La Nation Bénin...

Hamid Kpetre, concepteur de Gps local: « Notre ambition est d'en faire le standard de navigation... »

Numérique
Hamid Kpetre Hamid Kpetre

Face aux limites des systèmes de navigation classiques au Bénin, le développeur Hamid Kpetre a conçu « Gps local », une application innovante qui s’appuie sur les repères du quotidien et le langage des populations. À travers cette solution, il ambitionne de révolutionner la manière de s’orienter, tout en réduisant les incompréhensions entre usagers et conducteurs de taxi-moto.

Par   Isidore GOZO, le 24 mars 2026 à 07h08 Durée 3 min.
#biotechnologie #solution numérique #Gps local

La Nation : Qu’est-ce qui vous a motivé à développer un système de géolocalisation adapté au Bénin ?

Hamid Kpetre : La motivation est née d’un constat simple : l’inadaptation des outils modernes à notre réalité.

Au Bénin, comme dans beaucoup de pays africains, l’adressage formel est presque inexistant, malgré le fait que les rues soient bien numérotées dans les grandes villes. J’ai vu des personnes perdre un temps précieux, des livreurs tourner en rond et moi-même arriver en retard à des rendez-vous parce que Google Maps ne comprenait pas que la destination se trouvait juste « derrière la pharmacie du Campus ». J’ai voulu créer un pont entre la technologie de pointe et nos habitudes de vie.

Comment fonctionne l’application ?

L’application repose sur une intelligence artificielle qui traduit des coordonnées géographiques en indications basées sur des repères visuels et culturels. Au lieu d’une simple ligne bleue sur une carte, l’utilisateur suit une séquence de points de repère validés par la communauté (boutiques, bâtiments remarquables, monuments, couleurs de murs, etc.). C’est un système de navigation « par étapes narratives » : l’application vous guide comme le ferait un habitant du quartier à qui l’on demande le chemin.

En quoi votre solution se distingue-t-elle des applications classiques comme Google Maps ?

Google Maps est un outil très efficace pour les villes où les rues nommées et numérotées font partie intégrante des habitudes. Mais là où il s’arrête, Gps local prend le relais. Notre distinction concerne la précision culturelle: nous utilisons le langage des usagers (ex. : «vers le carrefour Iita » au lieu de « route Rnie2 »). La résilience technique: notre système est optimisé pour consommer très peu de données et fonctionner avec une précision métrique, même dans des zones où le signal Gps classique peut être instable. Finis les « signal Gps perdu ». Et l’inclusion économique : nous cartographions l’économie informelle (vendeuse de bouillie, atelier de couture, soudeur, etc.), totalement invisible sur les outils classiques, mais essentielle dans les repères du quotidien.

Comment votre application intègre-t-elle les repères locaux ?

Nous utilisons une approche hybride. D’un côté, nous collectons des données communautaires où les résidents identifient eux-mêmes les points de repère clés de leur quartier. De l’autre, notre algorithme traite le langage naturel. Ainsi, si un utilisateur recherche un lieu en utilisant des expressions locales, le système est capable de faire correspondre ces mots à une position géographique précise, grâce à une base de données sémantique adaptée aux habitudes béninoises.

Quel impact espérez-vous avoir sur les relations entre usagers et conducteurs de taxi-moto ?

L’impact majeur est la réduction du stress et l’instauration de la confiance. Aujourd’hui, une grande partie des tensions entre client et conducteur de taxi-moto (zem) vient du fait qu’ils ne se comprennent pas sur l’itinéraire avant de démarrer. Avec Gps local, le conducteur dispose d’un itinéraire dans un langage qu’il reconnaît, et l’usager a l’assurance d’arriver à bon port sans avoir à donner des indications en permanence. Cette fluidité profite à la sécurité routière et à l’efficacité économique.

Quelles sont vos ambitions pour ce projet ?

Notre ambition est de faire de Gps local le standard de navigation au Bénin, et même au-delà. À terme, nous souhaitons exporter ce système dans toutes les capitales africaines confrontées aux mêmes défis d’adressage, afin de transformer chaque ville en une « Smart City » respectueuse de son identité locale. Ma satisfaction a été grande de lire des commentaires d’internautes européens, qui estiment que cette solution leur est également utile, car ils y trouvent un langage plus naturel que celui des Gps classiques. Nous prévoyons aussi d’intégrer des fonctionnalités de réseautage communautaire géolocalisé, pour en faire un espace où l’on s’oriente et échange autrement avec le monde.