La Nation Bénin...
Après trois jours de travaux, le rideau est tombé hier, mercredi 21 octobre, à Grand-Popo, sur le séminaire de formation de la Haac au profit des promoteurs et patrons de presse, intitulé « Nouvelle économie des médias à l’heure du numérique ». La cérémonie de clôture des travaux a été présidée par le vice-président de la Haac, Me Mohamed Baré, en présence du secrétaire général de l’institution, François Awoudo.
Durant les trois jours de travaux, les promoteurs et patrons de presse, venus essentiellement du Conseil national du patronat de la presse et de l’audiovisuel du Bénin (Cnpa-Bénin) et de l’Union des professionnels des médias du Bénin (Upmb), ainsi que d’autres acteurs des médias, ont réfléchi sur la « nouvelle économie des médias à l’heure du numérique ». Un thème d’actualité qui touche au cœur même de la survie des entreprises de presse béninoises. En effet, durant des décennies, le modèle était connu. Il s’agissait de vendre du papier ou de l’audience et de vivre de la publicité. Ce modèle est malheureusement aujourd’hui ébranlé. Le public s’informe d’abord sur son téléphone et à travers les réseaux sociaux. Conséquence, les recettes publicitaires migrent vers les géants du numérique, qui captent, telle une manne, la valeur sans supporter le coût de la production de l’information. C’est déjà l’impasse au cœur des médias traditionnels, de plus en plus en détresse.
Impact du numérique sur l’économie des médias
À l’occasion de cette rencontre, le directeur de séminaire et secrétaire général de la Haac, François Awoudo, a insisté sur le choix de ce thème, qui n’est donc pas fortuit. Car le numérique a profondément transformé la manière dont l’information est produite, diffusée et consommée. Il a bouleversé les modèles économiques traditionnels, redistribué les sources de revenus et fait émerger de nouveaux acteurs. Face à cette situation, parler aujourd’hui d’entreprise de presse, c’est nécessairement s’intéresser à l’impact du numérique sur l’économie des médias. À travers ce séminaire, la Haute autorité de l’audiovisuel et de la communication (Haac) a voulu réaffirmer une conviction ferme : il n’y a pas de journaliste sans entreprise de presse et il n’existe pas d’entreprise de presse sans professionnels des médias. Deux réalités indissociables. La qualité de l’information dépend de la viabilité des entreprises qui la portent, et la viabilité de ces entreprises repose sur la compétence et le professionnalisme de celles et ceux qui les font vivre. François Awoudo précise que la Haac ne saurait rester indifférente à cette dialectique. C’est pourquoi, dit-il, ce séminaire a été organisé. Il s’est inscrit dans le cadre d’une série de formations destinées aux promoteurs et managers des entreprises de presse, afin de les outiller face aux défis de gestion, de rentabilité et d’innovation qu’impose l’environnement numérique.
Abondant dans le même sens, le vice-président de la Haac, Me Mohamed Baré, a fait le constat suivant : la concurrence s’est démultipliée. Chaque page peut se dire média et la rumeur circule plus vite que le fait vérifié. Les ventes reculent, les coûts de production augmentent et la précarité menace les rédactions. Toutefois, reconnaît Me Mohamed Baré, le numérique offre aussi des leviers inédits que sont les abonnements, le paiement mobile, la publicité ciblée, la monétisation des vidéos et des podcasts, l’événementiel et la mutualisation des moyens. Et ces opportunités ne profitent qu’à ceux qui s’y préparent avec méthode et rigueur de gestion.
Diversification des revenus
C’est pour accompagner les entreprises de presse dans cette mutation, aussi vitale que délicate, que la Haac a mis en œuvre cette rencontre. Pendant trois jours, il s’est agi, entre autres, de comprendre les nouveaux modèles économiques des médias, de maîtriser les outils de gestion et de diversification des revenus, de tirer parti des plateformes numériques sans sacrifier la qualité ni l’éthique, et de renforcer la gouvernance et la viabilité des entreprises, y compris les obligations envers les journalistes. C’est dire que la Haac n’est pas seulement la gardienne des règles ; elle est aussi un partenaire du développement des médias. Une presse économiquement fragile est une presse vulnérable aux pressions et aux dérives. Une entreprise viable garantit mieux l’indépendance éditoriale et le respect de la déontologie.
C’est pourquoi, rassure le vice-président, la Haac poursuivra ses efforts pour une application rigoureuse du Code de l’information et de la communication ainsi que du Code du numérique, en faveur du maintien de la formation continue et du dialogue permanent avec les professionnels. Me Mohamed Baré est convaincu que cette rencontre de trois jours n’aura de sens que si elle se traduit, dans les entreprises, par des décisions concrètes. L’avenir de la presse ne se subit pas : il se construit, avec audace, innovation et responsabilité.
Au cours des travaux, les participants présents à Grand-Popo ont, entre autres, évalué les mutations de l’écosystème médiatique et les nouveaux enjeux économiques. Il a notamment été question de bien comprendre les transformations profondes de l’économie des médias sous l’effet du numérique et leurs implications sur la viabilité des entreprises médiatiques. Il en est de même pour les nouveaux modèles économiques des médias numériques. Les participants ont également été invités à découvrir les principales sources de revenus émergentes et les stratégies de monétisation adaptées à l’environnement numérique.
Les travaux ont pris fin avec des actions identifiées pour accompagner les participants dans la conception d’un modèle économique viable et d’un plan de transformation pour les médias.
Parmi les recommandations retenues, on peut noter la nécessité de mener des actions urgentes et salvatrices à l’endroit des médias. Ainsi, la Haac s’engage à prendre acte des propositions issues des travaux de ce séminaire et se dit disposée à accompagner les médias dans cette transition délicate, condition de leur survie.
La Haac forme les promoteurs et patrons de presse aux nouveaux modèles économiques des médias à l’ère du numérique