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Le rapport « L’Afrique face à la désinformation », publié en avril 2026 par Paradigm Initiative, dresse un état des lieux préoccupant de l’intégrité de l’information au Bénin. Réalisée par Dr Wenceslas Mahoussi, maître-assistant des Universités du Cames en sciences de l'information et de la communication, l’étude montre comment les crises politique et sécuritaire alimentent la circulation de fausses informations, accentuent la méfiance envers les institutions et fragilisent la cohésion sociale. Elle met également en lumière les limites des réponses actuelles et formule plusieurs recommandations.
Au Bénin, la désinformation apparaît désormais comme un défi majeur pour la démocratie et la cohésion sociale. C’est l’un des principaux constats du rapport « L’Afrique face à la désinformation ». Le document fait la cartographie du désordre de l’information au Bénin en analysant les dynamiques, les impacts, les acteurs et les réponses stratégiques. A travers sa contribution, Dr Wenceslas Mahoussi, maître-assistant des Universités du Cames en sciences de l'information et de la communication, met en évidence l’ampleur d’un phénomène qui prospère particulièrement dans les périodes de tensions politiques et sécuritaires.
L’étude confirme que les moments de crise constituent un terreau fertile pour la propagation de contenus faux, trompeurs ou manipulés. L’auteur a observé qu’entre janvier et juillet 2025, plusieurs événements ont alimenté des vagues de désinformations. Parmi eux figurent la tentative de coup d’État contre le président Patrice Talon, les rumeurs autour d’une prétendue opération militaire secrète à Tourou, dans la ville de Parakou, contre l’Alliance des États du Sahel (Aes), ainsi que de fausses déclarations attribuées à des personnalités politiques.
Le rapport relève notamment que des comptes très actifs sur les réseaux sociaux ont relayé des allégations non fondées concernant un prétendu renversement du pouvoir et une collaboration entre des militaires béninois et l’Aes. Diffusés sous forme de vidéos et de publications sur Facebook, TikTok ou YouTube, ces contenus ont connu une large circulation malgré l’absence de preuves crédibles.
L’auteur du rapport souligne que ces récits reposent essentiellement sur l’exploitation des émotions. En effet, peur, colère, indignation et méfiance sont utilisées pour susciter des réactions immédiates et favoriser la viralité des contenus. Les thématiques politiques, sécuritaires, identitaires et religieuses apparaissent comme les plus propices à ce type de manipulation.
La recherche montre également que les récits de désinformation liés aux élections occupent une place importante dans l’espace public. Ils prennent souvent la forme d’attaques personnelles contre des adversaires politiques, de propagande ou encore de commentaires à caractère communautaire et ethnique susceptibles d’alimenter la haine. D’autres contenus cherchent à délégitimer les institutions démocratiques à travers des accusations infondées de fraude électorale ou des attaques répétées contre la Commission électorale nationale autonome, la Cour constitutionnelle ou la Cour suprême.
À ces discours politiques s’ajoutent des récits économiques alarmistes annonçant des pénuries, des hausses de prix ou un effondrement imminent de l’économie. D’autres diffusent de fausses promesses d’aides publiques ou de subventions. Selon le chercheur, ces contenus détournent l’attention des citoyens des véritables enjeux de développement et compliquent l’analyse rationnelle de l’actualité.
Dans le domaine sécuritaire, le nord du Bénin est particulièrement exposé aux rumeurs liées au terrorisme. Le rapport fait état de fausses alertes, d’exagérations ou d’inventions d’événements violents qui alimentent la peur et la confusion au sein des populations. Ces informations erronées peuvent affecter aussi bien les habitants que les autorités locales, les forces de sécurité et les acteurs économiques.
Différentes catégories d'auteurs
L’étude identifie plusieurs catégories d’acteurs impliqués dans la circulation de la désinformation. Aux côtés des producteurs intentionnels, tels que certains acteurs politiques, influenceurs ou cyberactivistes, de nombreux citoyens ordinaires deviennent des relais involontaires en partageant des contenus non vérifiés. Face à eux, les journalistes, vérificateurs de faits, organisations de la société civile et autorités de régulation peinent à disposer des ressources nécessaires pour répondre efficacement à l’ampleur du phénomène.
Les conséquences sont visibles. Le rapport évoque une montée de la méfiance envers les institutions publiques, une polarisation accrue de la société et une dégradation de la qualité du débat démocratique. Les jeunes, les femmes et les populations rurales apparaissent parmi les groupes les plus vulnérables.
La situation des femmes retient particulièrement l’attention de l’auteur. L’analphabétisme des populations est une réalité qui expose davantage les citoyens aux rumeurs liées notamment à la santé reproductive ou aux violences basées sur le genre. Les femmes engagées en politique ou occupant des postes de responsabilité sont aussi fréquemment ciblées par des contenus sexistes, stigmatisants ou trompeurs.
L’étude souligne par ailleurs que la fracture numérique contribue à aggraver le problème. De nombreuses zones rurales restent insuffisamment connectées. Or, la plupart des campagnes de sensibilisation à l’éducation aux médias sont menées en ligne.
Recommandations
Dans ce contexte, la désinformation apparaît souvent plus accessible que l’information officielle.
Pour inverser la tendance, l'auteur du rapport recommande une révision du Code du numérique afin de mieux lutter contre la désinformation sans porter atteinte à la liberté d’expression. Il plaide également pour davantage de transparence institutionnelle, un renforcement de l’éducation aux médias dans les langues locales, une meilleure couverture de l’électricité et d’internet en milieu rural, ainsi qu’une implication accrue des organisations de la société civile, des leaders communautaires et des plateformes numériques.
Au terme de l’analyse, le rapport conclut que la désinformation au Bénin est devenue un phénomène structurel dont les effets dépassent le simple cadre de l’information. Elle constitue désormais un enjeu démocratique, social et sécuritaire qui exige des réponses coordonnées, inclusives et durables.
Rapport de Paradigm Initiative sur la désinformation en Afrique de l’ouest