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Protection des populations en Afrique: La Fanaf et l'Asa-Bénin lancent les états généraux de l'assurance inclusive

Société
Experts, assureurs, régulateurs et décideurs africains réfléchissent aux voies et moyens de bâtir une assurance plus inclusive, accessible et adaptée aux réalités des populations Experts, assureurs, régulateurs et décideurs africains réfléchissent aux voies et moyens de bâtir une assurance plus inclusive, accessible et adaptée aux réalités des populations

La 7? édition des états généraux de l'assurance pour tous, organisée par la Fédération des sociétés d'assurances de droit national africaines (Fanaf) et l'Association des sociétés d'assurance du Bénin (Asa-Bénin) s’est ouverte ce lundi 6 juillet à Cotonou. Pendant trois jours, assureurs, régulateurs, décideurs publics et experts venus de plusieurs pays africains planchent sur les voies et moyens de rendre l'assurance plus accessible aux populations encore largement exclues des mécanismes classiques de protection. 

Par   Babylas ATINKPAHOUN, le 07 juil. 2026 à 08h06 Durée 3 min.
#La Fanaf

L'avenir de l'assurance en Afrique se joue, depuis ce lundi 6 juillet, à Cotonou. Pendant trois jours, la capitale économique béninoise réunit les principaux acteurs du secteur assurantiel africain autour de la septième édition des états généraux de l'assurance inclusive. Placées sous le thème « Adopter le pacte panafricain de l'assurance inclusive », ces assises ambitionnent de jeter les bases d'une nouvelle vision de la protection financière des populations africaines, en particulier celles qui demeurent en marge des systèmes d'assurance traditionnels. La rencontre porte une ambition politique forte, celle de faire de l'assurance un véritable instrument de développement économique, de lutte contre la pauvreté et de renforcement de la résilience des populations face aux multiples risques auxquels elles sont confrontées. Les organisateurs souhaitent ainsi parvenir à un engagement collectif des États, des régulateurs, des compagnies d'assurance et de leurs partenaires autour d'une feuille de route commune. Hervé Tchiakpè, président de l'Association des sociétés d'assurances du Bénin (Asa-Bénin), a rappelé que l'Afrique est aujourd'hui confrontée à une mutation profonde qui impose une transformation du secteur. Selon lui, la précarité et la vulnérabilité d'une grande partie des populations obligent les professionnels à imaginer des solutions de protection plus simples, plus accessibles et financièrement abordables. Pour le président de l'Asa-Bénin, le choix porté sur le Bénin pour accueillir cette septième édition constitue une marque de confiance envers le marché béninois de l'assurance. « Ce choix n'est pas anodin. Il témoigne de la crédibilité de notre marché, de la qualité de nos relations avec les autorités et de la capacité de notre pays à accueillir avec professionnalisme des événements d'envergure », a-t-il souligné.

Une assurance pensée pour les populations

L'un des temps forts de la cérémonie d'ouverture a été l'intervention du président de la Fédération des sociétés d'assurances de droit national africaines (Fanaf), Mamadou G. Koné. À travers le récit d'une femme nommée Aïssatou, une commerçante ayant perdu en une nuit le fruit de quinze années de travail dans un incendie de marché, il a illustré la vulnérabilité de millions d'Africains dépourvus de toute couverture assurantielle. Pour lui, le véritable drame ne réside pas uniquement dans la survenance du sinistre, mais dans l'absence de mécanismes de protection permettant aux victimes de rebondir. Cette réalité concerne aussi bien les agriculteurs que les artisans, les commerçants, les chauffeurs de taxi ou encore les très petites entreprises, qui supportent seuls les conséquences des aléas de la vie. Face à ce constat, le président de la Fanaf estime que l'assurance inclusive ne relève ni de la philanthropie ni de la responsabilité sociale occasionnelle. Elle constitue, selon lui, la mission fondamentale des compagnies d'assurance africaines. « Une assurance qui ne protège que ceux qui sont déjà à l'abri n'a pas rempli sa mission », a-t-il déclaré, appelant les professionnels à mesurer désormais leur réussite non plus seulement à travers le volume des primes encaissées, mais surtout au nombre de familles protégées contre les risques susceptibles de les faire basculer dans la précarité.

Les travaux engagés à Cotonou s'articulent autour de deux grands axes. Le premier consiste à concevoir des produits réellement adaptés aux réalités africaines. Les participants réfléchissent notamment au développement d'assurances agricoles et climatiques, de couvertures destinées aux petites et moyennes entreprises, de solutions de micro-assurance santé ou encore de produits d'épargne accessibles aux populations à faibles revenus. L'autre enjeu majeur porte sur la distribution des produits. Les experts souhaitent tirer davantage parti des technologies numériques et de la téléphonie mobile afin de faciliter la souscription, le paiement des primes et l'indemnisation des assurés, y compris dans les zones rurales les plus éloignées. Le second chantier vise à créer un environnement favorable au développement de l'assurance inclusive. Les discussions portent notamment sur l'évolution des cadres réglementaires, la mise en place d'une fiscalité plus incitative, le renforcement des mécanismes de financement et l'implication accrue des pouvoirs publics dans la promotion de cette nouvelle dynamique.

Levier de développement économique

Procédant à l'ouverture officielle des travaux, Nicolas Yénoussi, ministre délégué auprès du ministre de l'Economie et des Finances, chargé des Finances et de la Microfinance, a insisté sur le rôle stratégique que doit désormais jouer l'assurance dans les politiques publiques. Selon lui, les changements climatiques, les crises sanitaires, les catastrophes naturelles, les cybermenaces et les vulnérabilités économiques rendent indispensable le développement de mécanismes efficaces de protection des populations. Le ministre a rappelé que, malgré son poids démographique, l'Afrique demeure très faiblement couverte par les assurances. Dans la plupart des pays membres de la Fanaf, le taux de pénétration reste inférieur à 2 %, contre une moyenne mondiale supérieure à 6 %. Cette situation traduit certes l'ampleur des défis, mais révèle également un important potentiel de croissance pour le secteur. A en croire le ministre, l'assurance inclusive s'inscrit pleinement dans la politique nationale de promotion de l'inclusion financière, de modernisation du système financier et de développement des services numériques, selon la vision du gouvernement béninois. Elle contribue non seulement à protéger les ménages et les entreprises, mais aussi à mobiliser l'épargne longue, soutenir le financement de l'économie et favoriser une croissance plus résiliente. Au cours des trois jours de travaux, onze ateliers permettront d'approfondir plusieurs thématiques majeures, notamment l'assurance agricole, la micro-assurance santé, la couverture des Pme, la digitalisation des services, l'innovation technologique et l'extension de la couverture assurantielle aux populations les plus vulnérables.

Les états généraux de l'assurance pour tous de Cotonou nourrissent l’ambition de faire émerger une assurance africaine plus proche des citoyens, capable de répondre aux réalités du terrain et de protéger durablement les populations face aux risques du quotidien. À l'issue des assises, les participants ambitionnent d'adopter un pacte panafricain accompagné d'un plan d'actions couvrant la période 2026-2030. Si les engagements attendus se traduisent en actions concrètes, ces assises pourraient constituer une étape déterminante dans la construction d'un système de protection financière plus inclusif au service du développement de l'Afrique.