La Nation Bénin...
Vainqueur de l’épreuve Elite Duplicate, le scrabbleur international béninois Nicanor Covi est monté sur la plus haute marche du podium à l’issue des 26es Championnats nationaux de scrabble, disputés du 23 au 26 février dernier à Godomey. Dans cet entretien, le nouveau champion du Bénin revient sur un sacre chargé d’émotion, analyse les clés de sa victoire et livre son regard sur l’évolution du scrabble béninois.
La Nation : Vous êtes venu aux Championnats nationaux de scrabble (Cns) 2026 sans grandes ambitions, mais vous remportez finalement l’Elite Duplicate, l’épreuve la plus exigeante du scrabble. Qu’est-ce qui a pu tourner en votre faveur ?
Nicanor Covi : Disons simplement que c’était mon année. L’année 2026 est la mienne. Ce titre-là me manquait. J’ai déjà remporté le Classique et le Défi national. Il me restait l’Elite et le Blitz. Le Blitz, ce sera peut-être pour l’année prochaine, mais cette année, l’Elite, je l’ai enfin obtenue. Cette victoire, je la dédie à mon père, celui qui m’a appris à jouer au scrabble et que j’ai enterré cette année.
En clair, un profond sentiment de satisfaction vous anime en ce moment
De la satisfaction, bien sûr. Même si, au fond, je disais ne rien attendre de particulier de ce championnat. Mais tout le monde sait que je suis capable d’aller chercher des titres. Je suis en deuil et, dans ce contexte, croyez-moi, pour évacuer la tristesse, j’ai énormément joué. Je pense que c’est peut-être la période où je me suis le plus entraîné. Il y a donc de la joie, une immense satisfaction d’y être enfin arrivé, car je poursuis le rêve d’être champion du Bénin en Duplicate depuis quinze ans. Depuis 2009, quand je suis arrivé aux Intrépides et que j’ai découvert le scrabble de haut niveau. A l’époque, je me suis dit, et je l’ai dit aux autres, qu’un jour, je serais champion du Bénin de scrabble Duplicate. Le Classique s’est fait, le Duplicate aussi désormais.
Quand on observe le résultat général, on constate que tout s’est joué sur des détails : 97,01 % pour vous contre 96,84 % pour votre dauphin, Gevron Tchiakpè, qui nourrit beaucoup de regrets. A quel moment s’est produit le déclic?
Tout s’est joué sur un seul coup. Un coup décisif « Rafalat», 42 points. Je pense qu’il (Gevron Tchiakpè) est resté bloqué là-dessus et a voulu commencer par le haut. La grille l’a piégé. C’est là que la parfaite connaissance de la grille entre en jeu, et je pense aussi que le stress a joué un rôle. Quand on évolue aux premières tables lors de la dernière partie, surtout à la table numéro un, on ressent la pression de tous les autres concurrents, notamment ceux qui suivent immédiatement. Je crois qu’il a craqué à ce moment-là, et cela lui a été fatal. Heureusement pour moi, j’ai mieux géré la pression. C’est aussi cela, la chance du champion.
Une prouesse ! D’autant plus que vous devancez Julien Affaton, un grand nom du scrabble national…
Mais n’est-il pas temps que les anciens voient derrière eux une jeunesse capable de les challenger, voire de prendre la relève ? L’année 2026 est celle de la jeunesse. Vous l’avez constaté également en Classique. Les jeunes que l’on disait prometteurs depuis des années arrivent aujourd’hui à maturité et sont capables d’aller chercher des titres. Pour ma part, je représente une génération intermédiaire. Il était temps que je commence aussi à gagner en Duplicate, afin que l’on cesse de dire que ce sont toujours les mêmes qui s’imposent. Hier, les mêmes gagnaient. Aujourd’hui, ce n’est plus possible. Il y a de la relève, et le niveau de concurrence est devenu très élevé. Nous nous challengeons énormément entre nous.
Quels grands enseignements tirez-vous de ces Championnats nationaux ?
D’abord, un niveau de compétition très relevé, il faut le reconnaître. J’ai vu de nombreux joueurs faire preuve d’une grande constance, et d’autres, que l’on attendait au plus haut niveau depuis longtemps, se révéler enfin dans leur meilleure forme. J’ai également constaté que nous sommes dans une période de transition. Les anciens, gavés de titres, s’essoufflent quelque peu, peut-être par une perte d’appétit, ou simplement face à l’appétit vorace des jeunes qui arrivent. C’est cela que je retiens principalement de ces championnats, une transition entre l’ancienne et la nouvelle génération.
Le scrabbleur international béninois Nicanor Covi réalise enfin son rêve en Elite Duplicate