La Nation Bénin...
Se faire percer le nez, l’oreille, le nombril ou encore la gencive pour y porter un bijou n’est plus perçu comme avant. Le piercing, autrefois mal vu et associé à la rébellion s'impose désormais comme un accessoire de mode accepté et valorisé par le grand public même si beaucoup continuent à porter des réserves. Cette pratique révèle une évolution des codes esthétiques et des mentalités, entre affirmation de soi, influence des tendances et regard parfois contrasté des parents.
Il fut un temps où un anneau au nez ou plusieurs trous à l’oreille suffisaient à susciter des regards insistants, des remontrances familiales ou des jugements rapides. Aujourd’hui, la perception change. Dans les rues, sur les campus ou sur les réseaux sociaux, les piercings s’affichent sans complexe et s’invitent progressivement dans les habitudes vestimentaires d’une génération qui revendique davantage sa liberté de style. Mais chez certains parents, la perception reste la même comme avant. Pour eux, le piercing est un style de provocation et de voyoucratie. C'est la compréhension de la mère de Charlotte, jeune fille de 21 ans qui venait d’avoir à l’époque le baccalauréat. La maman raconte se souvenir du jour où Charlotte est rentrée avec un double piercing à l'oreille et un autre au nez. «J'ai toujours trouvé vulgaires les piercings en surplus. Je ne l'avais pas approuvée quand elle l'a fait et je l'ai sérieusement grondée pour cela. Mais je ne pouvais plus rien y faire puisqu'elle l'avait déjà fait », raconte-t-elle, manifestant son dégoût pour ce style. Contrairement à elle, d'autres parents n'y trouvent rien de vulgaire ou de gênant. Pour eux, le piercing est juste un style adopté par la nouvelle génération. C'est le cas de la maman de Godsgift, 18 ans, qui n’y trouve aucun inconvénient. « Lorsque j'ai découvert qu'elle s'était fait un piercing à la gencive, je n'y ai trouvé aucun problème. Je l'ai juste avertie sur les risques d'infection gingivale. Son père n'était pas contre ce style non plus », confie-t-elle. De même, les parents d'Anderson, 17 ans à l’époque, n'ont trouvé aucun problème à ce que leur fils se fasse percer les oreilles, car il est seul responsable de ses choix. Dans ces deux derniers foyers, l'adoption du piercing par les jeunes est un sujet qui ne mérite pas d'être débattu. C'est juste un style et une mode que la nouvelle génération tient à s'approprier.
A chacun son style
Les jeunes de leur côté donnent les raisons pour lesquelles ils ont adopté cette pratique. Charlotte a un double piercing à l'oreille et un autre au nez, Godsgift en a un à la gencive et Anderson, un à l'oreille. Les trois jeunes ont tous un point commun: un piercing, mais pas la même motivation. Charlotte confie l’avoir fait parce qu'elle l'appréciait, et parce que c'était une tendance pour la majorité des jeunes, elle n'y trouve rien de vulgaire et pense que c'est juste un style normal comme les autres. Godsgift de son côté dit avoir été inspirée par une artiste, pour son effet esthétique. « J'ai découvert le piercing gingival chez une artiste capverdienne célèbre. Je m'y suis également appropriée pour "l'effet stylé" quand je souris. Je trouve également que ça accessoirise mon sourire, fait rare et plus osé contrairement aux autres piercings », estime-t-il. Anderson quant à lui, affirme n'avoir suivi aucune tendance. Il appréciait le style et l'a juste fait. Tous les trois assument pleinement leur choix face aux préjugés qui, visiblement, changent avec le temps.
Responsable d’un salon de piercings à Cotonou, Ambidath, donne sa position. Depuis 2022, elle pratique le piercing dans le respect des règles d'hygiène et de sécurité, tout en accompagnant ses clients dans leurs choix. « La demande a augmentée avec le temps. De plus en plus de personnes s'intéressent aux piercings et viennent se renseigner pour le faire », fait-elle savoir. Le nez, le nombril, la langue, la gencive, les zones varient mais la clientèle reste la même. « La majorité sont des jeunes, mais je reçois aussi des personnes plus âgées qui veulent se faire percer», précise-t-elle. Toutefois, elle ajoute que pour chaque réalisation de piercing, les raisons diffèrent. « Certains le font pour l'esthétique, d'autres pour suivre une tendance, affirmer leur personnalité ou juste parce qu'ils aiment le style. Les réseaux sociaux y jouent également un rôle important», explique Ambidath. Selon elle, plusieurs jeunes craignent en la matière le regard et les critiques de leurs proches et principalement leurs parents. Et il arrive également que des parents accompagnent les jeunes dans ce choix, pour se faire percer. Pour Ambidath, la perceuse professionnelle, le sujet n’est plus tabou. « Les mentalités évoluent et les piercings sont aujourd'hui beaucoup plus acceptés qu'avant et sont souvent considérés comme une forme d'expression personnelle plutôt qu'une mode négative », clarifie-t-elle.
De nos jours, le piercing ne fait plus objet de débat. Il est considéré comme un accessoire pour affirmer sa personnalité. Les critiques dont il faisait l'objet ne sont plus d'actualité. Adopté aussi bien par des jeunes que par personnes âgées, le piercing s'impose de plus en plus comme un accessoire de mode valorisé et accepté par bon nombre de personnes.