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La diplomate et économiste costaricienne, Rebeca Grynspan, est officiellement entrée dans la course pour diriger l’Organisation des Nations Unies, dont le prochain Secrétaire général doit prendre fonction le 1er janvier 2027, à l’issue du second mandat du Portugais António Guterres. Le gouvernement du Costa Rica a transmis une note diplomatique pour enregistrer sa candidature, ouvrant une nouvelle phase d’une compétition largement suivie dans les milieux diplomatiques.
Âgée de 70 ans, l’ancienne vice-présidente du Costa Rica (1994-1998) dirige depuis 2021 la Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement (Cnuced), basée à Genève. Elle s’est mise en congé sans solde depuis fin février 2026 afin de se consacrer à sa campagne. Lors d'une conférence de presse organisée par l’Association des correspondants accrédités auprès des Nations Unies (Acanu), l’économiste s’est dit « très optimiste » quant à ses chances. « Je pense être plus qu’une candidate viable », a-t-elle affirmé, estimant que son parcours répond aux besoins actuels de l’organisation. « Je connais suffisamment l’Onu pour la réformer, et suffisamment pour la défendre. »
La Costaricienne n’est pas seule à briguer le poste. Parmi les candidats déjà déclarés figurent l’ancienne présidente du Chili, Michelle Bachelet, soutenue notamment par le Mexique et le Brésil, ainsi que le directeur général de l’Agence internationale de l’énergie atomique (Aiea), l’Argentin Rafael Grossi. L’ancien président du Sénégal, Macky Sall, figure également parmi les personnalités déclarées à la succession. Selon une pratique informelle de rotation régionale, le poste devrait revenir cette fois à un représentant de l’Amérique latine et des Caraïbes. Plusieurs États membres ainsi que des organisations non gouvernementales militent également pour qu’une femme accède, pour la première fois depuis la création de l’Onu en 1945, à cette fonction. Rebeca Grynspan refuse toutefois d’être perçue comme une candidate choisie pour cette seule raison. « Je n’ai besoin d’aucune faveur pour être élue. J’ai seulement besoin que l’on ne me discrimine pas parce que je suis une femme», a-t-elle déclaré.
Le poids décisif du Conseil de sécurité
Le processus de sélection se déroulera dans les prochains mois. L’Assemblée générale des Nations Unies organisera des auditions publiques des candidats en avril, avant que le Conseil de sécurité des Nations Unies ne procède aux consultations décisives. Les cinq membres permanents, États-Unis, Russie, Chine, France et Royaume-Uni, disposent chacun d’un droit de veto, ce qui leur confère un rôle déterminant dans le choix final. Cette désignation intervient dans un contexte délicat pour l’organisation. En février, António Guterres a averti que l’Onu risquait une crise de trésorerie si les États membres ne réglaient pas leurs contributions. Parallèlement, certaines puissances critiquent ouvertement l’utilité et les priorités de l’institution.
Une trajectoire personnelle marquée par l’histoire
Pour Rebeca Grynspan, la priorité consiste à restaurer la crédibilité de l’organisation. «L’Onu doit changer », affirme-t-elle. Selon elle, les structures actuelles manquent souvent de souplesse pour répondre aux crises contemporaines. La diplomate insiste notamment sur la nécessité de renforcer la prévention des conflits et les capacités de médiation. «Ces outils sont essentiels pour la paix et la sécurité, mais ils nécessitent davantage d’agilité et de flexibilité», explique-t-elle. Elle estime également que l’organisation doit davantage mobiliser la société civile et le secteur privé. « Les capacités disponibles dans le monde sont bien plus vastes qu’en 1945. L’Onu n’a pas à tout faire seule», souligne-t-elle.
L’attachement de Rebeca Grynspan au multilatéralisme s’enracine aussi dans son histoire familiale. Ses parents, originaires de Pologne, ont fui la Seconde Guerre mondiale et trouvé refuge au Costa Rica après avoir échappé de peu aux persécutions qui ont emporté une partie de leur famille pendant l’Holocauste. « Ils sont arrivés sans rien dans un pays qui leur a permis de reconstruire leur vie », raconte-t-elle. Cette expérience nourrit, selon elle, une conviction profonde : celle que la coopération internationale peut changer des destins. Si elle était élue, la candidate promet de remettre l’Onu au centre des réponses aux crises globales. «L’organisation est unique parce qu’elle est universelle et légitime», insiste-t-elle. « Nous devons reconquérir les cœurs et les esprits et rétablir la conviction que l’Onu est utile pour résoudre les problèmes du monde.
Pour Rebeca Grynspan, la priorité consiste à restaurer la crédibilité de l’organisation