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Femmes amazones: À Cotonou, une femme au volant d’un taxi*

Société
Ce qui m’a inspirée, c’est d’abord le fait que c’est un métier accessible Ce qui m’a inspirée, c’est d’abord le fait que c’est un métier accessible

Un taxi commandé via une application de transport arrive à destination. À la surprise du client, une femme est au volant. Comment a-t-elle choisi ce métier, après vingt années passées dans une société d’État ? Comment les clients réagissent-ils lorsqu’ils découvrent qu’ils ont affaire à une conductrice ? Entre reconversion professionnelle, autonomie financière et responsabilités familiales, Mme Adeyemi Merye Clarisse Houessou raconte son parcours et les réalités de son métier de conductrice de taxi à Cotonou.


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Par   Karimath Foumilayo Lawani (coll.), le 31 août 2026 à 08h59 Durée 4 min.
#Ce qui m’a inspirée, c’est d’abord le fait que c’est un métier accessible

La Nation : Qu’est-ce qui vous a inspirée à devenir conductrice de taxi à Cotonou ?


Adeyemi Merye Clarisse Houessou : Ce qui m’a inspirée, c’est d’abord le fait que c’est un métier accessible, qui permet de gagner rapidement sa vie tout en offrant une certaine liberté. Pour moi, c’est aussi une manière de me battre et de subvenir dignement à mes besoins.

Aviez-vous exercé un autre métier avant de devenir conductrice de taxi ?


Oui. J’ai travaillé pendant vingt ans dans une société d’État de la place. Mais j’ai finalement été victime d’un licenciement économique.


Est-ce donc ce licenciement qui vous a poussée à devenir conductrice de taxi ?


C’est cela. Mais avant de me lancer dans la conduite, j’ai également suivi une formation de trois mois dans une boulangerie de la place, au terme de laquelle j’ai obtenu un diplôme de boulangère.



Qu’est-ce qui vous pousse à continuer malgré les difficultés liées à ce métier ?
D’après les conseils de mes aînés, pour réussir dans le métier de conducteur de taxi, il faut respecter quatre principes : la discipline, l’épargne, le bon relationnel et la persévérance. Lorsqu’on s’y tient, on peut facilement s’en sortir.
C’est un métier qui donne une chance. Une chance de gagner sa vie, de construire son avenir et surtout de décider pour soi-même.


Comment les clients réagissent-ils lorsqu’ils découvrent une femme au volant ?
C’est vrai que le métier de conducteur de taxi demande du courage. Alors, lorsqu’une femme est au volant, cela attire forcément l’attention.
Je dirais qu’environ 60 % des réactions sont positives. Les clients apprécient notamment la sécurité, la prudence, la propreté du véhicule et la qualité de l’accueil.
Certains sont surpris et me posent des questions. Ils veulent savoir si je m’en sors, ou encore s’il n’existe pas d’autres métiers que je pourrais exercer. Mais, dans l’ensemble, les réactions négatives restent minoritaires. Je les estime à environ 10 %.


Pensez-vous que les femmes disposent des mêmes opportunités que les hommes dans ce métier ?
Sur l’axe Cotonou-Calavi, si l’on prend cent chauffeurs de taxi, il y a peut-être seulement trois à cinq femmes. La concurrence entre les femmes est donc très faible.
En termes de volume, les femmes ont moins d’opportunités que les hommes. En revanche, lorsqu’une femme entre dans ce métier, elle bénéficie d’une certaine visibilité.
Une femme sérieuse, ponctuelle, propre et professionnelle peut rapidement se constituer une clientèle fidèle, voire une clientèle haut de gamme. Les entreprises, les ONG et les ambassades, par exemple, apprécient souvent d’avoir une conductrice attitrée.
Les hommes disposent donc de davantage d’opportunités en quantité, tandis que les femmes peuvent accéder à des opportunités plus ciblées, plus qualitatives et avec moins de concurrence. 


Votre parcours inspire-t-il d’autres femmes à se lancer dans ce métier ?
Oui, mais je le fais de manière diplomatique. Je montre simplement qu’une femme peut être indépendante, payer les frais de scolarité de ses enfants et subvenir aux besoins de sa famille sans forcément attendre un mari ou un patron.
Au début, on vous regarde parfois d’un air étonné. Certains doutent de vous, d’autres essaient de marchander. Mais c’est justement en continuant malgré ces difficultés que l’on inspire le plus.
Certaines femmes me disent : « Moi, j’ai peur des critiques, mais toi, tu continues. Cela me donne du courage. »



Vous avez également évoqué votre diplôme en boulangerie. Que faites-vous aujourd’hui de cette compétence ?
Je continue à exploiter cette compétence en parallèle de mon activité de conductrice. Dans mon planning, je réserve notamment une journée, souvent le week-end, pour produire du pain sucré et salé.
Je tiens compte de la demande avant de déterminer ma production. Je fais essentiellement du porte-à-porte afin de savoir quelle quantité produire. Cela me permet d’éviter le gaspillage, mais aussi de limiter les dépenses en énergie électrique et de préserver mes efforts physiques et moraux.


Quel message souhaitez-vous adresser en guise de mot de fin ?
Je suis mère de trois enfants à ma charge. J’ai donc de nombreuses raisons de me battre pour leur avenir et leur bien-être.
Je veux leur donner le meilleur de moi-même et leur montrer, à travers mon parcours, qu’il est possible de se relever après une difficulté, de travailler dignement et de se battre pour construire son avenir.