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Biodigesteurs au Bénin : transformer nos ressources locales en énergie et en fertilisants

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Face à la flambée des prix des engrais et aux perturbations des marchés internationaux, l’Afrique doit repenser sa dépendance aux intrants agricoles importés. Et si une partie de la solution se trouvait dans les ressources dont elle dispose déjà ? Longtemps associés à la production d’énergie propre, les biodigesteurs offrent également des perspectives prometteuses pour restaurer la fertilité des sols, soutenir les producteurs et renforcer la résilience des systèmes alimentaires.

Par   snv, le 30 oct. 2026 à 10h46 Durée 3 min.
#ressources locales

Des crises internationales qui fragilisent l’agriculture africaine

Les récentes tensions autour du détroit d’Ormuz ont une nouvelle fois révélé la vulnérabilité des systèmes alimentaires africains face aux chocs extérieurs. Selon l’Institut international de recherche sur les politiques alimentaires (IFPRI), le prix de l’urée, l’un des engrais azotés les plus utilisés en agriculture, a quasiment doublé en quelques semaines, tandis qu’environ 3,9 millions de tonnes d’exportations d’urée en provenance des pays du Golfe ont été suspendues. Pour les producteurs africains, ces perturbations se traduisent par un accès plus difficile aux engrais et une augmentation des coûts de production. La hausse des prix de l’énergie renchérit également le transport des intrants et des denrées alimentaires, accentuant les risques pour la sécurité alimentaire. Après la pandémie de COVID-19 et la guerre en Ukraine, cette nouvelle crise rappelle une réalité : la forte dépendance aux engrais importés constitue une fragilité structurelle pour l’agriculture africaine.

Les engrais minéraux demeurent indispensables à la productivité agricole et les fertilisants organiques n’ont pas vocation à s’y substituer. Les deux approches sont complémentaires : les engrais minéraux apportent rapidement des éléments nutritifs aux cultures, tandis que les fertilisants issus des ressources organiques contribuent à améliorer durablement la structure des sols, leur teneur en matière organique et leur capacité à retenir l’eau et les nutriments. Leur combinaison raisonnée permet ainsi de mieux répondre aux besoins des cultures et de réduire l’exposition des producteurs aux fluctuations des marchés internationaux.

Les biodigesteurs : de l’énergie propre aux engrais organiques

C’est précisément là que les biodigesteurs présentent un intérêt particulier. En transformant des matières organiques, notamment les déjections animales, ils produisent deux ressources utiles : le biogaz, une énergie renouvelable, et le digestat, un résidu riche en éléments nutritifs valorisable en agriculture. Utilisé directement ou transformé en compost enrichi en digestat, ce fertilisant organique contribue à améliorer la structure des sols, leur capacité de rétention d’eau et la disponibilité des nutriments pour les cultures.

Le biodigesteur ne produit donc pas seulement de l’énergie : il contribue également à nourrir les sols qui nourrissent les populations.



Cette double fonction présente un intérêt majeur pour les exploitations agricoles africaines. Elle permet de valoriser des ressources locales souvent sous-utilisées, de réduire certaines dépenses en engrais et en combustible et de renforcer la résilience des producteurs face aux aléas climatiques et économiques. Au-delà des exploitations, le développement du marché des biodigesteurs ouvre également des perspectives économiques pour les entreprises de construction, les artisans, les producteurs de compost et les prestataires de services agricoles.

Au Bénin, des solutions locales au service d’une agriculture plus résiliente

Au Bénin, le défi agricole ne se limite pas à l’accès aux engrais minéraux. L’appauvrissement des sols en matière organique constitue également un obstacle majeur à la productivité, dans un contexte marqué par la variabilité climatique et la hausse du coût des intrants.

Même avec des engrais minéraux plus accessibles, de nombreux sols auraient besoin d’apports supplémentaires en matière organique pour mieux retenir l’eau et les nutriments.


Au Bénin, le Mois du biodigesteur, célébré en octobre, offre une occasion privilégiée de mieux faire connaître cette solution auprès des producteurs, des collectivités, des entreprises et du grand public. Le développement du secteur, lorsqu’il s’appuie sur des organisations de producteurs, des mécanismes de financement, des entreprises locales compétentes et un accompagnement de proximité, peut contribuer à améliorer durablement les systèmes de production agricole. En transformant les ressources organiques disponibles localement en énergie et en fertilisants, les biodigesteurs soutiennent la production, réduisent certaines charges des ménages et des exploitations, et limitent progressivement l’exposition aux intrants importés. Ils constituent ainsi un levier concret pour une agriculture béninoise plus résiliente et mieux ancrée dans les ressources du territoire.

Forte de trois décennies d’expérience dans le développement du secteur, SNV a contribué à l’installation de plus d’un million de biodigesteurs en Afrique, en Asie et en Amérique latine. Cette expérience souligne l’importance d’un marché structuré, reposant sur la qualité des installations, l’accès au financement, les services après-vente, la formation des utilisateurs et des politiques publiques favorables.

Faire des biodigesteurs un levier de résilience agricole au Bénin

Les biodigesteurs n’ont pas vocation à remplacer les engrais minéraux et ne résoudront pas, à eux seuls, les défis de la sécurité alimentaire. Leur apport est complémentaire : le digestat et les composts qui en sont issus contribuent à restaurer la matière organique et la structure des sols, tandis que les engrais minéraux continuent de répondre aux besoins nutritifs des cultures. Cette contribution mérite d’être davantage reconnue dans les politiques agricoles, énergétiques et environnementales du Bénin. Pour les pouvoirs publics, les partenaires techniques et financiers, les organisations de producteurs et les acteurs du développement, l’enjeu est désormais de soutenir le déploiement des biodigesteurs à plus grande échelle et de mieux intégrer la valorisation du digestat dans les stratégies de fertilisation et les filières d’approvisionnement en intrants agricoles. Le Mois du biodigesteur peut servir de point de départ à cette mobilisation collective. En transformant les déchets organiques en énergie et en fertilisants, le biodigesteur montre qu’une partie des réponses aux défis agricoles du pays peut émerger des ressources et des compétences déjà présentes sur le territoire.

Références

· Vos, R. (2026). Iran war: From fertiliser to food crisis? IFPRI. https://www.ifpri.org/blog/iran-war-from-fertiliser-to-food-crisis/

· SNV (2025). The positive impacts of biodigesters. https://admin.snv.org/assets/the-positive-impacts-of-biodigesters.pdf

· Van Berkum, S., Dengerink, J. et Ruben, R. (2018). The food systems approach: sustainable solutions for a sufficient supply of healthy food. Wageningen Economic Research. https://edepot.wur.nl/451505