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Commerce extérieur: L’industrie amorce une recomposition des exportations

Economie

Le coton, l’or, les fruits et les oléagineux occupent une place importante dans les ventes extérieures du Bénin. Depuis 2024, la montée en puissance des industries de la Zone industrielle de Glo-Djigbé contribue à faire évoluer cette structure vers des produits transformés localement. Une mutation encore confrontée à des contraintes énergétiques et logistiques.

Par   Claude Urbain PLAGBETO, le 03 nov. 2026 à 07h20 Durée 3 min.
#Commerce extérieur

La transformation locale des matières premières constitue l’un des enjeux majeurs du commerce extérieur béninois. Dans sa Note de diagnostic pays datée d’avril 2026, la Banque africaine de développement (Bad) relève que les exportations restent largement dominées par les produits primaires, malgré l’amorce d’une évolution liée à la montée en puissance des industries de la Zone industrielle de Glo-Djigbé (Gdiz).

En 2024, les exportations du Bénin ont atteint 3,7 milliards de dollars, contre 4 milliards en 2023. Le coton en représentait 36%, suivi de l’or (24 %), des fruits et noix (11%), des oléagineux (10%) et des produits pétroliers (3 %). Cette composition montre le poids persistant des matières premières dans les ventes extérieures, alors que le pays cherche à développer des activités industrielles capables de mieux valoriser sa production nationale.

Le poids du commerce régional

Les échanges avec les autres pays africains occupent une place importante dans le commerce extérieur béninois. Selon la Bad, le commerce intra-africain représentait jusqu’à 55 % des flux commerciaux en 2023, avec le Nigeria comme principal partenaire.

Du côté des importations, l’Afrique représentait environ 37 % des approvisionnements du Bénin, principalement en provenance du Nigeria et de l’Uemoa. L’Asie en fournissait 36,1 %, notamment à travers la Chine et l’Inde, tandis que l’Europe comptait pour 22,2%. Ces échanges portaient principalement sur les produits alimentaires, les équipements et les produits énergétiques.

Cette répartition met en évidence l’importance des débouchés régionaux, mais aussi certaines vulnérabilités. La Bad relève notamment la forte dépendance du commerce de réexportation vis-à-vis du Nigeria. Un durcissement des politiques économiques ou commerciales de ce partenaire pourrait ainsi affecter une partie des activités commerciales béninoises.

La diversification des débouchés et l’amélioration de la compétitivité des produits nationaux apparaissent dès lors comme des enjeux importants. Elles supposent notamment de renforcer les capacités de production et de transformation afin de réduire la dépendance aux activités de réexportation.

La Gdiz, moteur de la transformation industrielle

La Zone industrielle de Glo-Djigbé occupe une place centrale dans cette orientation. Conçue pour accueillir des unités industrielles et favoriser la transformation des matières premières, elle contribue à l’émergence de nouvelles activités dans les filières du textile, du soja et de la noix de cajou.

La Bad relève que depuis 2024, la montée en gamme des industries installées dans cette zone accélère la recomposition des exportations vers des produits transformés localement. Cette évolution vise à accroître la valeur ajoutée créée sur le territoire national, tout en développant les chaînes de valeur agricoles et industrielles.

La dynamique de la zone se traduit également par l’installation progressive d’investisseurs. En 2024, la première phase de la Gdiz comptait 31 investisseurs agréés et 7 914 emplois directs créés.

Cette évolution intervient dans un contexte de progression de l’activité industrielle. Le secteur secondaire béninois a enregistré une croissance de 10 % en 2024, après 7,3 % en 2023. Les industries manufacturières ont progressé de 8,1 %, tandis que la construction affichait une hausse de 12,4 %.

Ces performances témoignent du dynamisme du secteur secondaire. Elles illustrent un environnement économique dans lequel la transformation industrielle prend une place croissante.

La mutation reste toutefois progressive. Le coton demeure largement exporté sous une forme semi-brute, souligne la Bad. La progression des activités industrielles ne signifie donc pas que les exportations de matières premières ont perdu leur prédominance.

Des contraintes qui pèsent sur la compétitivité

La transformation locale ne dépend pas uniquement de l’installation d’unités industrielles. La Bad relève plusieurs obstacles qui limitent encore le potentiel commercial du Bénin. Parmi eux figurent les insuffisances des infrastructures routières et ferroviaires, les coûts élevés du transport et de la logistique, les difficultés d’accès à une énergie fiable et compétitive ainsi que la persistance de barrières non tarifaires.

Ces contraintes peuvent renchérir l’acheminement des matières premières, augmenter les coûts de fabrication et compliquer l’accès des entreprises aux marchés régionaux et internationaux.

Le rapport préconise de poursuivre les investissements dans les infrastructures de transport, l’énergie et la logistique, en privilégiant un système multimodal performant et interconnecté. Il souligne également l’intérêt de développer des zones de transformation transfrontalières afin de consolider les chaînes de valeur régionales.

La ratification de l’accord instituant la Zone de libre-échange continentale africaine (Zlecaf) constitue un autre enjeu. Le Bénin ne l’avait pas encore ratifié à la date du diagnostic. Sa pleine participation à ce marché continental pourrait favoriser l’accès aux débouchés africains, le traitement préférentiel des produits issus des zones économiques spéciales et le développement des échanges formels.

La Bad indique ainsi que la montée en gamme des industries de la Gdiz n’a pas encore modifié la prédominance des produits primaires dans les exportations, et recommande de poursuivre les investissements dans le transport, l’énergie et la logistique.