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Vote du budget rectificatif 2026: Les régies financières face au test du premier semestre

Economie
Les activités portuaires, les importations, les exportations et les opérations de  transit continuent d’alimenter les recettes douanières Les activités portuaires, les importations, les exportations et les opérations de transit continuent d’alimenter les recettes douanières

A l’approche du bilan du premier semestre 2026, les administrations financières sont particulièrement attendues. Port de Cotonou en forte progression, activité économique dynamique et budget rectificatif ambitieux placent les Douanes, les Impôts et le Trésor face à de nouvelles exigences de performance.

Par   Arnaud DOUMANHOUN, le 26 juin 2026 à 01h03 Durée 3 min.
#budget rectificatif 2026

Les chiffres du premier semestre 2026 des trois grandes régies financières du Bénin, la Direction générale des impôts (Dgi), la Direction générale des douanes (Dgd) et la Direction générale du Trésor et de la Comptabilité publique, sont désormais très attendus. Au-delà des résultats habituels, leur publication permettra de mesurer la capacité de l’État à soutenir un effort budgétaire de plus en plus important. Car cette année, les enjeux dépassent le simple niveau de recouvrement des recettes. Entre le vote d’un budget rectificatif, la montée en puissance du Port de Cotonou et la poursuite des grands investissements publics, les régies financières apparaissent plus que jamais comme le principal moteur de l’action publique. Car, les besoins de financement de l’État augmentent afin d’accompagner les investissements, les infrastructures, les dépenses sociales et les programmes de transformation économique. Le budget 2026 réajusté est porté à 4 148,357 milliards de FCfa contre 3 783,984 milliards de F Cfa initialement prévus. Cette révision budgétaire traduit la confiance du nouveau gouvernement conduit par Romuald Wadagni dans la capacité des régies financières à générer davantage de ressources.

Le Port, moteur de la dynamique douanière

Et même si les données officielles consolidées ne sont pas encore disponibles, plusieurs indicateurs publiés ces derniers mois témoignent d’une dynamique favorable de mobilisation des ressources internes. Du côté de l’administration fiscale, les résultats enregistrés en 2025 offrent déjà des motifs d’optimisme. Selon le rapport d’activités de la Direction générale des impôts, les recettes fiscales brutes ont atteint 1 348,31 milliards de francs Cfa en 2025, soit un taux de réalisation supérieur à 102 % des objectifs fixés. L’administration fiscale attribue ces performances à la digitalisation des procédures, au renforcement du contrôle fiscal et à l’élargissement progressif de l’assiette fiscale. Les plateformes numériques, la télédéclaration et le paiement électronique des impôts ont contribué à améliorer le recouvrement. Sur une décennie, les recettes fiscales ont plus que triplé, passant d’environ 381 milliards de francs Cfa en 2016 à plus de 1 348 milliards en 2025.  Cette progression constitue un signal favorable pour le premier semestre 2026, même si les chiffres définitifs devront confirmer la tendance. Aussi, la Direction générale des Douanes demeure l’une des principales pourvoyeuses de recettes de l’État. Les activités portuaires, les importations, les exportations et les opérations de transit continuent d’alimenter les recettes douanières.

Les données du commerce extérieur publiées par l’Instad montrent notamment une forte progression des exportations béninoises au premier trimestre 2026. Elles ont atteint 223,96 milliards de francs Cfa, en hausse de plus de 50 % sur un an. Le coton, le soja et les oléagineux figurent parmi les principaux moteurs de cette progression. L’amélioration des performances portuaires, la modernisation des procédures douanières et la poursuite de la dématérialisation des formalités contribuent également à renforcer les capacités de mobilisation des recettes. Les statistiques officielles indiquent que le volume des marchandises transitant par la plateforme portuaire a atteint 14,7 millions de tonnes en 2025, contre 9,6 millions de tonnes l’année précédente. Cette progression de 52 %, alimentée par la hausse des flux commerciaux à l’import comme à l’export, témoigne du regain d’activité du principal poumon économique du pays. Cette performance constitue l’un des faits économiques majeurs de ces dernières années. Malgré les tensions sécuritaires dans le Sahel et les perturbations des corridors commerciaux régionaux, la plateforme portuaire béninoise confirme sa progression grâce aux investissements réalisés dans les infrastructures, la digitalisation des procédures et l’amélioration de la compétitivité logistique. Cette croissance du trafic portuaire produit naturellement des effets sur les recettes douanières.

Contexte macroéconomique favorable

L’augmentation des importations, des exportations et des opérations de transit constitue un levier majeur pour les finances publiques. Les initiatives diplomatiques engagées ces derniers mois pour améliorer les relations commerciales avec certains pays de l’hinterland notamment sous la houlette du président Romuald Wadagni pourraient également renforcer cette dynamique. L’enjeu est d’autant plus important que la stratégie économique du gouvernement repose désormais largement sur la mobilisation des ressources internes. Au niveau du Trésor public, les opérations réalisées sur le marché financier régional témoignent de la confiance des investisseurs dans la signature du Bénin. Depuis le début de l’année, plusieurs émissions de titres publics ont été couronnées de succès. En janvier, le Trésor béninois a mobilisé 60 milliards de francs Cfa sur le marché de l’Uemoa. Plus récemment, une émission de bons assimilables du Trésor a permis de lever 22 milliards de francs Cfa, soit un montant supérieur à l’objectif initial de 20 milliards. Ces opérations participent à la gestion de la trésorerie publique et au financement du budget de l’État. Le contexte macroéconomique reste également favorable.

Les perspectives budgétaires pour 2026 reposent sur une croissance économique soutenue, portée par l’agriculture, les infrastructures, l’industrie et les services. Les prévisions gouvernementales tablent sur une croissance supérieure à 7 %, accompagnée d’une inflation maîtrisée et d’un déficit budgétaire contenu. Toutefois, plusieurs défis demeurent. Le maintien de la performance des régies financières dépendra de l’évolution de l’activité économique, du commerce régional, des prix internationaux ainsi que de la poursuite des réformes administratives. La question qui se pose désormais n’est plus uniquement celle de l’atteinte des objectifs traditionnels. Le véritable enjeu consiste à savoir si les régies financières peuvent accompagner les ambitions nouvelles de l’État. L’augmentation des dépenses publiques, les besoins d’investissement, le financement des infrastructures et les exigences de développement économique nécessitent des ressources toujours plus importantes. Les performances du Port de Cotonou, la progression du commerce extérieur, la modernisation fiscale et la confiance des investisseurs constituent autant de signaux positifs.

Mais les défis demeurent entre autres, la lutte contre la fraude, l’élargissement de l’assiette fiscale, l’amélioration du civisme fiscal, la sécurisation des recettes et le maintien du dynamisme économique. A l’approche du bilan semestriel, une question demeure donc au centre des attentes. Les régies financières sont-elles en avance sur leurs objectifs de 2026 ? Les chiffres qui seront publiés dans les prochaines semaines permettront de mesurer l’ampleur des performances réalisées et d’apprécier la capacité des administrations fiscale, douanière et du Trésor à soutenir la trajectoire économique et budgétaire du pays. De toute évidence, au regard des signaux actuels, jamais les attentes n’auront été aussi fortes envers les régies financières.