La Nation Bénin...
Au terme de trois mois de travaux consacrés aux réformes constitutionnelles en Afrique, l’Institut des artisans de justice et de paix (Iajp) a clôturé, jeudi 19 mars dernier, ses activités du premier trimestre par des cercles de réflexion riches en enseignements. Entre appel à l’inclusion citoyenne et plaidoyer pour une démocratie plus participative, les échanges ont également été marqués par un hommage à Mgr Isidore de Souza, figure majeure de la vie démocratique béninoise.
L’Institut des artisans de justice et de paix (Iajp) a procédé, jeudi 19 mars, à la clôture de ses travaux du premier trimestre de l’année, à son siège. Placées sous le thème « Les réformes constitutionnelles en Afrique : entre efficacité, stabilité et controverse », ces activités ont permis d’ouvrir un cadre d’échanges approfondis sur les enjeux démocratiques du continent. Pour marquer cette clôture, des cercles de réflexion ont été organisés autour de plusieurs universitaires, notamment Monique Kouaro Ouassa, Maxime da Cruz et Maxime Jean-Claude Hounyovi. Répartis en équipes, les participants ont analysé les dynamiques actuelles des révisions constitutionnelles en Afrique, souvent perçues comme des moments de tension entre gouvernants et gouvernés.
La professeure Monique Ouassa Kouaro a dénoncé le caractère parfois excluant de ces processus. « Nous assistons souvent à des processus de révisions élitistes, et c’est ce que condamne le peuple », a-t-elle déclaré, insistant sur la nécessité de mieux intégrer les aspirations populaires dans les réformes à venir. Pour elle, la légitimité des changements constitutionnels repose en grande partie sur leur appropriation par les citoyens.
Dans la même veine, le professeur Maxime Jean-Claude Hounyovi a souligné la diversité des intérêts qui traversent toute société. « Toute communauté est faite d’intérêts et de points de vue divergents », a-t-il rappelé. Il estime que la prise en compte effective des différents acteurs dans les processus de révision constitutionnelle est essentielle pour garantir leur adhésion aux résultats. Une démarche inclusive qui, selon lui, constitue un gage de stabilité politique.
Quant au professeur Maxime da Cruz, il a mis l’accent sur l’importance de l’éducation citoyenne.
« Il y a un besoin d’éducation à la citoyenneté et à la démocratie. N’avançons pas l’argument des moyens à déployer pour ne pas le faire », a-t-il averti. A l’en croire, la consolidation démocratique passe nécessairement par une sensibilisation accrue des populations aux valeurs civiques.
Au-delà des interventions, les travaux ont été guidés par une conviction forte :
« N’ayons jamais peur de réfléchir. La réflexion, c’est le moteur dynamique qui permet à l’être humain d’être véritablement
être ». Une invitation du Père Arnaud Eric Aguénounon à faire du débat intellectuel un levier de transformation sociale.
Hommage à Monseigneur Isidore de Souza
En marge de ces activités, l’Iajp a rendu un hommage appuyé à feu Mgr Isidore de Souza, figure emblématique de la démocratie béninoise, décédé il y a 27 ans. À cette occasion, une édition spéciale de « La petite missive » a été publiée, mardi 17 mars 2026. Ce document de 19 pages, présenté par Hugues Hector Zogo, s’inspire du combat de Mgr de Souza pour la bonne gouvernance. Il se veut « un appel à une citoyenneté active et responsable », en écho aux idéaux portés par le prélat. Dans son hommage, le Père Arnaud Eric Aguénounon, directeur de publication, a rappelé la profondeur de la pensée de Mgr de Souza, notamment sa conception de la démocratie fondée sur le bien commun, un principe central de la doctrine sociale de l’Église. Il souligne que cette initiative éditoriale s’inscrit dans une volonté de projeter les citoyens vers l’avenir. « Les temps à venir sont importants, car nous avons le temps de nous y préparer », a-t-il affirmé, mettant en avant la dimension prospective de cette publication. Il évoque également une parole forte qu’il assure avoir reçue de Mgr de Souza : « Pour que le Bénin ne sombre dans l’arbitraire au risque de célébrer le requiem de la démocratie… », un avertissement toujours d'actualité.
Au-delà de la commémoration, les organisateurs ont insisté sur la nécessité de maintenir vivante la mémoire de cette figure historique. « Monseigneur est pour nous une personne vivante; un ancêtre vivant auprès du Seigneur. Il ne doit jamais être considéré comme un écho de pièce de musée », a-t-il été rappelé. À travers cet hommage, l’Iajp entend réaffirmer son engagement à promouvoir les valeurs démocratiques et à « restituer à la démocratie ses lettres de noblesse », dans la droite ligne de l’héritage laissé par Mgr Isidore de Souza.
Acteurs politiques, universitaires, religieux et cadres de l’administration publique, réunis pour échanger sur les enjeux des réformes constitutionnelles