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En République démocratique du Congo, Ebola progresse sur fond de guerre et de crise humanitaire

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Ebola Ebola

La flambée d'Ebola qui touche l'est de la République démocratique du Congo (RDC) continue de s'étendre dans un contexte marqué par les affrontements armés, les déplacements de populations et un sous-financement chronique de l'aide humanitaire. Les Nations unies, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) et le Haut-Commissariat aux droits de l'homme multiplient les mises en garde face au risque d'une aggravation simultanée de la crise sanitaire et du conflit.

Par   Catherine Fiankan-Bokonga, correspondante accréditée auprès de l’Office des Nations Unies à Genève (Suisse), le 10 juil. 2026 à 13h09 Durée 3 min.
#ebola

« Nous devons agir plus vite pour briser la dynamique d'Ebola en République démocratique du Congo », a lancé Tom Fletcher, Secrétaire général adjoint des Nations unies aux affaires humanitaires et Coordonnateur des secours d'urgence. Si la province de l'Ituri demeure l'épicentre de l'épidémie, le virus gagne progressivement d'autres provinces, où l'insécurité et les mouvements incessants de populations compliquent considérablement les opérations de contrôle. Depuis la déclaration officielle de l'épidémie, le 15 mai, plus de 1.700 personnes ont été infectées et près de 600 sont décédées en RDC. L'Ouganda voisin a déjà confirmé une vingtaine de cas, illustrant la dimension régionale que prend désormais cette urgence sanitaire.

La pointe de l’iceberg

Pour les agences humanitaires, Ebola ne constitue pourtant que la partie visible d'une crise beaucoup plus profonde. Avant même l'apparition du virus, des millions de Congolais vivaient déjà sous la menace des conflits armés, de la faim, des déplacements forcés et de l'effondrement des services de santé. Les importantes réductions du financement humanitaire enregistrées ces derniers mois rendent la réponse encore plus difficile. Face à cette situation, le Comité permanent inter-organisations (IASC), qui réunit les principales organisations humanitaires mondiales, a déclenché un mécanisme exceptionnel de mobilisation afin de renforcer la coordination de l'ensemble du système humanitaire. Un coordinateur senior dédié à Ebola a été déployé dans les zones affectées afin d'accélérer les opérations et de lever les obstacles logistiques. Tom Fletcher a annoncé le déblocage de 60 millions de dollars du Fonds central d'intervention d'urgence des Nations unies (CERF). Cette enveloppe doit permettre de renforcer la lutte contre Ebola en RDC tout en soutenant les mesures de préparation dans les pays voisins les plus exposés : l'Ouganda, le Soudan du Sud et le Burundi. Au-delà des financements, le responsable onusien insiste sur plusieurs priorités : garantir un accès sûr et permanent des équipes médicales et humanitaires aux populations, maintenir ouvertes les frontières et les axes d'approvisionnement, accélérer le décaissement des fonds promis par les bailleurs et investir massivement dans la surveillance épidémiologique, les capacités de laboratoire, la prévention des infections et la mobilisation communautaire. Les autorités sanitaires insistent sur la nécessité de garantir la protection contre les violences sexuelles, de renforcer la redevabilité envers les populations et d'adapter les interventions aux besoins spécifiques des femmes comme des hommes.

Accroissement de la réponse sanitaire

Depuis Bunia, la représentante de l'OMS en RDC, la Dre Anne Ancia, décrit une épidémie toujours en phase d'expansion dont l'ampleur réelle demeure difficile à mesurer.

Au 4 juillet, les autorités congolaises avaient confirmé 1.561 cas, dont 506 décès et 254 guérisons. Plus de 10.000 personnes ayant été en contact avec des malades font actuellement l'objet d'un suivi, avec un taux de surveillance atteignant 82 %. Le dispositif de prise en charge s'est considérablement renforcé. Vingt-deux centres de traitement offrent désormais près de 700 lits, auxquels devraient bientôt s'ajouter 300 places supplémentaires. Mais la pression reste extrêmement forte : les structures existantes fonctionnent déjà à près de 90 % de leur capacité. La Dre Ancia souligne également les progrès réalisés en matière de diagnostic. En quelques semaines, les capacités de laboratoire sont passées d'une trentaine de tests quotidiens réalisés à Kinshasa à plus de 2.000 analyses par jour grâce à 10 laboratoires décentralisés installés dans les provinces concernées. Le dernier vient d'ouvrir à Bunia afin de raccourcir les délais de diagnostic.

La recherche thérapeutique progresse également. Un essai clinique lancé le 2 juillet évalue l'efficacité de deux traitements prometteurs contre la maladie à virus Bundibugyo : l'anticorps monoclonal MBP134 et l'antiviral remdesivir, administrés seuls ou en combinaison. Plus de 1.200 doses sont déjà disponibles et d'autres traitements pourront être intégrés au protocole au fur et à mesure des avancées scientifiques. Un essai de prophylaxie est également en préparation sous la direction de l'Institut national de recherche biomédicale (INRB).

Malgré ces avancées, les obstacles demeurent nombreux : déplacements constants des populations, insécurité persistante, pénurie d'ambulances et de personnel soignant, hôpitaux saturés et difficultés de paiement ayant récemment conduit certains agents de santé à cesser temporairement le travail. L'OMS affirme avoir engagé des discussions avec les représentants des personnels concernés afin de rétablir rapidement les activités. L'organisation indique également renforcer ses actions dans les camps de déplacés, où des équipes travaillent avec les communautés afin de faciliter l'accès des soignants tout en respectant les pratiques culturelles locales.

L'intensification des combats fait craindre une aggravation de la crise

Cette urgence sanitaire se déroule dans un contexte sécuritaire qui ne cesse de se détériorer.

Le Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l'homme, Volker Türk, s'est alarmé de la reprise des affrontements entre les Forces armées de la RDC et le mouvement rebelle M23, soutenu selon les Nations unies par le Rwanda, dans les territoires de Fizi et de Mwenga, au Sud-Kivu. Au cours des dernières semaines, les deux camps ont utilisé des drones armés, de l'artillerie lourde et d'autres armes explosives dans des zones habitées. Plusieurs civils ont été tués ou blessés, tandis que des habitations et des moyens de subsistance ont été détruits.

« Il est profondément préoccupant que, malgré les accords conclus dans le cadre des différents processus de paix, les combats se poursuivent sans relâche », a déclaré Volker Türk après les violents affrontements survenus autour du village de Mulima les 4 et 5 juillet.

Le Haut-Commissaire appelle les parties à cesser immédiatement les hostilités, à protéger les civils et à garantir un accès humanitaire rapide et sans entrave. Il demande également au Rwanda de mettre fin à son soutien au M23 et de retirer ses troupes du territoire congolais, tout en exhortant Kinshasa à poursuivre les efforts de désarmement et de rapatriement des combattants des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR).

Les Nations unies redoutent désormais que la poursuite des combats n'entraîne de nouveaux déplacements massifs de populations, y compris vers les pays voisins, favorisant à la fois la propagation d'Ebola et de nouvelles violations du droit international humanitaire, notamment des exécutions extrajudiciaires et des violences sexuelles liées au conflit.

Pour les responsables onusiens, les deux crises sont désormais indissociables. Sans amélioration de la situation sécuritaire et sans mobilisation financière rapide de la communauté internationale, les progrès enregistrés contre Ebola risquent d'être rapidement compromis.