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A la veille de la Conférence des parties (Cop) 31 qui se tiendra à Antalya (Turquie), Simon Stiell, secrétaire exécutif de l’Organisation des Nations Unies pour le climat, appelle à faire de ces assises « l’ère de la mise en œuvre ». Il estime que l’action climatique peut devenir « l’arme pas si secrète » pour assurer sécurité et prospérité dans un monde fragmenté. Simon Stiell s’est exprimé lors de la conférence de presse organisée à Istanbul par Murat Kurum, ministre turc de l’Environnement et président désigné de la Cop 31.
« Une chose est claire, la Cop 31 à Antalya se déroulera dans un contexte extraordinaire », rappelle Simon Stiell, secrétaire exécutif de l’Onu pour le climat, à l’entame de son intervention. Il affirme que le monde se trouve dans un nouveau désordre, marqué par la force des armes et les guerres commerciales, où le concept même de coopération internationale est remis en cause.
Face à cette instabilité, Simon Stiell est convaincu que le climat, loin d’être une variable d’ajustement, peut constituer un facteur de stabilité. « L’action climatique peut apporter de la stabilité dans un monde instable », soutient le responsable de l’Onu Climat, plaidant pour « ouvrir la voie à une nouvelle ère de coopération internationale en matière de climat ».
Pour développer son argumentaire, le chef d’Onu Climat a retracé l’évolution de la gouvernance climatique en trois temps. Une première époque marquée par la reconnaissance progressive du problème, mais aussi par les débats sur son ampleur. Une deuxième, celle des solutions, qui a culminé avec l’Accord de Paris. « Cela n’a pas résolu la crise climatique, mais cela a changé notre trajectoire », affirme-t-il. Selon lui, la décennie écoulée depuis Paris a vu des progrès tangibles. Les investissements dans les énergies propres ont été multipliés par dix, passant de 200 à plus de 2 000 milliards de dollars par an. En 2025, malgré « l’incertitude économique et les vents contraires politiques », les énergies propres ont dépassé le charbon comme première source d’électricité mondiale, et les investissements dans l’énergie propre ont représenté plus du double de ceux consacrés aux combustibles fossiles.
Il rappelle que lors de la Cop 30 à Belém, les États ont affirmé d’une seule voix que la transition mondiale est désormais irréversible. Mais Simon Stiell reconnaît que le rythme reste insuffisant et inéquitable. « Ce n’est clairement pas assez rapide ni assez équitable », a-t-il admis, tout en estimant qu’il est « difficile d’imaginer une décennie où la coopération climatique ait permis autant de progrès concrets ».
Le patron de l’Onu Climat met toutefois en garde contre une menace sans précédent des acteurs déterminés à défier la logique économique et scientifique pour accroître la dépendance au charbon, au pétrole et aux gaz polluants, au risque d’aggraver les catastrophes et la spirale des coûts. D’où son appel à entrer dans une « troisième ère d'action climatique, de la mise en œuvre ». L’objectif, selon lui, est de réaliser, voire dépasser les engagements du premier bilan mondial de 2023, notamment doubler l’efficacité énergétique et tripler les capacités d’énergies propres d’ici 2030, tout en menant une transition « juste, équitable et ordonnée » hors des combustibles fossiles.
Investissements massifs et sécurité énergétique
Simon Stiell propose d’accélérer le déploiement mondial de projets compatibles avec ces objectifs, en mettant en relation États, investisseurs et secteur privé. À la Cop 30, un trillion de dollars ont ainsi été mobilisés pour les réseaux électriques propres et la protection des forêts. A l’en croire, le message est clair, la transition énergétique est désormais un enjeu de compétitivité.
En outre, Simon Stiell ancre son argumentaire dans les préoccupations quotidiennes à savoir : baisse des factures d’énergie, réduction de la pollution, millions d’emplois nouveaux et accès à l’électricité pour les plus de 700 millions de personnes qui en sont encore privées. « Pour tout dirigeant qui prend la sécurité au sérieux, l’action climatique est une mission essentielle », a-t-il martelé. Selon lui, les énergies renouvelables constituent « la voie la plus claire et la moins coûteuse vers la sécurité et la souveraineté énergétiques », protégeant les économies des chocs liés aux guerres et aux turbulences commerciales. L’adaptation, ajoute-t-il, est « la seule voie » pour protéger des milliards de vies face à l’intensification des catastrophes climatiques.
« Plus que jamais, l’action et la coopération en faveur du climat sont la solution. Non pas malgré l’instabilité mondiale, mais à cause d’elle », a-t-il conclu, estimant que la Turquie, « carrefour du monde et centre diplomatique », offre un cadre idéal pour faire de la Cop 31 à Antalya, un succès « pour les populations, la prospérité et la planète ».
L'ère de la mise en œuvre avec la Conférence des parties