La Nation Bénin...
Les questions d’Ecologie intégrale sont au cœur d’un colloque scientifique international qui a démarré, hier mardi 20 janvier à Cotonou. A l’initiative de l’Université catholique de l'Afrique de l'Ouest (Ucao) et de la fondation de l'Archidiocèse de Cotonou, ces assises mettent en lumière la nécessité d’œuvrer pour une écologie véritablement intégrale pour la protection de la nature, la dignité humaine, la justice sociale et la paix.
« L’Ecologie intégrale pour la survie et le bien-être de la création ». C’est autour de ce thème que s’est ouvert, hier à Cotonou, le colloque scientifique international initié par l’Université catholique de l'Afrique de l'Ouest (Ucao) et la fondation de l'Archidiocèse de Cotonou, avec l’appui des autorités gouvernementales.
« Si nous sommes réunis aujourd'hui, ce n'est pas pour ajouter une rencontre de plus à l'agenda international. Nous sommes ici parce que l'heure est grave. La maison commune souffre. Les équilibres naturels sont rompus. Les plus pauvres paient le prix fort d'un modèle de développement qui oublie la limite, la justice et la fraternité. Et nos consciences sont interpellées… », lance Monseigneur Roger Houngbédji, archevêque de Cotonou. Pour José Didier Tonato, ministre du Cadre de vie, ce colloque rappelle une fois encore l’importance du dialogue entre acteurs afin de répondre ensemble aux défis majeurs qui menacent la planète, au regard de l'usage qui est fait de ses ressources que sont les dons de la création, donc les dons de la nature. « Le présent colloque ambitionne de nourrir une vision africaine de l'écologie intégrale, de promouvoir une approche globale intégrant les dimensions sociales, économiques, traditionnelles, spirituelles et éthiques, de renforcer le dialogue interdisciplinaire et interreligieux et de jeter les bases d'un label africain de l'Église verte au service de la sauvegarde de la création…», poursuit le ministre.
Ainsi, la rencontre de Cotonou veut aller au-delà du constat des problèmes en proposant des solutions concrètes et intégrales. Il s’agira alors pour les participants d’explorer la science et la sagesse en mettant la recherche et les savoirs traditionnels au service de la vie ; de tisser des ponts en reliant disciplines, générations, décideurs et communautés de base ; de penser l'intégration en promouvant des politiques économiques et écologiques, une éducation intégrale et une innovation technologique au service du bien commun, a fait savoir Père Benjamin Akotia, recteur de l’Ucao.
En accueillant ce colloque, explique Mgr Roger Houngbédji, l'église au Bénin assume sa mission qui est d’éclairer les consciences, rassembler les savoirs, et rappeler que la création n'est pas une possession, mais un don confié par le Créateur à notre vigilance. « L'écologie intégrale, telle que nous la recevons de l'enseignement de l'église catholique, nous invite à tenir ensemble la protection de la nature, la dignité humaine, la justice sociale et la paix », assure-t-il, ajoutant que ce colloque est un lieu d'écoute mutuelle, un espace de discernement exigeant, mais aussi un temps de conversion intérieure.
Vers un label africain
A en croire le ministre du Cadre de vie, il est attendu, à l’issue du colloque, l'émergence d'une vision africaine partagée de l'écologie intégrale fondée sur les réalités sociales, culturelles, économiques, spirituelles et environnementales du continent ainsi qu'un renforcement du dialogue interdisciplinaire et interreligieux, voire traditionnel, entre les différents acteurs engagés dans la sauvegarde de la création. Cela est louable, car, dit-il, même si les causes de la dégradation des écosystèmes de la terre sont de diverses natures, l'approche doit converger vers la justice environnementale et non vers le principe du plus fort, à travers la dignité et le respect de l'architecture naturelle que nous avons découverte en venant sur la Terre.
Pour le Cardinal Fridolin Ambongo, président du Symposium des Conférences épiscopales d'Afrique et de Madagascar (Sceam) et parrain de l’événement, il est impérieux que cette écologie intégrale embrasse l’homme tout entier : son âme, son imagination, sa dignité, ses relations et sa responsabilité devant Dieu. Ce type d’écologie, d’après lui, « a pour vocation de faire advenir un changement de regard, une conversion intellectuelle, spirituelle et politique. Il doit permettre à chacun de nous, croyants, scientifiques, décideurs, diplomates, éducateurs, de comprendre que la Création n'est pas un décor, mais une alliance. Et que cette alliance est aujourd'hui brisée, meurtrie, mais encore réparable ».
Autant qu’ils sont, les intervenants à l’ouverture des travaux, ont formulé le vœu que la rencontre puisse aider à passer du constat à l'engagement, de l'analyse à l'action, de la parole à la fidélité. Dans cette perspective, Père Benjamin Akotia garde espoir qu’ensemble les êtres humains parviendront à transformer leur rapport au monde et bâtir une civilisation où le bien-être se mesure à la qualité des relations humaines et à l'harmonie avec la nature. « Que ce colloque soit un catalyseur pour faire germer des idées nouvelles, nouer des partenariats féconds, renouveler notre résolution à respecter la création et à promouvoir la justice sociale », ajoute-t-il. « Qu’il devienne un véritable lieu de renaissance, où les consciences se réveillent et où les convictions se fortifient. Que nos travaux portent du fruit, non seulement dans les idées échangées, mais dans les engagements concrets qui en jailliront », espère aussi Cardinal Fridolin Ambongo.
La rencontre réunit enseignants - chercheurs, étudiants, praticiens, responsables religieux, société civile, autorités politico-administratives et d’autres acteurs de l’écologie et du développement durable. Plusieurs communications sur différents aspects de l’écologie intégrale au Bénin et au Togo sont au menu du programme concocté pour les deux jours d’activité. A l’issue des travaux, des recommandations et la déclaration de Cotonou sur le label africain de l’écologie intégrale pour la survie et le bien-être de la création, seront adoptées.
L’Eglise catholique engagée pour un label africain de l’écologie intégrale