La Nation Bénin...
Organisée par le ministère de la Famille
et de l'Action sociale, une séance d'échange consacrée au renforcement des
stratégies d'intervention contre la mendicité des enfants s'est tenue ce mardi
13 octobre à Parakou. Cette concertation qui a réuni autorités, leaders
religieux et traditionnels vise à trouver des solutions durables afin
d'éradiquer le phénomène.
Renforcer en synergie les stratégies
d'intervention face au phénomène de la mendicité des enfants dans le nord du
pays. C'est l'objectif de la rencontre sur les stratégies d'intervention qui a
mobilisé autorités ministérielles, préfectorales, religieuses, traditionnelles
et acteurs de la protection sociale, mardi 13 octobre à Parakou. Lors de sa
présentation sur la problématique de la mendicité dans le nord du Bénin, Nadège
Ahoga, Directrice générale de l'Action sociale, s'est dite préoccupée par cette
situation qui contraint les enfants à aller solliciter des dons auprès du
public en violation des textes en vigueur. "La mendicité est une grande
préoccupation qui embarque des milliers d'enfants en situation de
scolarité", a-t-elle alerté, soulignant de forts taux à Kandi, Malanville
et N'Dali. À l'en croire, c'est un phénomène aux causes socio-économiques et à
l'ancrage culturel et religieux profond, qui expose les enfants à la violation
de leurs droits fondamentaux et à de multiples risques.
Présents à cette séance, imams, chefs
religieux et têtes couronnées ont unanimement condamné la pratique. Les leaders
religieux présents ont rappelé que l'Islam interdit la mendicité, appelant à un
engagement de toutes les communautés.
Tolérance zéro et répression annoncée
Le ton de la fermeté a été donné par les
autorités administratives et sécuritaires.
Abdoul-Chakour Assouma Naro, Préfet du Borgou, a été catégorique : "Il est important que nous dépassions les questions familiales pour faire face à certaines situations. Je rappelle ce principe de fermeté pour inviter les uns et les autres au respect des lois en vigueur. En sortant de cette salle, vous pouvez être rassurés que vous ne pouvez pas compter sur moi pour couvrir les acteurs de ce phénomène. De façon ferme, il est temps d'aller à la répression. C'est de la traite d'enfants. Ne soyez pas complices. Dénoncez.", a-t-il déclaré sans langue de bois.
Un message renforcé par Djibril Mama
Cissé, Ministre de l'Intérieur et de la Sécurité publique : "Les fruits
ont tenu la promesse des fleurs. Nous avons fait assez de sensibilisation et il
faut passer à la répression", a-t-il indiqué. Selon lui, le Bénin est un
État laïque où nous devons faire les choses dans le respect de l'ordre public.
"Le gouvernement ne saurait tolérer l'exploitation économique des mineurs,
elle doit cesser.", poursuit-il. "Chaque enfant qui se retrouve dans
la rue est un échec pour notre société", a martelé le ministre, qui refuse
désormais de fermer les yeux sur le phénomène.
Des chiffres alarmants
Pour sa part, Janvier Yahouédéou, Ministre
de la Décentralisation, a félicité le Ministère de la Famille et de l'Action
sociale pour l'initiative. "Les enfants en situation de rue et de
mendicité sont nombreux et il va falloir mettre fin à cet état de choses. Le
taux de mendicité dépasse 75 % à Kandi et Malanville. Un enfant laissé seul est
un risque. La décentralisation se mesure à ce que la commune fait pour chaque
personne vulnérable", a-t-il déclaré, annonçant un point d'évaluation dans
six mois.
Véronique Tognifodé, Ministre des Affaires sociales et de la Microfinance, a rappelé que le développement du Bénin repose sur la qualité de ses ressources humaines. Elle a énuméré les efforts du Gouvernement du Président Romuald Wadagni : gratuité du primaire, gratuité du secondaire pour les filles, exonération pour les apprenants handicapés, distribution de kits scolaires et soutien aux ménages vulnérables. Elle a dévoilé des chiffres préoccupants : en 2015, l'OFFE signalait un pic de 41 % à Malanville ; entre janvier 2019 et juin 2026, le SIDoFFE a recensé 4 453 enfants en situation de rue et de mendicité dans le Borgou, l'Alibori, l'Atacora et la Donga, dont 2 486 dans le Borgou et 1 354 dans l'Alibori. En juin 2026, une étude relevait 75 % de mendicité active à Kandi, 81 % à Malanville et 66 % à N'Dali.
"La mendicité expose les enfants à
l'exploitation, à la déscolarisation, aux abus et à la malnutrition. Elle
fragilise leur avenir", a-t-elle souligné, rappelant que la loi n°2015-08
du 8 décembre 2015 portant Code de l'enfant l'interdit formellement. L'article
179 interdit l'utilisation d'un enfant pour mendier et l'article 338 prévoit 6
mois à 2 ans d'emprisonnement et 100 000 à 250 000 F Cfa d'amende.
Protection des enfants contre la mendicité