La Nation Bénin...
Une
croisière d’expédition destinée aux régions polaires les plus isolées du globe
s’est transformée en crise sanitaire internationale. Depuis plusieurs semaines,
le navire néerlandais MV Hondius, immobilisé puis redirigé vers les îles
Canaries, fait l’objet d’une surveillance étroite après l’apparition d’un foyer
de hantavirus (virus des Andes) ayant déjà causé trois décès parmi les
passagers. Lors d’une conférence de presse à Genève (Suisse) le Directeur
général de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), le Dr Tedros Adhanom
Ghebreyesus, a détaillé l’évolution de cette situation exceptionnelle,
qualifiée de « grave », tout en soulignant que le risque pour la population
mondiale demeure « faible ».
Selon
l’OMS, le Royaume-Uni a officiellement notifié l’organisation samedi 2 mai,
dans le cadre du Règlement sanitaire international, après le signalement d’un
regroupement de cas de maladies respiratoires sévères à bord du navire battant
pavillon néerlandais, qui effectuait une traversée entre l’Argentine et le
Cap-Vert.
À
ce jour, huit cas ont été recensés, dont cinq confirmés comme infections au
hantavirus et trois considérés comme suspects. Trois passagers sont décédés. Le
premier malade était un homme ayant développé des symptômes le 6 avril avant de
mourir à bord le 11 avril. Aucun prélèvement n’avait alors été effectué, les
symptômes évoquant initialement une autre infection respiratoire. Son épouse,
également symptomatique, avait débarqué lors de l’escale du navire sur l’île de
Sainte-Hélène. Son état s’est aggravé pendant un vol vers Johannesburg le 25
avril. Elle est décédée le lendemain. Les analyses effectuées par l’Institut
national sud-africain des maladies transmissibles ont confirmé une infection au
hantavirus. Une troisième passagère est morte le 2 mai après avoir développé
des symptômes quelques jours plus tôt.
Par
ailleurs, un autre homme évacué depuis l’île de l’Ascension vers l’Afrique du
Sud reste hospitalisé en soins intensifs.
Une forme rare de virus, capable de transmission humaine
Les
analyses virologiques ont permis d’identifier le virus des Andes, une souche
particulière de hantavirus présente en Amérique latine. Les hantavirus sont
transmis principalement par les rongeurs infectés, via leurs urines, excréments
ou leur salive. Les contaminations humaines surviennent généralement après
inhalation de particules virales dans des environnements contaminés. Mais le
virus des Andes possède une caractéristique qui inquiète particulièrement les
autorités sanitaires : il est à ce jour le seul connu capable de se
transmettre, de manière limitée, entre êtres humains. Selon l’OMS, les
précédentes flambées avaient montré que cette transmission interhumaine
concernait surtout des contacts étroits et prolongés, conjoints, membres d’un
même foyer ou personnels soignants. « Cela semble être également le cas dans la
situation actuelle », a indiqué le Dr Tedros.
Contamination
probablement liée à un voyage en Amérique du Sud
L’enquête
épidémiologique se concentre désormais sur les déplacements des premiers cas
avant l’embarquement. Avant de monter à bord du MV Hondius, les deux premiers
passagers avaient effectué un voyage d’observation ornithologique en Argentine,
au Chili et en Uruguay, incluant des zones où vivent les rongeurs porteurs
connus du virus des Andes.
L’OMS
travaille désormais avec les autorités argentines afin de retracer précisément
leurs déplacements et identifier l’origine probable de l’infection.
Une alerte désormais
européenne
L’affaire
a également gagné l’Europe et la Suisse. Le huitième cas confirmé concerne un
homme ayant débarqué à Sainte-Hélène avant de rejoindre Zurich. Suivant les
recommandations de l’opérateur de la croisière, il s’est présenté aux autorités
sanitaires suisses après l’apparition de symptômes. Les analyses réalisées par
les Hôpitaux universitaires de Genève ont confirmé le 6 mai une infection par
le virus des Andes après séquençage du génome viral. L’OMS indique suivre
également plusieurs personnes symptomatiques ayant potentiellement été en
contact avec des passagers du navire.
Compte
tenu de la période d’incubation du virus, pouvant atteindre six semaines, de
nouveaux cas pourraient encore être détectés dans les prochains jours.
Le navire redirigé vers
les Canaries
Face
à la situation, l’OMS coordonne une réponse impliquant plusieurs gouvernements,
dont ceux du Cap-Vert, des Pays-Bas, de l’Afrique du Sud, du Royaume-Uni, de
l’Espagne et de l’Argentine. Le Dr Tedros a remercié le Premier ministre
capverdien Ulisses Correia e Silva pour avoir facilité l’évacuation médicale de
plusieurs patients, ainsi que le chef du gouvernement espagnol Pedro Sánchez
pour avoir accepté l’accueil du navire aux îles Canaries. Le MV Hondius fait
actuellement route vers l’archipel espagnol sous surveillance médicale
renforcée. Tous les passagers ont reçu l’ordre de rester confinés dans leurs
cabines. Les espaces du navire sont désinfectés et toute personne présentant
des symptômes doit être immédiatement isolée. Une équipe médicale
internationale composée d’experts de l’OMS, de médecins néerlandais et de
spécialistes du Centre européen de prévention et de contrôle des maladies
accompagne désormais le navire jusqu’à son arrivée.
Une crise sanitaire sous
contrôle, selon l’OMS
Malgré
le caractère spectaculaire de cette épidémie maritime, l’OMS insiste sur le
fait que le risque sanitaire global reste limité. Aucune transmission
communautaire importante n’a été observée à ce stade et les contaminations
semblent circonscrites à des contacts rapprochés.
L’organisation
estime néanmoins que cet épisode illustre parfaitement l’importance du
Règlement sanitaire international et des mécanismes de coopération rapide entre
États face à des infections émergentes favorisées par la mobilité
internationale. « Nos priorités sont de garantir les soins aux patients,
protéger les passagers et empêcher toute propagation supplémentaire du virus »,
a conclu le Dr Tedros, chef de l’OMS.
L’OMS en alerte