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Création de l'agence africaine de notation: Le défi de la crédibilité à relever

Economie

L’Agence africaine de notation de crédit (AfCRA), lancée le 7 octobre dernier, ambitionne de contribuer à une évaluation plus juste du risque associé aux économies du continent. Mais pour peser face aux acteurs internationaux, la nouvelle institution devra gagner la confiance des investisseurs, garantir son indépendance et s’appuyer sur des données fiables. Un chantier qui dépasse la seule question des notations.

Par   Babylas ATINKPAHOUN, le 23 oct. 2026 à 07h17 Durée 2 min.
#agence africaine de notation

La création de l’Agence africaine de notation de crédit ouvre une nouvelle perspective dans la quête du continent pour un accès plus équitable aux financements. Elle répond à une préoccupation persistante des États africains selon qui, des évaluations du risque souverain ne rendent pas toujours suffisamment compte de leurs réalités économiques. Toutefois, l’existence d’une institution continentale ne suffira pas, à elle seule, à modifier les conditions d’emprunt. Le véritable défi sera de démontrer, dans la durée, la valeur et la fiabilité de ses analyses. L’enjeu financier est considérable. Selon certaines estimations évoquées par Claver Gatete, secrétaire exécutif de la Commission économique pour l’Afrique (Cea), les primes de risque persistantes imposeraient au continent environ 75 milliards de dollars supplémentaires d’intérêts par an. Ces charges réduisent les marges budgétaires disponibles pour les infrastructures, la santé et l’éducation. Elles peuvent également compliquer la mobilisation des investissements indispensables à la transformation économique. Pour Claver Gatete, le problème ne se limite pas au coût du crédit. Les notations peuvent aussi influer sur les décisions des gouvernements.

Pour autant, l’AfCRA ne pourra corriger les déséquilibres dénoncés si elle ne s’impose pas elle-même comme une référence crédible. Son principal défi consistera à convaincre les marchés que ses évaluations reposent sur des méthodes rigoureuses, transparentes et impartiales. L’agence devra résister aux pressions éventuelles des gouvernements dont elle évaluera la solvabilité, tout en assurant un financement durable de ses activités. « Une agence de notation incapable de baisser une note ne sera pas crédible lorsqu’elle voudra en rehausser une autre », avertit Claver Gatete. Cette mise en garde résume l’équilibre délicat auquel sera confrontée la nouvelle institution. Sa vocation africaine ne devra pas se traduire par une indulgence systématique envers les États du continent, mais par une meilleure prise en compte de leurs réalités économiques, de leurs institutions et de leurs trajectoires de réforme.

Des réformes nationales indispensables

L’AfCRA n’a d’ailleurs pas vocation à remplacer les trois principales agences internationales. Elle doit compléter leurs analyses en apportant des informations et des perspectives supplémentaires. Mais pour que cette complémentarité produise des effets concrets, ses notations devront progressivement être reconnues par les banques centrales, les régulateurs des marchés financiers et les autres autorités compétentes. La crédibilité de l’agence dépendra également de la qualité des informations fournies par les pays. Des statistiques actualisées, une transparence accrue sur l’endettement et une communication régulière avec les investisseurs constituent des conditions essentielles à une appréciation pertinente du risque. La précision des notations dépend directement de la fiabilité des données disponibles. Les États devront donc poursuivre leurs efforts en matière de gestion macroéconomique, de mobilisation des ressources intérieures, de discipline budgétaire et de gestion des finances publiques. Une meilleure notation ne saurait compenser durablement des fragilités économiques ou une gouvernance déficiente. L’agence pourra affiner le diagnostic, mais les gouvernements resteront responsables des réformes nécessaires pour renforcer leur solvabilité. L’ambition devra aussi dépasser les seules dettes souveraines. L’évaluation des collectivités infranationales, des entreprises et des instruments financiers en monnaie locale pourrait élargir les possibilités de financement des économies africaines. Elle offrirait notamment aux fonds de retraite et aux compagnies d’assurance davantage d’occasions d’investir sur leurs marchés nationaux.