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Journée internationale du souvenir de la traite négrière à Ouidah: De la porte du Non-Retour à celle du Retour

Culture
Ouidah transforme la mémoire de la traite négrière en un espace de transmission, de dialogue et de  reconnexion avec les communautés afrodescendantes Ouidah transforme la mémoire de la traite négrière en un espace de transmission, de dialogue et de reconnexion avec les communautés afrodescendantes

La Journée internationale du souvenir de la traite négrière et de son abolition, commémorée ce dimanche 23 août à Ouidah, a réuni autorités béninoises traditionnelles, représentants d’Haïti et communautés afrodescendantes. L’objectif est de se souvenir, de transmettre et de construire de nouvelles passerelles avec les descendants de ceux qui furent déportés.

Par   Isidore GOZO, le 24 août 2026 à 09h38 Durée 3 min.
#traite négrière #ouidah

Face à l’océan Atlantique, sur la plage de Ouidah, les participants ont rendu hommage aux millions d’Africains arrachés à leur terre et déportés durant la traite négrière. Mais au-delà du recueillement, la cérémonie a surtout ouvert une réflexion sur la manière de transformer cette mémoire douloureuse en une dynamique de reconnexion. La conférence inaugurale, placée sous le thème « Traiter l’espace-temps du départ pour comprendre le retour », a été animée par le Dr Sylvestre Edjêkpoto. Il a montré que, bien avant la traite négrière, l’Afrique de l’Ouest constituait un espace dynamique, structuré par les mobilités des populations, les liens de parenté, les échanges commerciaux et culturels ainsi que les relations entre les différents royaumes. La traite négrière a profondément rompu ces équilibres, entraînant une désorganisation des sociétés et une fragmentation progressive des espaces et des liens qui les unissaient. Dans son intervention, le maire de Ouidah, Christian Houetchénou, a rappelé l’importance de maintenir vivante la mémoire de cette période. Pour lui, la commémoration doit être un temps de recueillement, mais également un engagement à empêcher que de telles tragédies se reproduisent. La présence d’Haïti a renforcé la dimension internationale de la commémoration. Dominique Brutus, chargée d’affaires de l’ambassade d’Haïti à Cotonou, a insisté sur la portée de cette journée pour les relations entre l’Afrique, les Caraïbes et les communautés afrodescendantes. Elle a rappelé la nuit du 22 au 23 août 1791, marquée par l’insurrection des esclaves à Saint-Domingue. Ce soulèvement allait ouvrir la voie à la révolution haïtienne et, treize ans plus tard, à l’indépendance d’Haïti. Pour la diplomate, cette histoire constitue un patrimoine commun qui doit continuer à être transmis. C’est dans cette logique que s’inscrit la Semaine internationale du souvenir de la traite négrière et de son abolition (Sisna), initiée avec la participation de l’ambassade d’Haïti au Bénin. L’initiative ambitionne notamment de construire un « corridor de la mémoire » reliant les lieux historiques, les peuples et les générations. Après Allada, où une première étape a été organisée le 14 août autour de la mémoire de la révolution haïtienne, Ouidah représente une nouvelle escale de ce parcours.


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Dimension de l’action

La notion de « porte du Retour » a constitué l’un des fils conducteurs de la cérémonie. Pour Dominique Brutus, retourner vers l’Afrique ne signifie pas oublier les blessures de l’histoire. Il s’agit plutôt de les reconnaître pour permettre l’émergence de nouvelles relations. « Le retour est culturel, spirituel, intellectuel, économique, diplomatique et surtout humain», a-t-elle déclaré. L’ambition est donc de faire de l’Atlantique un espace de rapprochement et de coopération. Artistes, étudiants, chercheurs, entrepreneurs et jeunes pourraient être au cœur de cette dynamique, à travers des échanges culturels, scientifiques et économiques, ainsi que la valorisation des savoirs traditionnels. Pour la ministre des Affaires étrangères et de la Coopération, Corinne Amori Brunet, le devoir de mémoire doit également se traduire par des actes. Elle a notamment mis en avant la remise d’attestations de nationalité béninoise par reconnaissance à des Afrodescendants. Cette démarche est présentée comme une traduction juridique du lien historique entre le Bénin et les descendants des personnes déportées pendant la traite négrière. Elle dépasse, selon la ministre, le cadre d’une formalité administrative pour devenir un acte de reconnaissance et d’accueil. « Le Bénin vous reconnaît, le Bénin vous accueille », a-t-elle lancé à l’endroit des bénéficiaires. La ministre a également plaidé pour une diplomatie davantage tournée vers les peuples et les communautés. La reconnexion avec la diaspora doit, selon elle, favoriser les mobilités, les échanges universitaires et culturels, mais aussi les investissements, le partage de compétences et les initiatives entrepreneuriales. Elle a, par ailleurs, rappelé que le Bénin a coparrainé, le 25 mars 2026, une résolution de l’Assemblée générale des Nations unies portant sur la qualification de la traite des Africains réduits en esclavage et de l’esclavage racialisé des Africains comme le plus grave crime contre l’humanité. La volonté affichée est désormais de donner une dimension concrète à cette dynamique. Des projets de jumelage entre collectivités béninoises et haïtiennes sont envisagés dans les domaines de la mémoire, de la culture, de la jeunesse et du développement. À Ouidah, le souvenir du départ forcé est ainsi appelé à devenir le socle d’une nouvelle relation avec la diaspora. La « porte du Non-Retour », symbole d’une histoire douloureuse, pourrait progressivement laisser place à une autre symbolique : celle d’une porte ouverte sur la reconnexion, la coopération et le retour.

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