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Journée mondiale de la liberté de la presse: Engagement renouvelé pour une presse responsable

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Un moment de partage pour interroger les défis d’un secteur au cœur de la démocratie et de la paix sociale Un moment de partage pour interroger les défis d’un secteur au cœur de la démocratie et de la paix sociale

Le Bénin, à l’instar de la communauté internationale, a célébré, ce dimanche 3 mai, la 33e édition de la Journée mondiale de la liberté de la presse. À Cotonou, la cérémonie officielle organisée par la Haute autorité de l’audiovisuel et de la communication (Haac) a réuni de nombreux professionnels des médias, et responsables d’organes de presse autour du thème « Façonner un avenir en paix ».

Par   Isidore GOZO, le 04 mai 2026 à 01h15 Durée 3 min.
#journée mondiale de la liberté de la presse

Dans une ambiance détendue, les professionnels des médias ont célébré ce dimanche, la Journée mondiale de la liberté de la presse. Un moment de partage qui a aussi servi de cadre pour interroger, avec lucidité, les défis d’un secteur au cœur de la démocratie et de la paix sociale.

Au nom des professionnels des médias, Hervé Hessou, président de l’Union des professionnels des médias du Bénin (Upmb), a rappelé la portée symbolique du 3 mai. Selon lui, cette journée constitue un moment de réflexion sur l’état de la liberté de la presse dans le monde, mais aussi une occasion de rendre hommage aux journalistes emprisonnés ou assassinés dans l’exercice de leur métier. Il a insisté sur le rôle fondamental d’une presse libre et indépendante dans la consolidation de la démocratie, la protection des droits humains et la promotion de la justice sociale. « La liberté de la presse n’est pas un luxe, mais un pilier essentiel de toute société démocratique », a-t-il martelé. Dans un contexte mondial marqué par les conflits et la désinformation, le thème de cette année invite à repenser le rôle des médias dans la construction de la paix. Pour Hervé Hessou, cela passe nécessairement par le renforcement de l’écosystème de l’information, à travers une collaboration accrue entre journalistes, technologues, décideurs politiques et société civile. Il a également appelé à une meilleure éducation aux médias et à la promotion de valeurs telles que l’empathie, la non-violence et l’esprit critique. Abordant la situation nationale, le président de l’Upmb n’a pas occulté les difficultés auxquelles font face les professionnels des médias au Bénin. Il a notamment évoqué la précarité des conditions de travail, l’insuffisance des rémunérations et l’absence de couverture sociale adéquate pour une grande majorité de journalistes. « Comment garantir une information de qualité lorsque ceux qui la produisent vivent dans une telle précarité ? », s’est-il interrogé. Malgré ces défis, il a salué le rôle déterminant joué par la presse lors des dernières échéances électorales, démontrant ainsi sa place incontournable en tant que quatrième pouvoir. Il a toutefois lancé un appel aux autorités pour le renforcement des garanties en matière de liberté de la presse, aux entreprises de médias pour l’amélioration des conditions de travail, et aux journalistes pour un sursaut d’éthique et de professionnalisme.

Des médias économiquement viables

De son côté, Évariste Hodonou, président du Conseil national du patronat de la presse et de l’audiovisuel (Cnpa-Bénin), a mis en lumière les défis structurels auxquels sont confrontées les entreprises de presse. Il a notamment évoqué la baisse des recettes publicitaires, la fragilité économique du secteur et les enjeux liés à la transition numérique. S’appuyant sur le thème développé par l’Unesco, il a attiré l’attention sur l’impact croissant de l’intelligence artificielle et des technologies numériques sur le paysage médiatique. « Il ne peut y avoir de démocratie forte sans une presse libre, responsable et économiquement viable », a-t-il affirmé. Le président du Cnpa-Bénin a salué les initiatives de dialogue engagées entre les différents acteurs du secteur, notamment à travers des tables rondes et des ateliers de concertation. Il a également reconnu les efforts de la Haac la régulation du secteur et la promotion d’un climat de concertation.

Le président de la Haac, Edouard Loko, a tenu un discours franc et sans détour à l’endroit des professionnels des médias. Il a d’abord annoncé que les prochaines éditions de la Journée mondiale de la liberté de la presse devraient  se tenir à la Maison des médias, appelant les associations professionnelles à s’approprier davantage cet événement. Tout en saluant la résilience des journalistes béninois au cours de la dernière décennie, il a reconnu que le secteur n’a pas évolué le vent dans le dos, en raison de nombreuses contraintes. Il a notamment pointé du doigt la dépendance excessive des médias aux contenus politiques, souvent privilégiés pour leur caractère  attractif au détriment de l’information de fond. « Nous avons habitué notre public à la polémique politique. Aujourd’hui, avec la trêve politique, il nous faut repenser notre modèle », a-t-il déclaré, invitant les acteurs des médias à explorer de nouveaux contenus plus constructifs et orientés vers le développement. Edouard Loko a également insisté sur la nécessité pour chaque acteur, régulateur, journalistes, autorités publiques, de jouer pleinement son rôle, sans céder aux pressions extérieures. Il a, en outre, appelé à une réflexion collective sur les mécanismes d’accompagnement de l’État en faveur des médias, dans un contexte de mutation profonde du secteur.