La Nation Bénin...
Près de 350 000 personnes touchées, 224 décès, des centaines d’infrastructures endommagées et près de 73 milliards F Cfa de dommages et pertes. Réunis ce mardi 6 octobre à Cotonou, les acteurs de la gestion des catastrophes, sous l’égide du gouvernement, veulent renforcer la prévention, l’anticipation et les moyens de réponse face à des risques climatiques de plus en plus lourds.
L’eau a envahi des maisons, coupé des routes et emporté des ponts. Dans certaines localités, des habitants ont dû traverser des eaux dangereuses pour rejoindre les villages voisins. Ailleurs, des écoles ont été décoiffées, des habitations détruites et des champs ravagés. C’est dans ce contexte que les membres de la Plateforme nationale de gestion des risques de catastrophe et d’adaptation aux changements climatiques se sont réunis, mardi 6 octobre au ministère de l’Intérieur et de la Sécurité publique. Autour du ministre délégué chargé de l’Intérieur et de la Sécurité publique, Djibril Mama Cissé, les ministres du Cadre de vie, chargé des Transports terrestres, Georges Alé, de la Décentralisation et de la Gouvernance locale, Janvier Yahouédéhou, et de l’Énergie, de l’Eau et des Mines, Édouard Dahomé, ont pris part aux échanges, aux côtés des partenaires techniques et financiers et des organisations humanitaires.
A l’ouverture de la session, Djibril Mama Cissé a rappelé l’ampleur des dégâts enregistrés en 2026. Le pays compte 349 580 personnes sinistrées, réparties dans 52 583 ménages, 1 199 villages et 219 arrondissements. Pour le ministre, ces chiffres montrent que la gestion des catastrophes ne peut plus se limiter aux interventions d’urgence. Il faut désormais « passer progressivement de la logique de réaction à une véritable culture de prévention et d’anticipation ». La réduction des risques, a-t-il souligné, doit être considérée aussi comme une question de sécurité, d’aménagement du territoire et de développement durable. Il a appelé à faire de la plateforme « un véritable outil d’anticipation et de décision », notamment grâce à un meilleur partage de l’information, à la cartographie des zones vulnérables et à l’intégration de la résilience dans les politiques publiques.
Inquiétant
Les données présentées par le directeur général de l’Agence béninoise de protection civile (Abpc), contrôleur général de police Abdel Aziz Bio Djibril, donnent une idée encore plus précise du coût de ces intempéries. Près de 5 000 personnes ont été déplacées et 224 décès enregistrés. Quelque 95 695 personnes ont eu des besoins spécifiques, tandis que 557 établissements scolaires, 50 centres de santé et dépôts pharmaceutiques, ainsi que 281 ponts et ouvrages routiers ont été affectés. Dans l’agriculture, 24 292 hectares de cultures ont été détruits et 16 847 têtes de bétail perdues. Les dommages et pertes sont évalués à près de 73 milliards F Cfa, pour des besoins de relèvement estimés à 391 milliards F Cfa. Derrière ces statistiques se trouvent des situations parfois dramatiques. « Les gens sont obligés de faire avec l’eau à l’intérieur de leur propre maison », a expliqué le directeur général de l’Abpc en présentant les images des zones sinistrées.
À Dogo, Founougo, Djougou, Natitingou ou encore Tanguiéta, les eaux ont laissé des traces visibles. Des ponts ont cédé, des maisons se sont effondrées et des routes sont devenues impraticables. Des noyades ont également été enregistrées lorsque des habitants ont tenté de franchir des cours d’eau pour rejoindre un marché ou un village voisin. Le directeur général de l’Abpc a insisté sur le danger de ces traversées improvisées.
Agir en concertation
Face à l’ampleur du phénomène, les acteurs de la protection civile ont multiplié les actions en amont et pendant les épisodes de crise. Depuis mars dernier, les prévisions saisonnières ont été vulgarisées auprès des populations. Le centre de gestion des crises de l’Abpc a été activé, ainsi qu’une cellule opérationnelle de veille. Des bulletins météorologiques et d’alerte sur les inondations sont diffusés quotidiennement avec Météo-Bénin. Des campagnes de sensibilisation ont aussi été menées auprès des autorités locales et des communautés sur le système d’alerte précoce.
Dans certaines zones, cette organisation a permis de limiter les conséquences des pluies. Dans le sud du pays, notamment sur des axes affectés par la stagnation des eaux, plusieurs services ont été mobilisés. Une pelle amphibie a permis de dégager les sédiments qui bloquaient l’écoulement, tandis que les caniveaux ont été nettoyés et les eaux évacuées. « À la fin de l’opération, trois jours après, toute l’eau a été dégagée et la situation a été rétablie », a indiqué Abdel Aziz Bio Djibril, mettant en avant la coordination des différents services.
Mais la prévention reste le principal défi. Les niveaux d’eau dans les bassins du Niger, de l’Ouémé et du Mono font l’objet d’une surveillance étroite. Dans le bassin de l’Ouémé, plusieurs zones ont atteint des niveaux d’alerte préoccupants. Dans le Mono, le seuil est passé au jaune malgré les travaux de dragage réalisés auparavant. La situation est suivie avec attention, notamment en raison de la descente progressive des eaux venues du nord vers le centre et le sud du pays.
Pour le ministre chargé de l’Intérieur, la réponse passe désormais par une meilleure connaissance des risques, une cartographie plus précise des zones vulnérables, des mécanismes d’alerte plus efficaces et une préparation accrue des institutions et des communautés. L’opérationnalisation de l’Abpc doit contribuer à renforcer cette capacité d’anticipation et de coordination. L’enjeu est également de mieux ancrer la prévention dans les communes, où les premières conséquences des catastrophes sont directement ressenties par les populations.
L’autre bataille se joue sur le terrain de l’aménagement. Le directeur général de l’Abpc a relevé la nécessité de faire respecter les schémas directeurs d’aménagement des communes. Certaines constructions se trouvent encore dans des espaces naturellement destinés à recueillir ou à laisser circuler les eaux. « Si vous allez vous mettre sur le chemin où l’eau doit rester, forcément vous allez être inondé », a-t-il lancé. Les recommandations portent ainsi sur la construction de bassins de rétention, le renforcement des ouvrages de protection, la réhabilitation des ponts et centres de santé endommagés, mais aussi sur la relocalisation des populations et infrastructures les plus exposées.
Il reste la question des moyens. Selon la communication officielle issue de la session, l’Abpc évalue à plus de 290 milliards F Cfa le besoin de financement pour faire face aux conséquences des chocs climatiques et soutenir les programmes de relèvement et de prévention. Les partenaires et autres parties prenantes ont été appelés à contribuer à la mobilisation de ces ressources. Les communes sont, de leur côté, invitées à actualiser leurs plans de contingence et à inscrire dans leurs budgets une ligne dédiée à la réduction des risques.