La Nation Bénin...

Finance climatique en Afrique: Le système peine à atteindre les territoires

Economie
Malgré les financements annoncés pour le climat, les territoires africains peinent encore à accéder aux ressources nécessaires pour conduire leur transition écologique Malgré les financements annoncés pour le climat, les territoires africains peinent encore à accéder aux ressources nécessaires pour conduire leur transition écologique

Malgré les milliards de dollars annoncés chaque année pour financer la transition énergétique et l’adaptation climatique, les villes africaines peinent encore à accéder aux ressources dont elles ont besoin. Lors des Boad Development Days 2026 qui ont eu lieu à Lomé au Togo, des voix ont dénoncé un système qui peine à atteindre les territoires où se joue pourtant la transition écologique.

 

Par   Arnaud DOUMANHOUN, le 18 juin 2026 à 07h34 Durée 2 min.
#finance climatique #Transition énergétique

Les engagements financiers internationaux en faveur du climat se multiplient. Les annonces de fonds destinés à soutenir la transition énergétique, l’adaptation aux changements climatiques et le développement durable se chiffrent désormais en centaines de milliards de dollars. Pourtant, sur le terrain, de nombreuses collectivités locales africaines continuent de faire face à une réalité bien différente. C’est ce paradoxe qu’a mis en lumière Luc Gnacadja, maire de la ville de Cotonou lors des Boad Development Days 2026 organisés à Lomé autour du thème : « Bâtir l’avenir de l’Uemoa : financer un habitat durable, inclusif et moteur de souveraineté énergétique ». Dans son intervention, l’ancien ministre de l’Urbanisme et actuel maire de la ville de Cotonou, a appelé à repenser les critères d’évaluation de la finance climatique. A l’en croire, la performance de ces mécanismes ne devrait pas être appréciée uniquement à travers les montants annoncés ou mobilisés. « La performance de la finance climatique ne devrait pas être mesurée uniquement par les montants mobilisés, engagés ou annoncés, mais aussi par sa capacité à atteindre effectivement les territoires qui portent les transformations sur le terrain et à produire des impacts concrets pour les populations », soutient-il. Pour cet expert reconnu des politiques environnementales africaines, l’écart entre les ambitions affichées et les résultats observés demeure préoccupant. Alors que les villes sont en première ligne face aux conséquences du changement climatique, elles restent souvent éloignées des grands circuits de financements internationaux. Le constat est particulièrement pertinent pour l’Afrique de l’Ouest, où l'urbanisation rapide s’accompagne de défis croissants liés aux inondations, aux vagues de chaleur, à l’accès à l’énergie et à la résilience des infrastructures urbaines.

Quand la finance n’atteint pas sa cible

« Alors que des centaines de milliards de dollars sont régulièrement annoncés pour financer la transition énergétique et l'adaptation au changement climatique, les villes africaines continuent de rencontrer d’importantes difficultés pour accéder à ces ressources », a souligné Luc Gnacadja. Cette situation pose une question centrale. Comment réussir la transition écologique sans donner aux collectivités les moyens d’agir ? Dans la plupart des villes africaines, les municipalités sont pourtant les premières à intervenir sur des domaines directement liés aux enjeux climatiques. Urbanisme, habitat, mobilité urbaine, gestion des eaux pluviales, efficacité énergétique des bâtiments ou encore développement des espaces verts constituent autant de leviers dont disposent les autorités locales pour réduire les émissions de gaz à effet de serre et renforcer l’adaptation des populations. Pour l’ancien secrétaire exécutif de la Convention des Nations unies sur la lutte contre la désertification, l’absence d’accès direct aux financements constitue donc un frein majeur à l'efficacité des politiques climatiques. « Une finance climatique qui n’atteint pas les territoires qui agissent est une finance climatique qui n’atteint pas sa cible », a-t-il affirmé.

Au-delà de la responsabilité des collectivités, Luc Gnacadja interpelle également les institutions internationales et les mécanismes financiers chargés de gérer ces ressources. Selon lui, lorsque les villes peinent à mobiliser des financements pour leurs projets de résilience ou de transition énergétique, cela traduit une faiblesse des dispositifs existants. « Lorsque les villes peinent à accéder aux financements climatiques, ce n’est pas seulement une faiblesse des territoires. C’est aussi une contre-performance des institutions qui gèrent ces financements », estime-t-il.

Cette réflexion intervient à un moment où plusieurs pays de l'Union économique et monétaire ouest-africaine (Uemoa) cherchent à accélérer leur transition énergétique tout en répondant aux besoins croissants de populations urbaines en forte expansion. Au Bénin notamment, les enjeux sont particulièrement visibles. Entre les défis liés à l’assainissement urbain, la vulnérabilité des zones côtières face à l'érosion marine, les risques d’inondation dans les grandes agglomérations et la nécessité de développer des infrastructures énergétiques plus durables, les collectivités locales apparaissent comme des acteurs incontournables de la transition écologique.

Pour Luc Gnacadja, la question fondamentale n’est donc plus celle des montants annoncés lors des sommets internationaux. « La vraie question est de savoir combien parviennent effectivement jusqu'aux territoires capables de les transformer en résultats visibles, mesurables et durables », a-t-il insisté. Ainsi, pour l’ancien ministre de l’Habitat et de l’Urbanisme, la bataille climatique se gagnera avant tout dans les territoires. Derrière les mécanismes financiers, les conférences internationales et les engagements des États, ce sont les villes, les quartiers et les communautés locales qui constituent le véritable laboratoire de la transition énergétique. « La transition énergétique ne se gagnera pas principalement dans les rapports financiers ou les salles de négociation. Elle se gagnera dans les villes, les quartiers et les bâtiments où vivent les populations », a-t-il rappelé.

A Lomé, ce plaidoyer en faveur d’une territorialisation de la finance climatique a trouvé un écho particulier. Car au-delà des montants mobilisés, c’est désormais la capacité des financements à produire des changements concrets dans la vie des populations qui apparaît comme le véritable indicateur de réussite des politiques climatiques.