La Nation Bénin...
Le taux de chômage est estimé à 2,3 % au Bénin, mais le sous-emploi demeure très élevé et près de 95 % des emplois sont dépourvus de couverture sociale. Dans sa dernière Note de diagnostic pays, la Bad relève les difficultés persistantes d’accès à des emplois décents, particulièrement pour les jeunes, les femmes et les populations rurales.
Le marché du travail béninois présente un contraste marqué. Alors que le taux de chômage officiel est estimé à 2,3 %, le sous-emploi touche 72,9 % de la population active et près de 95 % des emplois restent dépourvus de couverture sociale. Ces chiffres tirés de la Note de diagnostic pays : « Accélérer la transformation industrielle du Bénin pour renforcer la résilience et stimuler la croissance inclusive et verte », publiée par la Banque africaine de développement (Bad, mai 2026), mettent en évidence une difficulté qui ne se résume pas à l’absence d’emploi.
La question porte aussi sur les conditions dans lesquelles les actifs travaillent, la productivité de leurs activités et la protection dont ils bénéficient. Selon la Bad, le marché du travail reste largement informel, ce qui limite les effets sociaux de la croissance économique. Elle précise que plus de 90 % des travailleurs évoluent dans l’informel. Cette proportion, distincte de celle des emplois dépourvus de couverture sociale, illustre l’ampleur des difficultés de structuration du marché du travail.
En fait, le secteur informel reste prédominant : environ 65 % du Pib et 85 % des emplois, d’après la Banque mondiale (2020). Toutefois, la Bad relève un recul de la part des entreprises informelles, passée de 97 % en 2008 à 85,9 % en 2023.
Les jeunes particulièrement exposés
La situation des jeunes constitue une autre préoccupation du diagnostic. Selon la Bad, seuls 33 % des jeunes disposent d’un emploi rémunéré. Les femmes et les jeunes vivant en milieu rural sont particulièrement vulnérables, dans un contexte où les possibilités d’accès à des emplois décents restent insuffisantes. La note précise par ailleurs que plus de 80 % des femmes actives travaillent dans l’informel, principalement dans l’agriculture, le petit commerce et les services domestiques.
Cette situation intervient dans un contexte où 79 % de la population béninoise a moins de 35 ans. La note souligne que la croissance démographique exerce une forte pression sur les infrastructures économiques et sociales ainsi que sur le marché du travail.
Or, l’offre de formation demeure insuffisamment adaptée aux besoins des secteurs porteurs, notamment l’agro-industrie, le numérique et les énergies vertes. La Bad note également que l’accès aux possibilités de formation reste inéquitable. L’adéquation entre les compétences acquises et les besoins des entreprises constitue ainsi un enjeu majeur pour améliorer l’employabilité des jeunes.
La Banque salue des réformes structurantes en cours dans l’enseignement et la formation techniques et professionnels (Eftp). La stratégie nationale 2019-2025 vise à porter à 70 % d’ici 2030 la part d’élèves orientés vers cette filière. Elle invite les pouvoirs publics à poursuivre les efforts pour aligner la formation professionnelle sur la demande réelle du marché.
La qualité des emplois en question
Au-delà de l’accès à l’emploi, l’enjeu est de favoriser le développement d’activités plus productives, dans une économie que la note décrit comme dominée par l’emploi informel à faible productivité. Pour la Bad, le développement du capital humain constitue l’un des leviers de la transformation économique du Bénin. Il doit permettre d’accroître l’emploi et la productivité et de mieux valoriser le dividende démographique, notamment par des programmes d’entrepreneuriat des jeunes et un meilleur accès au financement de long terme.
Cette orientation passe par l’éducation, la formation professionnelle et la valorisation des compétences, ainsi que par des partenariats public-privé renforcés et l’ouverture internationale de l’offre éducative, à travers des modèles de franchise universitaire ou des alliances avec des institutions d’excellence.
Le Bénin a affiché une croissance moyenne annuelle de 6 % entre 2016 et 2024 et un pic de 8,3 en 2025. La persistance du sous-emploi et de l’informalité montre que la progression de l’activité économique ne suffit pas à elle seule à garantir une amélioration des conditions d’emploi. La faiblesse de la couverture sociale souligne, elle aussi, l’importance de mieux protéger les travailleurs.
La Bad identifie le développement d’un capital humain de qualité comme l’un des domaines prioritaires de réforme. Il est question de soutenir une croissance plus inclusive, en améliorant les perspectives professionnelles des jeunes et en renforçant la capacité de l’économie à créer davantage d’emplois et à accroître la productivité.
Selon la Bad, le marché du travail reste largement informel, ce qui limite les effets sociaux de la croissance économique