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Médias et climat: Des journalistes outillés sur la justice climatique

Environnement

Dans le contexte mondial actuel où les effets du changement climatique se font de plus en plus ressentir en Afrique de l’ouest, notamment au Bénin, Amnesty international place les droits humains au cœur des réponses environnementales. L’organisation a réuni, le 18 mai à Cotonou, une vingtaine de professionnels des médias dans le cadre d’une formation consacrée à la justice climatique et au rôle des médias dans la sensibilisation des populations et le plaidoyer auprès des autorités.

Par   Ariel GBAGUIDI, le 20 mai 2026 à 07h13 Durée 2 min.
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Des journalistes outillés pour mieux documenter les atteintes aux droits humains dans le domaine environnemental, et la justice climatique. L’atelier de formation s’inscrit dans le cadre du projet « Justice climatique » porté par Amnesty international Bénin. L’initiative vise à contribuer à une meilleure prise en compte des droits humains dans les politiques climatiques, tout en renforçant les capacités des acteurs locaux. Elle entend éduquer et mobiliser l’opinion publique autour des enjeux liés aux droits humains et au climat, tout en renforçant le plaidoyer en faveur d’une plus grande responsabilité des États et des entreprises dans la lutte contre le dérèglement climatique.

La formation des journalistes à la « Justice climatique » est l’une des activités prévues dans le cadre du projet. Dans son intervention, Dieudonné Dagbéto, directeur exécutif d’Amnesty International Bénin, a insisté sur l’importance du rôle des médias dans la défense des droits humains et la protection de l’environnement. « Amnesty International compte sur vos oreilles et vos yeux pour renseigner les autorités sur ce qui ne va pas en matière d’environnement», a-t-il déclaré.

Selon lui, les changements climatiques constituent désormais une menace directe pour les droits fondamentaux des populations. Chaleur excessive, dérèglements des saisons, inondations et montée des eaux affectent déjà les conditions de vie des communautés béninoises, notamment dans les zones côtières et rurales. Les Nations Unies et plusieurs organisations internationales soulignent également le lien étroit entre crise climatique et droits humains.

En Afrique de l’ouest, et particulièrement au Bénin, apprend-on, les populations font face à de multiples défis environnementaux comme la pollution de l’air, la mauvaise gestion des déchets, la contamination des ressources en eau et la dégradation des sols.

Des données présentées au cours de la formation révèlent que près de 40 % des maladies recensées dans certaines régions seraient liées à la dégradation de l’environnement. Dans plusieurs villes béninoises, les niveaux de pollution atmosphérique dépassent les normes recommandées par l’Organisation mondiale de la santé (Oms), tandis qu’environ 75 % des déchets produits ne seraient pas correctement traités.

Les risques climatiques identifiés incluent les pluies tardives ou violentes, les sécheresses, les vents extrêmes et l’élévation du niveau de la mer dans le golfe de Guinée. Selon les projections du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec), le niveau de la mer pourrait augmenter de 15 à 31 centimètres d’ici 2050 en Afrique de l’ouest, aggravant l’érosion côtière et les inondations.

Deux communications présentées ont permis aux participants de mieux s’imprégner du phénomène. Une sur « Droits humains et Justice climatique : notions, réalités, enjeux et défis dans le contexte béninois », animée par Thimothée Biaou et la seconde intitulée « Rôle et contribution des professionnels des médias en faveur de la justice climatique au Bénin » et animée par Dr Tanguy Agoï, journaliste et membre de l’Observatoire de la déontologie et de l'éthique dans les médias (Odem).

Adaptation et atténuation

Face à cette situation, le Bénin a adopté plusieurs instruments juridiques et politiques, notamment la loi de 2018 portant prévention et contrôle des changements climatiques ainsi que le plan national 2022 d’adaptation au changement climatique. Toutefois, Amnesty international note que certains défis restent immenses et nécessitent une mobilisation plus large de tous les acteurs sociaux.

Le projet « Justice climatique», prévu pour une durée de 5 ans, entend justement créer cette dynamique collective. Il repose sur trois principaux axes: sensibiliser les populations aux enjeux climatiques et aux droits humains, renforcer le plaidoyer auprès des autorités et des entreprises, puis rapprocher les mouvements écologistes et les défenseurs des droits humains.

Plusieurs activités sont prévues dans ce cadre. Amnesty International envisage notamment l’organisation d’un forum national sur la justice climatique réunissant autorités publiques, entreprises, organisations de la société civile et médias afin de débattre des solutions locales aux défis environnementaux.

Le projet prévoit également des actions dans les établissements scolaires et universitaires. Des clubs scolaires d’Amnesty International seront mobilisés pour sensibiliser les élèves à travers des campagnes écocitoyennes, des séances de réflexion et des initiatives de terrain. Des brigades vertes devraient aussi être mises en place dans certains collèges et lycées.

Dans les universités, des conférences seront organisées autour des obligations des États et des entreprises en matière de justice climatique. Une campagne nationale de plantation d’arbres est également annoncée dans plusieurs localités du pays.

La presse occupe une place centrale dans cette stratégie. La formation de Cotonou marque ainsi le lancement d’un programme de renforcement des capacités des journalistes du Sud, du Centre et du Nord du Bénin.

Amnesty International prévoit aussi la diffusion de cent émissions radiophoniques en français et en langues locales, la réalisation de capsules vidéo et de podcasts, ainsi qu’une vaste campagne digitale sur les réseaux sociaux.

L’organisation entend enfin lancer un prix médiatique sur la justice climatique afin d’encourager la production de contenus journalistiques sur les questions environnementales et les droits humains.

À travers cette initiative, Amnesty International Bénin souhaite faire émerger une conscience collective autour des enjeux climatiques. Pour l’organisation, la protection de l’environnement ne relève plus uniquement de la question écologique : elle constitue désormais un impératif de justice sociale et de défense des droits humains, pour les générations présentes comme futures.