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Cousinage à plaisanterie : ces pactes de terre qui entretiennent la paix entre les communautés

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Cousinage à plaisanterie Cousinage à plaisanterie

Derrière les taquineries entre certaines communautés se cache un héritage fondé sur des engagements précis. À Bassila et dans plusieurs localités voisines, le cousinage à plaisanterie, appelé « pacte de terre », organise les relations entre communautés alliées. Pour le sage Amadou Adam, professionnel de santé à la retraite, cette pratique favorise la solidarité et la paix sociale.

Par   Mariama SALIFOU (Coll.), le 19 oct. 2026 à 07h25 Durée 3 min.
#Cousinage à plaisanterie

Des conflits à la réconciliation

 

Selon Amadou Adam, ces pactes trouvent leur origine dans les rivalités anciennes entre villages. Les populations organisaient des razzias, pillaient les champs et les greniers, incendiaient des habitations et emmenaient parfois des habitants. Les représailles entretenaient les hostilités. Pour y mettre fin, les communautés ont recherché un terrain d’entente.

« Pour sceller cet accord de manière définitive, de manière permanente, ils ont trouvé la formule du pacte de terre », explique-t-il.

À Bassila, ces liens concernent, entre autres, Alédjo, Kikélé, Kpira, Tchaourou, Bantè, « toute la zone Nago, sauf Manigri », Kopargo et Warimaro, ainsi que Koussountou et Tchamba, au Togo. Ces engagements se transmettent de génération en génération. « Ce n’est pas moi qui l’ai fabriqué, mais ça m’engage », insiste le sage.

Des droits et des obligations

 

Le pacte favorise l’entraide et impose des devoirs. Amadou Adam l’illustre par la perte d’un portefeuille ou d’une chèvre. Lorsqu’une personne signale publiquement la disparition de son bien et demande qu’on le lui restitue, celui qui l’a retrouvé est appelé à respecter cette demande, particulièrement s’il appartient à une communauté alliée.

L’hospitalité obéit également à des règles. Un voyageur lié par un pacte peut s’arrêter au village, dans le champ de son allié, casser quelques épis de maïs et les faire cuire pour se restaurer. Il laisse un petit signe sur place pour signaler son passage au propriétaire, qui, sans doute, va dire : « Regarde-moi ce villageois-là, […] ce “Idalè”, cet affamé-là » (insultes). Mais cette permission a ses limites. « Quand je finis de manger, je n’ai pas le droit de prendre un épi pour faire une réserve pour ma maison », précise-t-il.

Par exemple, à Warimaro ou à Alédjo, où le pacte est très puissant, un allié peut également solliciter de l’aide pour préparer un repas familial. Le visiteur peut alors se procurer un coq ou un cabri à partager avec la famille, sans en emporter pour ses provisions personnelles. « Le pacte me couvre, me protège […] Mais au même moment, je ne dois pas piller, voler », résume Amadou Adam.

Des interdits pour préserver la paix

 

Le pacte encadre aussi les comportements en cas de conflit. Selon le sage, une personne ne doit pas se laisser emporter par la colère au point de gifler son allié ou de le faire saigner. Une intervention rapide doit rappeler aux protagonistes leurs obligations. « Vous ne devez pas vous battre. Quelle que soit la colère que chacun de vous a vis-à-vis de l’autre, toi, tu ne dois pas te battre avec lui. Vous êtes un enfant de pacte. Tout de suite, vous devez arrêter », explique-t-il.

Les interdits concernent également les relations conjugales. « Le pacte dit que tu ne dois pas prendre de façon adultère la femme d’un autre avec qui tu as un pacte », affirme-t-il, évoquant notamment les liens entre Bassila et Kikélé.

Évoquant les sanctions traditionnelles liées aux transgressions les plus graves, il déclare : « La punition, c’est la “mort”. Il faut le dire comme ça, en fonction de la gravité de l’offense. »

Un héritage à transmettre

 

Amadou Adam raconte aussi une expérience vécue lors d’un déplacement entre Djougou et Natitingou. Incapable de s’entendre avec des vendeuses sur le prix des cannes à sucre, il demande à son jeune frère d’en tailler pour qu’ils puissent en manger sur place. Comprenant la référence au cousinage à plaisanterie, les femmes finissent par leur offrir plusieurs tas de cannes à sucre en leur disant : « Prenez, prenez, prenez ! » Cet épisode illustre comment l’humour et la reconnaissance mutuelle peuvent dénouer un désaccord.

Pour le sage, ces pratiques ne doivent pas être systématiquement assimilées à des croyances obscures. « C’est plus un pacte de comportement social, de paix sociale, d’entente sociale », soutient-il.

À la jeune génération, l’enjeu est de connaître cet héritage, d’en comprendre le sens et d’en préserver les valeurs de solidarité, de respect et de non-violence. Transmis avec discernement, le pacte de terre peut continuer à rapprocher les communautés et à contribuer à la cohésion sociale.