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Biennale Ouidah 2024: Le public découvre deux artistes aux parcours inspirants

Culture
Vanna Karamaounas et Marcel Padey Vanna Karamaounas et Marcel Padey

Ce qui fascine dans la programmation de la « Biennale Ouidah 2024 », c’est autant le profil des artistes qui y défilent que le format des rencontres. A l’occasion des résidences en immersion des artistes organisées par Laboratorio arts contemporains à propos, deux artistes ont partagé, il y a quelques jours à Cotonou, leurs art et expérience. Un moment de communion qui ouvre des perspectives nouvelles pour la promotion des arts d’ici et d’ailleurs.


Par   Josué F. MEHOUENOU, le 02 avr. 2024 à 07h00 Durée 3 min.
#culture

Les parcours de Marcel Padey, musicien, musicologue et fabricant de Batik et Vanna Karamaounas, photographe, éditrice et rédactrice en chef de la revue Art Genève, n’ont rien en commun. Ils viennent de deux mondes différents, travaillent différentes matières. Ce sont deux artistes aux portraits parallèles qui partagent tout de même une forte passion pour les arts. S’il y a un point de jonction entre eux, c’est bien celui-là et c’est sans doute la raison pour laquelle Laboratorio arts contemporains, dans le cadre de la Biennale Ouidah 2024, a sollicité les deux artistes pour animer une conférence publique. 

Vanna Karamaounas a fait de la photographie son vadémécum. Elle totalise 33 ans de travail. Plusieurs villes du monde ne lui sont plus étrangères. Elle y a posé son trépied et ses objectifs à la recherche des plus petits détails. Son art oscille entre le passé et le présent. Autant les vestiges et l’histoire des villes la fascinent, autant elle met le doigt sur des détails qui échappent au regard  commun. Une part de son travail intègre également son passé, ses ascendants, son histoire. Dire qu’elle est une collectionneuse de mémoires, c’est rendre justice à son art qui laisse voyager aussi entre poésie et passion. Ses photos montrent la beauté du temps et de l’espace avec une perte temporelle, une perte d’espaces et une perte de formats. Ce qui fascine également dans son travail, c’est qu’elle laisse parler l’histoire. Vanna ne se donne à aucun déplacement d’objet à l’occasion de ses tournages. L’universalité de son art lui vaut une forte présence dans de nombreux musées et collections à travers le monde. Au bout de cette riche et belle expérience que la providence lui donne de partager par moments aux quatre coins du monde, Vanna se connecte à la terre des amazones qu’elle découvre avec le concours de Laboratorio arts contemporains. Face aux acteurs culturels béninois de tous âges, mardi dernier à Cotonou, elle a dévoilé un pan de son œuvre à travers diverses collections. 

Partage… 

Marcel Padey, musicien, musicologue et fabricant de Batik s’est soumis au même exercice. Très connu du public local, devrait-il encore se présenter ou présenter son travail dont une partie est déjà connue ? En lieu et place, Marcel a choisi de dévoiler un de ses vieux et chers projets toujours en souffrance. On lui doit la transposition des signes du Ifa en notes musicales. Un travail de longue haleine qui lui a valu recherches et investissements mais que les musiciens du pays peinent à s’approprier. Pourtant, relève l’artiste, il y a matière à innovation avec cette transposition qui donne un ensemble de 512 gammes. « On nous a appris à faire la musique avec sept sons mais on a la possibilité d’en faire plus avec les notes géomantiques », souligne-t-il dans sa présentation. C’est une autre façon de faire de la musique qui s’offre avec cette innovation. Son souhait, c’est qu’enfin les musiciens du Bénin, d’Afrique et du monde entier exploitent cette invention pour faire évoluer les notes musicales. Il en appelle aussi au soutien de l’Etat pour l’aider à porter à éclosion ce projet. L’âge avançant, Marcel Padey souhaite qu’on lui porte un coup de main afin que son coup de génie ne s’éteigne sans profiter à la communauté. 

Pour l’heure, heureux est-il  de partager une autre de ses passions, le Ifa et le Batik, à l’occasion des résidences en immersion qu’offre Laboratorio. Il va ainsi à la rencontre de Vanna. Le travail ensemble plaît bien aux deux artistes qui révèlent à l’occasion, combien ils sont heureux de se découvrir mutuellement.  

William Codjo, directeur de l’Agence de développement des arts et de la culture (Adac), également membre du comité scientifique de la Biennale, se réjouit du parcours de ces deux artistes. Il a trouvé ingénieux l’apport de Marcel Padey à l’évolution de la musique et a souhaité que son invention serve à faire évoluer la musique. Cette conférence publique ainsi que les résidences en immersion sont à l’actif de Laboratorio dont la directrice exécutive Noëllie Houngnihin rappelait une fois de plus, la philosophie, l’ambition et l’objectif à la base d’un tel projet.