La Nation Bénin...
Chez certains nourrissons, le frein de langue peut compliquer l’allaitement et susciter l’inquiétude des parents. Pourtant, sa présence ne signifie pas systématiquement qu’une intervention est nécessaire. Entre difficultés de succion, éventuelles répercussions sur l’articulation et risques de diagnostic hâtif, des spécialistes appellent à privilégier une évaluation au cas par cas.
Quelques minutes après le début de la tétée, le petit Nathan s’arrête. Il reprend le sein, le lâche encore, s’agite et finit par pleurer. Sa mère, qui pensait au départ à une simple difficulté d’allaitement, constate que les mêmes scènes se répètent chaque jour. Lors de la consultation, le pédiatre confirme une particularité anatomique dont on parle peu aux parents : le frein de langue.
« Au début, je pensais qu’il ne savait simplement pas encore bien téter. Il restait longtemps au sein, se fatiguait rapidement et réclamait souvent. C’est ma belle-mère qui a fait la remarque. Après un mois, mon époux et moi sommes allés à l’hôpital pour avoir la confirmation ou non », témoigne Koubourath. Lors de l’examen, le spécialiste constate qu’il s’agit d’un cas bénin. Le frein finit par se rompre naturellement, sans intervention. « J’avais déjà beaucoup pitié de mon bébé », confie-t-elle.
Sous la langue, chaque bébé possède une petite membrane qui la relie au plancher de la bouche. Il s’agit du frein de langue. Chez certains nourrissons, cette membrane est particulièrement courte ou restrictive et limite certains mouvements de la langue. Cette particularité anatomique est appelée ankyloglossie.
Chez certains nouveau-nés, les premières manifestations peuvent être observées au moment de l’allaitement. Le bébé peut avoir des difficultés à prendre correctement le sein, se détacher fréquemment, faire des tétées très longues ou sembler se fatiguer rapidement. La mère peut également ressentir des douleurs persistantes au niveau des mamelons.
Couper le frein, une nécessité ?
D’après Zinétou Issa, sage-femme, « la découverte d’un frein de langue ne signifie pas automatiquement qu’il faut intervenir. Certains bébés présentent cette particularité sans difficulté particulière pour téter, manger ou se développer.
En revanche, lorsque la membrane limite réellement les mouvements de la langue et s’accompagne de difficultés persistantes, le pédiatre peut envisager une frénotomie », cette petite intervention chirurgicale qui consiste à libérer le frein afin de permettre à la langue de bouger plus librement.
Cette prudence est également soulignée par Dr Gisèle Gremmo-Féger, pédiatre, qui met en garde contre le diagnostic et l’intervention systématiques en présence d’un frein de langue. La seule observation d’un frein restrictif ne suffit pas à justifier une intervention. Il convient surtout d’évaluer les difficultés fonctionnelles réellement rencontrées par le bébé et leur lien avec le frein.
Pour autant, une difficulté à téter ne signifie pas nécessairement que le frein de langue est en cause. Une mauvaise position du bébé, une prise du sein insuffisante ou d’autres difficultés liées à l’allaitement peuvent produire des signes similaires. Une évaluation par un spécialiste permet donc de rechercher l’origine réelle du problème.
Et lorsque l’enfant commence à parler ?
À mesure que l’enfant grandit, les parents peuvent également s’interroger sur les conséquences éventuelles du frein de langue sur la parole. La question mérite toutefois d’être nuancée.
Parlant des troubles du langage chez l’enfant, l’orthophoniste béninoise Estelle Djigri explique que « le frein de langue n’empêche pas de parler, mais il peut empêcher l’enfant de produire correctement les sons de la parole ».
Autrement dit, il ne faut pas confondre une éventuelle difficulté d’articulation avec un retard de langage. Un enfant qui présente un frein de langue ne connaîtra pas nécessairement de retard dans l’acquisition de la parole. En revanche, lorsque les mouvements de la langue sont limités, la diction ou certains sons peuvent être plus difficiles à produire.
Des difficultés persistantes d’articulation doivent donc être évaluées par un professionnel, notamment un orthophoniste, afin d’en déterminer la cause.
Pour les parents, l’essentiel est donc de rester attentifs sans céder à l’inquiétude. Des tétées constamment difficiles, des douleurs importantes lors de l’allaitement, une mauvaise prise de poids ou, plus tard, des difficultés persistantes d’articulation peuvent justifier une consultation.
Le frein de langue peut ainsi être une simple particularité anatomique sans conséquence dans certains cas. En revanche, il peut aussi gêner certains mouvements de la langue et avoir des répercussions fonctionnelles. Entre inquiétude et intervention systématique, l’évaluation par un professionnel reste le meilleur moyen de déterminer la conduite à tenir.