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L’OMS en alerte : un navire d’expédition touché par un virus

Santé
L’OMS en alerte L’OMS en alerte

Une croisière d’expédition destinée aux régions polaires les plus isolées du globe s’est transformée en crise sanitaire internationale. Depuis plusieurs semaines, le navire néerlandais MV Hondius, immobilisé puis redirigé vers les îles Canaries, fait l’objet d’une surveillance étroite après l’apparition d’un foyer de hantavirus (virus des Andes) ayant déjà causé trois décès parmi les passagers. Lors d’une conférence de presse à Genève (Suisse) le Directeur général de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), le Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus, a détaillé l’évolution de cette situation exceptionnelle, qualifiée de « grave », tout en soulignant que le risque pour la population mondiale demeure « faible ».

Par   Catherine Fiankan-Bokonga, Correspondante accréditée auprès de l’Office des Nations Unies à Genève (Suisse), le 08 mai 2026 à 11h40 Durée 3 min.
#L’OMS en alerte

Selon l’OMS, le Royaume-Uni a officiellement notifié l’organisation samedi 2 mai, dans le cadre du Règlement sanitaire international, après le signalement d’un regroupement de cas de maladies respiratoires sévères à bord du navire battant pavillon néerlandais, qui effectuait une traversée entre l’Argentine et le Cap-Vert.

À ce jour, huit cas ont été recensés, dont cinq confirmés comme infections au hantavirus et trois considérés comme suspects. Trois passagers sont décédés. Le premier malade était un homme ayant développé des symptômes le 6 avril avant de mourir à bord le 11 avril. Aucun prélèvement n’avait alors été effectué, les symptômes évoquant initialement une autre infection respiratoire. Son épouse, également symptomatique, avait débarqué lors de l’escale du navire sur l’île de Sainte-Hélène. Son état s’est aggravé pendant un vol vers Johannesburg le 25 avril. Elle est décédée le lendemain. Les analyses effectuées par l’Institut national sud-africain des maladies transmissibles ont confirmé une infection au hantavirus. Une troisième passagère est morte le 2 mai après avoir développé des symptômes quelques jours plus tôt.

Par ailleurs, un autre homme évacué depuis l’île de l’Ascension vers l’Afrique du Sud reste hospitalisé en soins intensifs.

 Une forme rare de virus, capable de transmission humaine

 

Les analyses virologiques ont permis d’identifier le virus des Andes, une souche particulière de hantavirus présente en Amérique latine. Les hantavirus sont transmis principalement par les rongeurs infectés, via leurs urines, excréments ou leur salive. Les contaminations humaines surviennent généralement après inhalation de particules virales dans des environnements contaminés. Mais le virus des Andes possède une caractéristique qui inquiète particulièrement les autorités sanitaires : il est à ce jour le seul connu capable de se transmettre, de manière limitée, entre êtres humains. Selon l’OMS, les précédentes flambées avaient montré que cette transmission interhumaine concernait surtout des contacts étroits et prolongés, conjoints, membres d’un même foyer ou personnels soignants. « Cela semble être également le cas dans la situation actuelle », a indiqué le Dr Tedros.

 

Contamination probablement liée à un voyage en Amérique du Sud

 

L’enquête épidémiologique se concentre désormais sur les déplacements des premiers cas avant l’embarquement. Avant de monter à bord du MV Hondius, les deux premiers passagers avaient effectué un voyage d’observation ornithologique en Argentine, au Chili et en Uruguay, incluant des zones où vivent les rongeurs porteurs connus du virus des Andes.

L’OMS travaille désormais avec les autorités argentines afin de retracer précisément leurs déplacements et identifier l’origine probable de l’infection.

Une alerte désormais européenne

 

L’affaire a également gagné l’Europe et la Suisse. Le huitième cas confirmé concerne un homme ayant débarqué à Sainte-Hélène avant de rejoindre Zurich. Suivant les recommandations de l’opérateur de la croisière, il s’est présenté aux autorités sanitaires suisses après l’apparition de symptômes. Les analyses réalisées par les Hôpitaux universitaires de Genève ont confirmé le 6 mai une infection par le virus des Andes après séquençage du génome viral. L’OMS indique suivre également plusieurs personnes symptomatiques ayant potentiellement été en contact avec des passagers du navire.

Compte tenu de la période d’incubation du virus, pouvant atteindre six semaines, de nouveaux cas pourraient encore être détectés dans les prochains jours.

Le navire redirigé vers les Canaries

 

Face à la situation, l’OMS coordonne une réponse impliquant plusieurs gouvernements, dont ceux du Cap-Vert, des Pays-Bas, de l’Afrique du Sud, du Royaume-Uni, de l’Espagne et de l’Argentine. Le Dr Tedros a remercié le Premier ministre capverdien Ulisses Correia e Silva pour avoir facilité l’évacuation médicale de plusieurs patients, ainsi que le chef du gouvernement espagnol Pedro Sánchez pour avoir accepté l’accueil du navire aux îles Canaries. Le MV Hondius fait actuellement route vers l’archipel espagnol sous surveillance médicale renforcée. Tous les passagers ont reçu l’ordre de rester confinés dans leurs cabines. Les espaces du navire sont désinfectés et toute personne présentant des symptômes doit être immédiatement isolée. Une équipe médicale internationale composée d’experts de l’OMS, de médecins néerlandais et de spécialistes du Centre européen de prévention et de contrôle des maladies accompagne désormais le navire jusqu’à son arrivée.

 

Une crise sanitaire sous contrôle, selon l’OMS

 

Malgré le caractère spectaculaire de cette épidémie maritime, l’OMS insiste sur le fait que le risque sanitaire global reste limité. Aucune transmission communautaire importante n’a été observée à ce stade et les contaminations semblent circonscrites à des contacts rapprochés.

L’organisation estime néanmoins que cet épisode illustre parfaitement l’importance du Règlement sanitaire international et des mécanismes de coopération rapide entre États face à des infections émergentes favorisées par la mobilité internationale. « Nos priorités sont de garantir les soins aux patients, protéger les passagers et empêcher toute propagation supplémentaire du virus », a conclu le Dr Tedros, chef de l’OMS.