La Nation Bénin...

L’Avi-Zinli : un héritage rituel majeur des funérailles en milieu fon

Culture

Vous avez sans doute déjà entendu parler de l’Avi-Zinli au Bénin. Il s’agit d’un rythme funéraire traditionnel, adressé au défunt par les membres de sa famille et profondément ancré dans la culture fon.

Par   Christelle DJOMAMOU (coll.), le 20 oct. 2026 à 21h15 Durée 2 min.
#Avi-Zinli

L’Avi-Zinli a pour objectif de manifester aux défunts l’affection et l’estime que leur portent les vivants, tout en traduisant le vide que laisse leur disparition. Il sert également à informer officiellement les concessions voisines, voire l’ensemble du village, qu’un décès est survenu dans la famille, à marquer le début des cérémonies mortuaires et à permettre aux membres de la famille éprouvée d’exprimer leur douleur.

Il convient de préciser que l’Avi-Zinli est généralement le premier rythme exécuté après le décès d’une personne d’ethnie fon ou mahi.

« Avi-Zinli est un rythme lié aux cérémonies d’inhumation. Par le passé, il ne s’agissait pas de zinli. C’est le roi Glèlè qui l’a interprété lors des obsèques de son père, en y ajoutant le zinli afin de rompre avec la routine et d’en rehausser l’éclat. C’est ainsi que le rythme a été transformé », affirme Boconon Baba Aligbonon, prêtre du Fâ originaire d’Abomey. D’après lui, cette pratique cérémonielle existait auparavant sans l’accompagnement du zinli.

L’introduction de ce dernier remonte à l’époque du roi Glèlè, d’où l’appellation Djegbé-Zinli, en référence à la localité où résidait le souverain à Abomey.

Particularités

L’Avi-Zinli se joue de préférence en journée. Dans chaque collectivité, des personnes compétentes sont désignées pour l’interpréter. « Avi-Zinli est une cérémonie au cours de laquelle, lorsque le tambour retentit, les endeuillés pleurent pendant un moment. Ensuite, ils essuient leurs larmes et se mettent à danser. Ainsi, l’Avi-Zinli constitue aussi un moyen d’apporter un certain réconfort aux personnes éprouvées. C’est une cérémonie majeure qui accompagne les funérailles et tous les endeuillés se mêlent à la foule afin d’atténuer, autant que possible, leur chagrin. Ce rythme est joué par les donougan de chaque collectivité. Il s’agit d’un héritage collectif et non familial », renchérit le sage d’Abomey.

Il faut le dire, le donougan est celui qui s’occupe des rites cérémoniels des défunts au sein de chaque collectivité en milieu fon.

L’organisation de l’Avi-Zinli obéit à un ordre précis. Les femmes prennent place sur des nattes d’un côté, tandis que les hommes s’installent sur des chaises de l’autre. Les enfants du défunt occupent le premier rang, suivis des cousins considérés au même niveau qu’eux. Les oncles et tantes sont placés à l’arrière du regroupement. Toutefois, les parents directs du défunt, notamment son père et sa mère, n’y participent pas.

L’adage fon « Vi wê non di tô kpo non kpo » illustre cette conception. Littéralement, cette expression signifie qu’il revient à l’enfant d’enterrer son père et sa mère, et non l’inverse.

Dès que le tam-tam résonne, chacun est invité à pleurer le défunt, comme l’exprime si bien l’expression « Avi-Zinli », que l’on peut traduire par « le zinli des pleurs ». Le zinli, en effet, est une danse d’origine royale. Ce rythme est exécuté afin de permettre aux personnes éplorées d’exprimer pleinement leur douleur.

Au cours de la cérémonie, les familles alliées, les amis et même de simples passants ayant connu le défunt peuvent se joindre au rassemblement. L’Avi-Zinli peut durer entre une heure trente et deux heures. Cependant, à Abomey, cette cérémonie peut s’étendre à quatre heures lorsqu’il s’agit d’un défunt de rang royal.

Après le retentissement du tam-tam, l’annonce est faite aux anciens défunts de la famille. Le nouveau disparu s’apprête à les rejoindre. À partir de cet instant, le nombre de jours qu’il lui reste pour faire son entrée dans l’au-delà est compté. Après les lamentations, les endeuillés, ainsi que l’ensemble de la foule rassemblée, entament la danse.

Après l’Avi-Zinli, d’autres cérémonies traditionnelles s’enchaînent, notamment l’Assitô-Zinli, un rythme qui accompagne la dot des enfants endeuillés.