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La Cour d’appel de Cotonou a effectué sa rentrée judiciaire, vendredi 9 octobre dernier. Placée sous le thème de l’humanisation de l’office du juge, cette audience solennelle a permis à Alexis Metahou, premier président de la Cour, de présenter le bilan de l’année écoulée et d’exposer les défis de la nouvelle année judiciaire. Le garde des Sceaux, Yvon Détchénou, a insisté sur la nécessité de réduire les délais de traitement des dossiers et de mieux prendre en compte les attentes des justiciables.
« L’humain dans l’office du juge : gage d’une justice sociale et de paix ». C’est autour de ce thème que s’est ouverte la rentrée judiciaire 2026-2027 de la Cour d’appel de Cotonou.
Devant les acteurs de la famille judiciaire et plusieurs personnalités institutionnelles, son premier président, Alexis Metahou, a souligné l’importance de placer la personne humaine au centre de la mission du juge. Il a défendu en effet une conception de la justice qui dépasse le strict formalisme juridique. Pour lui, le juge ne peut considérer les personnes qui comparaissent devant lui comme de simples numéros de dossiers. Elles sont souvent fragilisées par les conflits qu’elles traversent et attendent de la justice une réponse qui tienne compte de leur situation. « Le juge doit faire preuve d’une écoute active, d’empathie et d’humanité pour déceler derrière le conflit technique, le drame social ou intime qui s’y joue », a-t-il souligné.
Le thème retenu pour cette rentrée invite ainsi les magistrats à concilier rigueur juridique, respect des droits fondamentaux et attention portée aux réalités humaines. Cette approche, a précisé le premier président, ne signifie pas renoncer à la sécurité juridique ni céder à l’arbitraire. Elle suppose plutôt de rendre des décisions conformes au droit tout en recherchant l’équité et la préservation de la paix sociale.
Cette exigence prend une dimension particulière à l’heure de la transformation numérique de la justice. Évoquant les algorithmes prédictifs et l’intelligence artificielle, Alexis Metahou a rappelé que les outils technologiques ne sauraient se substituer au discernement du magistrat. « La machine calcule, tandis que seul l’humain juge », a-t-il affirmé.
Le premier président a également évoqué les efforts de modernisation engagés dans les juridictions de son ressort, notamment le dispositif de guichet destiné à accueillir et à renseigner les justiciables, ainsi que le déploiement de la plateforme présentée comme un outil devant contribuer à accélérer le traitement des dossiers et à réduire certaines contraintes liées aux déplacements.
Cette rentrée a aussi été l’occasion de faire le point sur l’activité des juridictions relevant de la Cour d’appel de Cotonou. Selon les chiffres présentés par Alexis Metahou, les six tribunaux de première instance du ressort ont traité 45133 affaires au cours de l’année judiciaire écoulée, contre 35413 lors de l’exercice précédent, soit une hausse de 27,45 %.
Malgré les efforts consentis par les magistrats et les autres personnels judiciaires, ces résultats demeurent insuffisants au regard des attentes des citoyens. Alexis Metahou a donc invité les acteurs judiciaires à limiter les renvois d’audience et à mieux organiser l’examen des dossiers afin d’accélérer le règlement des litiges.
Le temps judiciaire, une exigence pour les citoyens
Le garde des Sceaux, Yvon Détchénou, a insisté sur la nécessité de traduire les principes de l’humanisation en changements concrets dans le fonctionnement des juridictions. Il a notamment attiré l’attention sur les affaires qui restent longtemps pendantes. Pour lui, le respect de la personne humaine passe aussi par la maîtrise des délais judiciaires. « Juger l’humain, c’est aujourd’hui faire en sorte que, dans la considération des dossiers, on considère également le temps qui est une variable, qui est une nécessité pour ’humain », a déclaré le ministre.
Yvon Détchénou a également mis l’accent sur la fiabilité des informations utilisées tout au long de la procédure. Des erreurs dans l’identité d’une personne ou dans la désignation d’un bien foncier peuvent compliquer, voire empêcher, l’exécution d’une décision. La modernisation doit donc permettre de sécuriser les données, de faciliter leur exploitation et de rendre les décisions judiciaires effectivement applicables.
Le ministre a annoncé la poursuite des travaux sur la gestion du temps judiciaire et la définition d’objectifs de performance avec les responsables des juridictions et les partenaires de la justice. Une charte d’accueil dans les juridictions est également en cours d’élaboration afin d’améliorer les conditions de prise en charge des usagers.
À l’ouverture de cette nouvelle année judiciaire, les deux responsables convergent vers une même exigence qui est de rapprocher la justice des citoyens, réduire les lenteurs et préserver la dignité humaine dans chaque procédure. Pour Alexis Metahou comme pour Yvon Détchénou, la modernisation de l’institution ne prendra pleinement son sens que si elle améliore concrètement l’expérience du justiciable et renforce la confiance dans la justice.
Les acteurs judiciaires pour une justice vecteur de paix