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Associations religieuses: Depuis la France, Patrice Talon assume le tour de vis de l'État

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Patrice Talon, président du Sénat Patrice Talon, président du Sénat

Le président du Sénat et ancien chef de l’État annonce une loi spécifique sur les associations religieuses et défend une intervention plus affirmée de la puissance publique. Ses propos sur l’Église du Christianisme Céleste soulèvent, en creux, la question des limites de l’État face à la liberté de culte.

Par   Roméo TOSSOU (Coll.), le 31 août 2026 à 01h11 Durée 3 min.
#Eglise du christianisme céleste (Ecc)

C’est une annonce qui pourrait faire date dans l’organisation des cultes au Bénin. Une nouvelle loi sur les associations religieuses est annoncée pour 2027, l’État entend davantage encadrer leur fonctionnement et, dans le cas particulier de l’Église du Christianisme Céleste (Ecc), Patrice Talon va jusqu’à assumer le droit de l’État à déterminer le cadre reconnu de l’Église. Des déclarations tenues depuis la France, à l’occasion d’une rencontre avec les fidèles célestes autour du thème « Rôle de l’État dans la formalisation juridique des associations religieuses ».

Le président du Sénat et ancien président de la République (avril 2016-mai 2026) a d’abord annoncé qu’un texte était en préparation pour tenir compte de la spécificité des associations religieuses. « Au Bénin, il sera bientôt voté une loi spécifique sur la vie des associations religieuses», a-t-il déclaré, précisant que le texte est déjà « assez avancé » et pourrait être voté «au plus tard l’année prochaine», soit en 2027.

Mais derrière cette annonce législative se dessine une conception assumée d’un État plus interventionniste dans l’organisation de la vie religieuse.

Dans son argumentaire, Patrice Talon établit une distinction entre la liberté de pratiquer une religion et les obligations qui apparaissent lorsque l’activité religieuse acquiert une dimension institutionnelle, patrimoniale ou publique.

Il reconnaît ainsi qu’une pratique religieuse peut exister sans nécessairement être formellement enregistrée. Mais dès lors qu’une communauté dispose de lieux de culte, constitue un patrimoine ou développe une organisation structurée, elle entre, selon lui, dans une relation juridique avec l’État.

C’est précisément à ce niveau que se situe le futur dispositif législatif.

Pour justifier cette intervention, le président du Sénat invoque notamment l’ordre public. Il rappelle que les conflits au sein des communautés religieuses peuvent dégénérer en affrontements, voire entraîner des pertes en vie humaine. Dans cette logique, l’État ne pourrait donc pas être un simple spectateur. Il aurait le devoir d’intervenir lorsque l’organisation d’un culte devient susceptible d’affecter la paix sociale.

Les limites de l’Etat face au droit

C’est toutefois sur l’Église du Christianisme Céleste que les propos de Patrice Talon prennent une dimension particulièrement sensible. Revenant sur le processus de réunification de l’Ecc, il affirme que l’État béninois y a été directement impliqué, allant jusqu’à veiller à la validation de certains textes et à prendre acte des engagements des différentes parties.

À partir de cette implication, il avance une position particulièrement forte. « L’État béninois est bien fondé, à un moment donné, à dire : voilà ce qu’on appelle au Bénin l’Église du Christianisme Céleste. Et tous ceux qui ne seront pas dans ce cadre-là ne seront pas autorisés », défend-il.

Cette déclaration ouvre un débat juridique et politique majeur. Jusqu’où l’État peut-il aller dans la structuration d'une organisation religieuse sans empiéter sur la liberté de culte, la liberté d’association et l’autonomie des communautés religieuses ?

En admettant que le terrain religieux est plus glissant que le terrain politique, les autorités ne feraient-elles pas bien d'y aller avec stratégie ?

La question est d’autant plus importante que Patrice Talon lui-même reconnaît, dans son intervention, la difficulté de régenter la religion dans les démocraties où le juge joue un rôle important dans la protection des libertés fondamentales.

Autre passage notable, le Président du Sénat assume une différence d’approche entre le Bénin et certaines démocraties occidentales. Il estime que certaines réformes adoptées au Bénin n’auraient probablement pas pu prospérer dans le même cadre juridique en France, évoquant notamment le contrôle que pourrait exercer le Conseil d’État. Cette conception mérite elle aussi d’être interrogée. Car si l’objectif affiché est la préservation de l’ordre public et une meilleure organisation des associations religieuses, demeure une question essentielle : où placer la frontière entre la nécessaire régulation administrative et une intervention excessive dans la sphère religieuse ?

L’annonce d’un texte spécifique sur les associations religieuses ne constitue donc pas seulement une nouvelle étape administrative. Elle pourrait ouvrir un nouveau chapitre dans les rapports entre l’État béninois, les confessions religieuses et leurs organisations.

Le défi sera de trouver l’équilibre entre deux impératifs qui peuvent parfois entrer en tension: permettre à l’État de prévenir les troubles à l’ordre public et garantir pleinement les libertés constitutionnelles liées à la religion et à l’association.

L’annonce faite depuis la France donne ainsi rendez-vous au débat public béninois. Lorsque le projet de loi sera soumis au Parlement, ce ne sera pas uniquement la question de l’organisation des religions qui sera posée. Ce sera aussi celle des limites du pouvoir de l’État dans une République qui garantit la liberté de culte.