de parvenir à les articuler.
Elle conclut :
« L’éducation bienveillante n’est pas l’éducation sans règles. C’est une éducation où la règle demeure, où l’adulte demeure adulte, où l’exigence demeure, mais où la violence n’est plus utilisée comme outil pédagogique. »
À l’heure de la rentrée scolaire, ce message rappelle que faire respecter une règle ne nécessite pas nécessairement de faire peur, et exercer son autorité ne signifie pas faire violence. L’enjeu est de construire un cadre suffisamment ferme pour sécuriser l’enfant et suffisamment humain pour lui permettre d’apprendre, de se responsabiliser et de grandir en paix dans une communauté sécurisée où il se sent accueilli.