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Système financier au Bénin: Le défi de la mobilisation du capital de long terme

Economie

Le Bénin diversifie son accès aux marchés financiers internationaux, mais le système financier national mobilise encore peu de ressources locales de long terme. Le Rapport pays 2026 de la Bad recommande d’approfondir le marché régional et d’y intégrer les finances climatiques et islamiques.

Par   Claude Urbain PLAGBETO, le 29 sept. 2026 à 07h29 Durée 3 min.
#système financier

Le Bénin affiche une croissance robuste, projetée à 7,0 % en 2026 et 7,1 % en 2027, après 8,1 % en 2025. L’inflation s’est établie à 1,1 % en 2025 et est projetée à 1,7 % en 2026, puis 1,9 % en 2027, selon le Rapport pays 2026 de la Banque africaine de développement (Bad).

Le document relève toutefois que l’architecture financière du pays dispose de capacités limitées pour mobiliser des ressources domestiques de long terme. Parmi les priorités, il cite le développement des marchés de capitaux, la mobilisation de l’épargne, l’intégration des finances climatiques et islamiques et l’amélioration de la gestion des risques souverains.

Le rapport décrit un système financier peu profond. Les banques concentrent plus de 70 % des actifs financiers, avec des portefeuilles majoritairement orientés vers des placements de court terme et à faible risque. Le crédit au secteur privé représente 17,2 % du produit intérieur brut (Pib) en moyenne sur 2020-2024, un niveau inférieur à celui du Sénégal, du Burkina Faso, du Togo, du Mali et de la Côte d’Ivoire. Les financements se concentrent essentiellement sur le commerce et les ménages, tandis que l’agriculture, l’industrie et les infrastructures restent moins financées. Les dépôts bancaires ne représentaient que 24,8 % du Pib en 2021.

La Bad attribue cette situation aux insuffisances du système judiciaire dans l’exécution des garanties et à des exigences prudentielles élevées. L’institution estime que ces contraintes peuvent favoriser une plus forte détention de titres publics, au détriment du financement du secteur privé. Selon elle, cette exposition peut contribuer à l’éviction du crédit privé et à la hausse des taux d’intérêt. Par ailleurs, la part des recettes publiques consacrée au service de la dette extérieure est passée de 7,7 % en moyenne sur 2015-2019 à 21,4 % sur 2020-2023.

Développer les marchés de capitaux régionaux

A l’échelle de l’Union monétaire ouest-africaine (Umoa), les dépôts et emprunts des établissements de crédit ont progressé de 16,0 % en 2025, à 56 200,2 milliards F Cfa , contre 38 731,6 milliards de crédits à la clientèle, en hausse de 5,5 %, selon la Commission bancaire de l’Umoa. Au Bénin, les 15 établissements de crédit agréés, dont 14 banques, totalisent 7 607,6 milliards F Cfa de total de bilan, soit 9,2 % du total régional. Les crédits à la clientèle des banques béninoises ont progressé de 8,3 %, tandis que leur ratio moyen de solvabilité atteint 17,4 %, contre 15,6 % pour l’Umoa.

La Bad recommande de renforcer le rôle de la Bourse régionale des valeurs mobilières (Brvm) et des Sociétés de gestion et d’intermédiation (Sgi). Entre 2021 et 2024, la capitalisation de la Brvm est passée de 24,03 milliards de dollars à 34 milliards. En 2025, 48 entreprises y étaient cotées, dont trois du Bénin. Le rapport préconise notamment de développer les produits des Organismes de placement collectif en valeurs mobilières (Opcvm) pour mieux mobiliser l’épargne des particuliers.

Le marché régional des titres publics demeure dominé par les émissions souveraines et les investisseurs bancaires. La maturité moyenne des titres émis était de 3,35 ans en février dernier. La Bad suggère notamment de réserver l’adjudication aux titres de moins de cinq ans et la syndication à ceux de plus de cinq ans.

La plateforme de paiement instantané interopérable lancée par la Bceao en septembre 2025 constitue par ailleurs un nouvel outil d’intégration. L’encours de monnaie électronique dans l’Umoa a progressé de 35,2 % en 2025, à 1 923,2 milliards F Cfa .

Le virage des finances climatiques et islamiques

Le financement climatique constitue un autre axe de réforme. En 2023, le Fonds africain de développement (Fad) a apporté une garantie partielle de crédit de 195 millions d’euros, permettant au Bénin de mobiliser un prêt de 350 millions d’euros destiné à des dépenses alignées sur les Objectifs de développement durable. La Bad appuie également la création du Véhicule de financements verts du Bénin, dont la première phase (2026-2030) vise la mobilisation de 578 millions de dollars. Le rapport encourage le développement des obligations vertes et l’accès à de nouveaux marchés internationaux.

La finance islamique bénéficie pour sa part du cadre bancaire révisé de l’Umoa. Le Bénin a émis, le 22 janvier dernier, son premier Sukuk souverain international, d’un montant de 500 millions de dollars sur sept ans. La Bad recommande un accompagnement des banques pour développer des produits adaptés.

Optimiser la gestion des risques souverains

Le rapport souligne enfin l’importance de la gestion du risque souverain. Dans sa période d’analyse, il relève des notations de B1 chez Moody’s, BB- chez Standard & Poor’s et B+ chez Fitch.

L’institution recommande alors des outils avancés de gestion de la dette, une plateforme intégrée de suivi du risque souverain et la création d’une Agence africaine de notation de crédit. À plus long terme, elle évoque également l’expansion de la Banque internationale pour l’industrie et le commerce (Biic) comme acteur continental et la création d’une plateforme d’enregistrement des sûretés à la Bceao. Le capital social minimum des banques, enfin, a été porté de 10 à 20 milliards F Cfa  à compter de janvier 2024, avec une période transitoire jusqu’au 31 décembre 2026 pour les établissements déjà agréés.