La Nation Bénin...
Lors de l’audience solennelle de rentrée judiciaire à la Criet, ce lundi 12 octobre à Cotonou, le Procureur spécial Mario Mètonou est allé à rebours de sa réputation de magistrat implacable. Alors que les saisines de la juridiction augmentent fortement, il a défendu une justice pénale ferme face à la criminalité grave, mais attachée aux droits de la défense et à la dignité des justiciables.
« Monsieur le Président de la Criet, vous êtes un provocateur ! » C’est par cette phrase que Mario Mètonou a ouvert ses réquisitions, lors de l’audience solennelle de rentrée judiciaire à la Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme (Criet). Le Procureur spécial a aussitôt expliqué pourquoi, aux yeux de plusieurs observateurs de la justice béninoise, il est le magistrat qui ne saurait requérir que vingt ans d’emprisonnement ferme. Le président de la juridiction avait choisi pour thème l’humanisation de la justice pénale. En confier la réflexion à ce procureur relevait donc, selon les commentaires qu’il dit avoir lus, de la provocation.
Le magistrat n’a pas esquivé le sujet.
« Nous ne nous déroberons point», a-t-il déclaré devant la vice-présidente de la République, les représentants de l’Assemblée nationale et du garde des Sceaux, ainsi que le bâtonnier de l’ordre des avocats. Il a dit vouloir porter sur l’institution un regard « lucide, sans fard ».
Une cour critiquée, mais toujours plus saisie
Le procureur a lui-même formulé le premier enseignement de cette rentrée, sous la forme d’un paradoxe. Une partie de l’opinion voit dans la Criet une machine « excessivement répressive, presque inflexible, voire injuste ». Pourtant, la juridiction n’a jamais été autant sollicitée. Elle avait enregistré 3 067 plaintes et procès-verbaux au cours de l’année judiciaire 2024-2025. Elle en a reçu 3 849 au cours de l’année qui s’achève, soit une hausse de 25,50 %. Selon Mario Metonou, les plaintes que les victimes déposent directement devant la cour augmentent chaque année de manière «exponentielle ».
Ni laxisme ni terreur
Le réquisitoire s’est organisé autour de deux exigences. D’un côté, le procureur décrit la Criet « comme foudre de la loi » face à trois menaces: la grande corruption, la cybercriminalité qui, selon lui, «vampirise notre jeunesse », et le terrorisme présent aux frontières septentrionales du pays. De l’autre, il veut une juridiction «gardienne absolue des droits de l’Homme ».
Il rejette le laxisme, qu’il qualifie de démission, comme la terreur, qu’il tient pour une infamie. Entre les deux, il revendique une « troisième voie » : la proportionnalité. « Nous serons intraitables, inflexibles, féroces s’il le faut », a-t-il prévenu. Il visait ceux qui pillent les deniers publics, ceux qui pactisent avec le terrorisme et ceux qui s’en prennent aux enfants. Il a aussi rappelé que la présomption d’innocence et les droits de la défense « ne sont pas des ruses de procédure ».
Ses orientations les plus concrètes portent sur trois points. La détention provisoire doit selon lui « redevenir ce qu’elle n’aurait jamais dû cesser d’être : l’exception ultime ». L’individualisation de la peine est présentée comme « notre devoir le plus sacré ». Enfin, la justice doit aux victimes une réparation, et non une vengeance.
Une phrase résume sa position: « L’efficacité de la sanction ne tient pas à sa cruauté, mais à sa certitude. » Il faudra voir comment ces principes s’appliqueront dans les audiences d’une cour dont le volume d’affaires ne cesse d’augmenter. Le procureur n’a annoncé aucune mesure précise à cet effet. Il a requis l’ouverture de l’année judiciaire 2026-2027 en formulant un vœu : que la justice « reste ferme », mais qu’elle garde « un cœur qui bat».
Mario Metonou, le procureur spécial de la Criet