La Nation Bénin...
Vers 1835, les Afro-Brésiliens communément appelés Agoudas commencent à faire leur retour au Bénin. Ce retour des descendants issus de la traite négrière installés le long des côtes notamment à Ouidah et à Porto-Novo a profondément influencé les habitudes béninoises et contribué à plusieurs égards à l’évolution de la société locale.
Des patronymes tels que Dorego, Damata, Nascimento, D’Almeida et bien d’autres témoignent de l'heritage des Agoudas dont l’influence s’est exercée aussi bien sur les plans culturel, religieux, thérapeutique qu'économique.
« À leur arrivée au Bénin, les Agoudas ont influencé le mode de vie existant par leur manière de s'habiller. Ce sont eux qui portaient les vestes », explique Sakpo Dègnon Marcellin, guide touristique originaire de Ouidah. Selon ses explications, le bourignan est une danse propre aux Agoudas. La danse capoeira est également associée à cette communauté. « La capoeira était du côté du Brésil une forme de danse déguisée en art martial, qui leur permettait de se défendre durant la colonisation portugaise », précise l’expert.
L’influence des Agoudas s’est également traduite par l’introduction du catholicisme et d’un islam plus ouvert tout en conservant des liens avec les traditions syncrétiques.
On note, par ailleurs, une importante influence architecturale marquée par l’apparition de styles de construction afro-brésiliens. « Ces constructions se retrouvent à Ouidah et à Porto-Novo notamment avec l’ancienne grande mosquée. Elles existent aussi au Portugal et au Brésil puisque c’est le Portugal qui a colonisé le Brésil », atteste le guide touristique.
Grâce au soutien financier des patriarches des grandes familles afro-brésiliennes de nombreux jeunes ont pu poursuivre de brillantes études de médecine en Europe et au Brésil. Ces pionniers ont contribué à l’implantation de la médecine moderne au Bénin en introduisant la pratique clinique et la rationalité biomédicale.
Les Afro-Brésiliens ont ainsi participé à l’essor de la médecine béninoise en servant d’intermédiaires entre la science coloniale et les populations locales.
Les Agoudas n’ont pas seulement apporté les sciences occidentales. Ils ont également introduit un modèle thérapeutique hybride né au Brésil. Il s’agit de cultes syncrétiques thérapeutiques tels que le Candomblé ou le Xangô. Ces pratiques reposent sur une approche holistique de la santé selon laquelle la maladie résulte d’un déséquilibre à la fois spirituel et physique.
Dans la culture agouda, la consultation des tradipraticiens, l’utilisation de la pharmacopée et le recours aux saints catholiques ou aux divinités afro-brésiliennes s’articulent pour constituer un itinéraire thérapeutique complet.
Les Agoudas ont également marqué la transformation radicale de l’environnement physique et domestique.
« Ce sont les Agoudas qui ont introduit les forages et
les pots sanitaires »confirme Sakpo Dègnon Marcellin. L’introduction de nouveaux métiers, tels que la menuiserie-ébénisterie, la maçonnerie a permis la fabrication de meubles surélevés comme les lits et les armoires contribuant ainsi à isoler les corps et les denrées alimentaires du sol et des nuisibles. On note également l’essor des métiers de la pâtisserie et de la boulangerie au Bénin.
L'alimentation fortement influencée
Ils ont par ailleurs popularisé d’importantes cultures venues du Brésil notamment le manioc et ses dérivés comme le gari ainsi que certaines variétés de maïs. Ces aliments sont devenus des éléments essentiels de la sécurité nutritionnelle et énergétique des populations du Sud-Bénin.
« La feijoada, le nougat, les cacahuètes c’est eux qui ont ramené cela », lance l’expert en tourisme.
La gastronomie Créole s’est ainsi progressivement imposée et intégrée aux habitudes culinaires béninoises.