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Transition au sommet de l'État: Une cohabitation inédite qui redéfinit la pratique du pouvoir

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Le Bénin vit assurément un moment politique d’exception  depuis quelques jours Le Bénin vit assurément un moment politique d’exception depuis quelques jours

Pour la première fois de son histoire démocratique, le Bénin expérimente une forme de transition politique aussi singulière qu’innovante. Celle d’une gestion concertée entre un président en fin de mandat et son successeur déjà élu. Une séquence qui, au-delà de son caractère inédit, interroge et fascine, tout en esquissant de nouvelles perspectives en matière de gouvernance publique.

Par   Josué F. MEHOUENOU, le 04 mai 2026 à 00h20 Durée 3 min.
#Patrice Talon

Le Bénin vit assurément un moment politique d’exception depuis quelques jours, à la faveur de la proclamation des résultats du scrutin du 12 avril dernier et en attendant la prestation de serment et l’investiture du président élu, Romuald Wadagni. Dans un contexte africain souvent marqué par des transitions mouvementées, des passations de charges symboliques ou des ruptures brutales, le Bénin s’offre aujourd’hui un visage différent. Celui d’une continuité assumée et organisée au sommet de l’État. Pour la première fois, deux chefs d’État issus du même camp politique, l’un sortant, l’autre entrant conjuguent leurs efforts dans la conduite des affaires publiques, dans une démarche qui rompt avec les usages classiques. Sur le terrain, l’image est forte et peu commune. Le président en exercice et le nouveau président élu sillonnent ensemble des régions du pays, visitent les chantiers en cours, évaluent l’état d’avancement des projets structurants et échangent avec les populations. Dans la salle feutrée du Conseil des ministres, leur présence conjointe, bien que symboliquement asymétrique, traduit une volonté manifeste de transmission fluide et méthodique du pouvoir d’État.

Ce compagnonnage politique, loin d’être une simple mise en scène, s’apparente à une véritable immersion progressive du président élu dans les arcanes de la gestion publique. Ancien ministre des Finances, ce dernier ne découvre pas les rouages de l’administration, mais affine, au contact direct du pouvoir exécutif, sa lecture des priorités nationales et des mécanismes décisionnels. À la différence d’une transition classique, souvent limitée à des séances de briefing technique, le processus en cours au Bénin relève d’une co-construction temporaire de l’action publique. Dans cette dynamique, le président sortant joue un rôle déterminant. Fort de son expérience et de sa maîtrise des grands dossiers, il accompagne son successeur, bras droit et collaborateur de premier rang dans une logique de mentorat institutionnel, mais aussi de responsabilité partagée face aux enjeux nationaux. Cette posture, rare dans les pratiques politiques africaines, contribue à renforcer l’image d’un État stable, prévisible et résolument tourné vers l’efficacité.

Expérience rare

Loin d’être anecdotique, cette démarche suscite admiration et interrogations. Elle force le respect par son caractère apaisé et sa volonté d’inscrire la gouvernance dans une logique de continuité stratégique. Quoi qu’il en soit, le Bénin semble ouvrir une voie nouvelle. Cette expérience, rarement observée sur le continent, rappelle que l’innovation politique peut aussi émerger des pratiques de transition, souvent perçues comme de simples formalités. À l’instar de la Conférence nationale de 1990, qui avait marqué un tournant décisif dans l’avènement de la démocratie en Afrique, l’expérience du pays en la matière pourrait, une fois encore, faire école. En conjuguant stabilité, anticipation et collaboration, cette cohabitation transitoire redonne sens à l’idée de service public et de responsabilité d’État. Elle installe, au cœur du débat politique, une exigence de maturité et de dépassement des clivages, au profit de l’intérêt général. Si l’histoire jugera de la portée réelle de cette expérience, une chose est certaine: en osant réinventer les codes de la transition politique, le Bénin confirme son statut de laboratoire démocratique, capable d’inspirer bien au-delà de ses frontières?