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Soudan : nouvelle tentative de coordination des efforts de paix à Genève

International

Réunis à l’office des Nations Unies à Genève sous l’égide de la Suisse et de l’émissaire personnel du secrétaire général de l’ONU, Pekka Haavisto, 27 délégations tentent de rapprocher les initiatives diplomatiques pour mettre fin au conflit. Après cinq rounds de consultations, la question reste entière : comment transformer la coordination internationale en avancées concrètes sur le terrain ?

Par   Catherine Fiankan-Bokonga, Correspondante accréditée auprès de l’Office des Nations Unies à Genève (Suisse), le 21 oct. 2026 à 12h54 Durée 3 min.
#Genève #Soudan

Genève retrouve durant deux jours (21 et 22 octobre) son rôle de plateforme diplomatique dans la recherche d’une issue à la guerre au Soudan. La Suisse et Pekka Haavisto, envoyé personnel du secrétaire général des Nations unies pour le Soudan, coprésident la 6ème session de consultations internationales consacrées au conflit. Au Palais des Nations, 27 délégations, représentant 22 Etats et cinq organisations internationales et régionales, doivent examiner les moyens de réduire les violences, de faciliter l’accès humanitaire et de favoriser l’émergence d’un processus politique inclusif.

La réunion intervient alors que le conflit, déclenché en avril 2023 par l’affrontement entre les Forces armées soudanaises (FAS), dirigées par le général Abdel Fattah Al-Bourhane, et les Forces de soutien rapide (FSR), une organisation paramilitaire commandée par Mohamed Hamdan Daglo, dit « Hemetti », continue de dévaster le pays. Après plus de trois ans de guerre, les initiatives diplomatiques se multiplient sans avoir permis d’obtenir un cessez-le-feu durable ni d’ouvrir une véritable négociation politique entre les belligérants.

Aucune négociation directe

Les consultations de Genève ne seront pas une occasion de négociation directe entre les parties impliquées, elles visent avant tout à rapprocher les médiations existantes, à éviter les démarches concurrentes et à identifier des pistes d’action communes.

En juin, à New York, l’émissaire Pekka Haavisto résumait d’une formule les difficultés de la médiation internationale au Soudan : si les acteurs s’accordent sur la nécessité de coordonner leurs efforts, aucun ne semble disposé à se placer sous une coordination commune. La multiplication des initiatives diplomatiques, conjuguée à la divergence des intérêts en présence, continue ainsi de fragiliser la recherche d’une issue au conflit.

Une diplomatie fragmentée

Les Etats-Unis, les Emirats arabes unis, l’Egypte et l’Arabie saoudite, réunis au sein du Quad, figurent parmi les principaux participants attendus. Le Qatar, la Turquie, la Chine, la Russie, le Royaume-Uni, la France et l’Allemagne seront également représentés, aux côtés de plusieurs pays voisins du Soudan. L’Union africaine, l’Union européenne, l’Autorité intergouvernementale pour le développement (IGAD), la Ligue des Etats arabes et les Nations unies prendront part aux discussions.

En revanche, ni les autorités soudanaises ni les Forces de soutien rapide ne participeront à cette session. Le mécanisme a été conçu pour réunir les médiateurs internationaux et régionaux, et non les parties belligérantes. Nayla Hajjar, responsable des affaires politiques et assistante spéciale de l’envoyé personnel du secrétaire général, a précisé à la presse que les acteurs soudanais resteraient en contact avec les organisateurs et seraient informés des discussions.

L’objectif affiché est d’aboutir à une déclaration commune précisant les engagements des participants et, si possible, les prochaines étapes de leur action diplomatique. Le contenu de ce texte dépendra toutefois des échanges à huis clos.

Cinq réunions, des engagements sans cessez-le-feu

Depuis juin 2024, cinq sessions de consultations se sont tenues au Caire (juin 2024 et janvier 2026), à Djibouti (Juillet 2024), à Nouakchott (décembre 2024) et à Bruxelles (juin 2025) afin de coordonner les initiatives diplomatiques en faveur d’une sortie de crise. Elles ont permis de définir un cadre de coopération entre médiateurs, d’appeler à la cessation des hostilités, à la protection des civils et à un meilleur accès humanitaire, tout en réaffirmant la nécessité d’une transition civile. Mais, malgré ces engagements, aucune trêve durable ni aucun règlement politique n’ont été obtenus. La sixième réunion devra déterminer si cette coordination peut déboucher sur des avancées concrètes.

Une catastrophe humanitaire qui s’aggrave

La guerre a fait des dizaines de milliers de morts et provoqué des déplacements massifs : selon l’ONU, environ 13 millions de personnes ont fui leur foyer, tandis que le HCR recense 11,3 millions de déplacés forcés, dont 4,6 millions dans les pays voisins. Au Darfour et au Kordofan, l’insécurité alimentaire s’aggrave et le risque de famine augmente, alors que les organisations humanitaires se heurtent au manque de financement, aux restrictions d’accès et aux attaques. Une réunion opérationnelle consacrée à la crise humanitaire s’est tenue le 20 octobre, en amont des consultations politiques de Genève, soulignant la nécessité de conjuguer aide d’urgence et recherche d’une issue au conflit.

Violences continues

Au Darfour, une mission internationale indépendante a dénoncé les caractéristiques génocidaires de la campagne menée par les Forces de soutien rapide lors de la prise d’El-Fasher, il y a un an. Le Conseil des droits de l’homme a par ailleurs demandé une enquête urgente sur la situation à El-Obeid, dans le Kordofan. Le 19 octobre, une frappe de drone sur un marché à Abyei, dans la zone frontalière disputée entre le Soudan et le Soudan du Sud, aurait fait plus de 150 morts, faisant craindre une extension du conflit à l’échelle régionale.

Les responsabilités extérieures en question

La recherche d’un règlement se heurte également à l’implication de puissances étrangères. Un rapport publié en septembre par des enquêteurs indépendants des Nations unies a mis en lumière le rôle des armes, des financements et du soutien logistique provenant de l’extérieur dans la poursuite des hostilités. L’internationalisation du conflit complique les efforts de médiation, certains acteurs extérieurs étant à la fois parties prenantes des équilibres régionaux et interlocuteurs des initiatives de paix.

A la recherche d’une cohérence des médiations

La réunion de Genève intervient après une rencontre ministérielle organisée en septembre à New York par l’Union africaine, l’Union européenne, la France, l’Allemagne, le Royaume-Uni et les Etats-Unis. Les participants avaient appelé les parties à reprendre les négociations sur un cessez-le-feu et soutenu les efforts du Quintet (ONU, Union africaine, Union européenne, IGAD et Ligue des Etats arabes) en faveur d’un dialogue politique inclusif conduit par les Soudanais eux-mêmes.

La Suisse mène parallèlement le « processus de Nyon », une plateforme informelle destinée à rétablir la confiance entre les forces politiques soudanaises et à favoriser un consensus sur l’avenir du pays. Cette démarche, distincte des consultations de Genève, vise à soutenir les efforts officiels en travaillant sur les conditions d’un rapprochement entre acteurs soudanais.

Au Palais des Nations, l’enjeu ne sera donc pas seulement de rapprocher les médiateurs, mais de déterminer comment leur coordination peut peser sur les décisions des parties armées.