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Chronique littéraire: Une plongée dans les rouages de la gouvernance avec Edgar Okiki Zinsou

Culture

Edgar Okiki Zinsou. Le nom peut paraître peu connu. Pourtant, il s’agit bien d’un écrivain béninois, romancier et nouvelliste à la plume pédagogique et engagée. Primé pour chacun de ses ouvrages, il a entamé son aventure littéraire en 1988. Dans sa riche bibliographie, deux ouvrages retiennent particulièrement notre attention : Les Sanglots politiques, édité en 1995, et Le Remaniement, publié onze ans plus tard.

Par   Fortuné SOSSA (Coll.), le 23 juil. 2026 à 09h36 Durée 3 min.
#littérature #Edgar Okiki Zinsou

Alors que Les Sanglots politiques dépeint une époque marxiste-léniniste aux couleurs de la pensée unique, de la gabegie, de la torture et de l’asservissement du peuple, Le Remaniement apparaît davantage comme une caricature de la mal-gouvernance, aggravée malgré l’avènement du Renouveau démocratique que le peuple avait appelé de tous ses vœux. Malgré les espoirs nourris d’un régime à l’autre, tout a toujours sombré dans l’abîme. Le pillage des deniers publics et l’impunité ont constamment régné en toute quiétude, constituant même, prioritairement, des critères de promotion dans l’administration publique. Dans Les Sanglots politiques, à la page 289, on découvre un personnage, très excité et traité de fou, qui s’exclame : « Hier, on entrait en politique comme on entre dans les affaires ; aujourd’hui, c’est pareil. Tout le monde se bouscule au portillon des postes politiques sans même se soucier de la reconstruction nationale et du développement. Même les saints d’hier se mêlent à la cohue et chacun fait assez l’âne pour avoir le plus de foin ».

Comme pour rompre avec ce système, Le Remaniement met en scène l’élection d’un nouveau chef à la tête de l’État. À la page 153, le nouvel élu, nommé Monsieur Bafon, « passait en revue l’histoire tumultueuse de son pays : les luttes pour l’indépendance, l’autonomie, les indépendances, les illusions et les désillusions, les coups d’État, le règne des godillots, le marxisme-léninisme, la fuite des cerveaux, l’embrigadement, le musellement et l’enfermement, le temps des slogans, la gabegie, les crises économiques, la faim et la misère, les luttes syndicales, les grèves, les longues marches, la conférence nationale, les grandes décisions, le renouveau démocratique, le nouveau départ, l’espoir… puis la descente aux enfers, le cercle vicieux : gabegie, crise économique, faim, misère, luttes syndicales, grèves, longues marches… vote sanction… »

La publication de ce roman, en 2006, coïncidait avec le début du régime du Changement au Bénin. Le peuple plaçait alors tout son espoir en l’homme qui incarnait ce régime. Mais la désillusion ne s’est pas fait attendre ! Lorsqu’on fait le bilan des deux quinquennats dont il a bénéficié, on y décèle la gabegie, la crise économique, les luttes syndicales, les grèves, l’impunité… puis, enfin, un vote sanction. Depuis la fin de ce régime, la Rupture s’est installée avec des réformes qui ont mis fin aux « grèves » perlées, aux « longues marches » de protestation, aux « luttes syndicales » sans fin, etc. Le chef de l’État semble ne plus « prêter oreille aux flatteries… et croire aux larmes de crocodile… », comme c’est souvent le cas au moment de former le gouvernement et de procéder aux différentes nominations à des postes politiques.

Je pense d’ailleurs que Romuald Wadagni aurait tout à gagner en faisant siennes les paroles de Monsieur Bafon, à la page 156 de Le Remaniement : « Je ne voudrais pas que des opportunistes ou des pilleurs de l’économie nationale m’endorment par de doux mots pour acheter mon silence et ma conscience. » Il se doit donc d’être « un chef d’État veilleur, qui aura l’œil sur ses collaborateurs, proches ou non, et sur les biens de la Nation », comme il en donne déjà l’impression. Le peuple béninois l’observe et semble lui adresser la même interrogation que dans Le Remaniement : « Nous t’avons élu ! Es-tu capable de redresser ce pays difficile à gérer ? Nous allons voir si tu constitues l’exception qui confirme la règle ! »

Au demeurant, ces deux romans d’Edgar Okiki Zinsou fonctionnent comme une adresse au président de la République afin qu’il ne prête aucune attention aux sanglots politiques. Les acteurs de ces machinations sournoises sont massivement tapis dans les arcanes de la mouvance. Ils se bousculent sur les listes et dans les différents schémas afin d’être positionnés pour assurer la perpétuation de l’éternel recommencement.